Chasse aux cocos ou chemin de croix?

CHRONIQUE / Si vous me demandez de vous raconter l’histoire de Jésus, de sa mort, de sa résurrection et de tout ce qui est célébré à Pâques, je serai bien mal prise. Comme me le dit souvent mon chef de nouvelles, je suis une impie. Il exagère, pour me taquiner, puisqu’«impie» signifie un mépris pour les croyances religieuses, ce qui ne me définit absolument pas. Je suis plutôt agnostique.

Je n’ai pas reçu d’éducation religieuse, je ne suis ni confirmée ni communiée et je n’ai jamais mis les pieds à la messe pour le simple plaisir. J’ai apprivoisé la religion, quelle qu’elle soit, lorsque j’ai commencé à travailler comme journaliste. J’ai dû me familiariser avec la religion catholique, puisque j’ai été appelée à couvrir différents événements à connotation religieuse. Et, curieusement, j’ai toujours eu du plaisir à m’entretenir avec des religieux.

L’histoire de Pâques, je l’ai d’ailleurs à moitié apprise en couvrant le chemin de croix de Shipshaw, qui a lieu chaque année, le Vendredi saint. Pour moi, Pâques avait toujours été synonyme de chasse aux cocos en chocolat et de brunch en famille. Que Dieu me pardonne.

Ironiquement, mon père a caressé le rêve, petit, de devenir curé. Mais la vie en a décidé autrement. Il s’est finalement marié et a eu trois enfants. Je suis la plus jeune de la famille et j’ai été contrainte, contrairement à ma grande soeur et à mon grand frère, à suivre des cours de morale plutôt que de catéchèse au primaire. Si j’utilise le mot «contrainte», c’est que l’enfant que j’étais aurait évidemment préféré suivre le cours de religion pour la simple et bonne raison que je voulais être comme les autres. Parce qu’au début des années 90, les enfants qui suivaient des cours de morale en première et en deuxième année étaient plutôt rares. Pour dire vrai, j’étais la seule de la classe.

Ma mère va peut-être dire que je radote, mais je les ai encore sur le coeur, ces moments où la professeure me disait de quitter la classe pour aller en morale. Parce qu’un enfant, ça veut être comme tous les autres petits. Même si tous les autres petits rêvaient sans doute d’aller en morale.

Je me souviens avoir appris le Notre Père en secret, chez une amie, pour ne pas avoir l’air d’une truffe lorsque j’irai à la messe. Finalement, je n’ai pas eu à utiliser ladite prière, puisque je ne suis allée à la messe qu’à de très rares occasions, mais encore aujourd’hui, je pourrais vous la réciter.

Chaque année, je suppliais ma mère de me laisser suivre les cours de catéchèse. J’avais toujours la même réponse. «Tu iras en catéchèse lorsque tu auras l’âge de décider», me disait-elle. C’est en arrivant au secondaire que nous pouvions choisir, sans devoir avoir la signature d’un parent. J’avais hâte, enfin, de rejoindre mes amis en religion. Vous vous doutez bien que mes amis, eux, ne voulaient qu’aller en morale et attendaient également de pouvoir décider par eux-mêmes. Alors non, je ne me suis pas inscrite en religion, pour la simple et bonne raison que je voulais, encore une fois, être comme tout le monde. Alors, je n’ai pas appris l’histoire de Jésus, ni au primaire ni secondaire.

Je me suis toutefois bien reprise à l’âge adulte. Rares sont les gens de ma génération qui peuvent se vanter d’avoir participé à deux ou trois chemins de croix, d’avoir discuté avec l’évêque à plusieurs reprises et d’avoir visité les religieuses plus d’une fois.

Alors, je ne me sentirai pas coupable de me bourrer la face de chocolat encore cette année. In nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. Amen.