Chut! Elle est journaliste

CHRONIQUE / Chaque fois que je fais de nouvelles rencontres personnelles, mon métier intrigue.

— Qu’est-ce que tu fais, dans la vie ?

— Je suis journaliste.

— Oh, OK, on va faire attention à ce qu’on va dire !

Cet échange, je l’ai au moins eu 100 fois au cours de neuf dernières années. C’est normal, les journalistes sont des êtres mystérieux et l’image que monsieur et madame Tout-le-monde s’en font est souvent bien loin de la réalité.

Très souvent, on pense que les journalistes sont à la recherche, 24 heures sur 24, de l’histoire sensationnelle qui fera la Une et qu’ils seront prêts à tout pour la dénicher. Je vais vous dire un secret, ce n’est pas vraiment le cas. Oui, nous cherchons tous la nouvelle qui fera jaser et qui, bien entendu, informera la population sur tel ou tel sujet. Eh oui, la plupart d’entre nous avons un radar à nouvelles activé en permanence. Mais non, en général, on ne traque pas les sujets comme s’il s’agissait de nos prochaines victimes. Et si vous dites quelque chose à un ami qui est journaliste, ce ne sera sans doute pas écrit noir sur blanc dans les journaux le lendemain. Parce qu’on n’est pas des vautours à nouvelles, comme bien trop de gens le pensent.

« Écris pas ça dans le journal, toi », est une autre phrase que j’ai trop souvent entendue lorsque quelqu’un me racontait une banalité. 

Vous savez, les journalistes ne sont pas des magiciens qui transformeront une simple anecdote en manchettes. Et on ne peut pas écrire n’importe quoi quand bon nous semble, simplement parce qu’on a une tribune pour le faire. Il faut vérifier et revérifier une information avant de la publier, alors n’ayez pas peur si vous me racontez que votre voisin souffle sa neige sur votre terrain. Je n’en ferai certainement pas un reportage complet.

Mais je n’en veux pas à ceux et celles qui ne cernent pas bien notre métier. La culture populaire n’a pas su rendre justice aux journalistes, que ce soit par le biais du cinéma, de la télévision et même de la littérature. On les dépeigne souvent comme des justiciers de l’information se transformant en véritables enquêteurs criminels prêts à mettre leur vie en péril pour débusquer la vérité. Ou pire, on les dépeigne comme des rapaces ne cherchant qu’à être sous les projecteurs. 

Alors non, je ne peux pas en vouloir à ceux qui nous comprennent mal. 

Mais j’en veux parfois à ceux et celles qui comprennent très bien le jeu et qui l’utilisent à leur avantage. Je les appelle les « agaces-journalistes ». Ce sont souvent les politiciens, les avocats ou les entrepreneurs, qui nous chuchotent quelque chose à l’oreille en nous disant, après coup, qu’on n’a pas le droit de l’utiliser. Ils peuvent nous parler durant de longues minutes et, lorsqu’on croit avoir mis le doigt sur quelque chose de « big », ils nous préviennent qu’on ne peut rien en faire. C’est à ce moment qu’embarque une longue et parfois périlleuse campagne de séduction, afin de gagner la confiance de cette source bavarde, mais un peu trop peureuse. Des fois ça fonctionne, et d’autres fois non.

Mais j’en veux encore plus à ceux qui adorent nous utiliser et qui nous boudent ensuite si on ne fait pas précisément ce qu’ils auraient voulu. 

Les relationnistes d’une entreprise ou d’une organisation quelconque, par exemple, qui sont bien heureux de nous voir débarquer à leur conférence de presse plus ou moins intéressante, mais qui nous en veulent à la minute où nous travaillons un sujet plus délicat. Ils nous adorent lorsqu’on écrit sur leur campagne de financement ou leur nouveau projet, mais lorsqu’on a le malheur de faire éclater un scandale au sein de leur organisation, voilà qu’ils deviennent bien peu loquaces ou tout simplement introuvables.

Et même s’il existe plusieurs espèces de journalistes, s’il y a quelque chose qui nous définit, c’est bien le fait qu’on déteste être pris pour des valises.

Alors, pour faire une histoire courte, non, ce ne sont pas tous les journalistes qui sont prêts à mourir ou à sacrifier une amitié pour que leur histoire fasse manchette, mais il ne faut pas trop nous chercher !