Ils étaient des milliers de jeunes, réunis au parc Jeanne-Mance de Montréal, vendredi dernier.

Cette belle jeunesse

CHRONIQUE / J’étais assise dans un autobus de Montréal, vendredi dernier, lorsque ça m’a pris. Le nez qui pique, les fourmis qui envahissent le corps et les yeux qui prennent l’eau.

J’étais dans la métropole pour rendre visite à ma mère, mon frère et mes amies. J’en ai profité pour me rendre au parc Jeanne-Mance, vendredi matin, où avait lieu le rassemblement précédant la marche pour le climat. Je suis une fille particulièrement curieuse et je voulais voir de mes yeux ce qui s’annonçait comme l’une des manifestations les plus importantes de l’histoire montréalaise. Les prédictions étaient bonnes, puisqu’une manifestation monstre comme celle qu’ont vécue les Montréalais, ça ne s’était jamais vu. Bien contente d’avoir pu voir ça.

Vendredi matin, donc, nous avons pris l’autobus puis le métro pour nous rendre au point de départ. Chaque arrêt, des jeunes grimpaient dans le transport en commun, souvent munis de pancartes, d’autres fois les joues colorées d’un ou deux traits verts. Ils étaient beaux, ces adolescents et ces jeunes adultes, qui se rendaient tous au même endroit et qui scandaient tous le même message. Faites quelque chose pour notre planète, demandent-ils aux gouvernements. Ce n’est tout de même pas si farfelu, comme demande.

« Voyons, on dirait que je vais pleurer », ai-je dit, à mon chum. Il a un peu ri de moi, mais il commence à me connaître.

Ils étaient des milliers de jeunes, réunis au parc jeanne-Mance de Montréal, vendredi dernier.

Voyez-vous, j’ai toujours été émue par les rassemblements de masse. Pour vous donner un exemple, je pleure lorsque je regarde les cyclistes du Grand défi Pierre Lavoie arriver au Stade olympique. Alors, de voir monter ces jeunes, un à un, parfois seuls, d’autres fois en groupe, le sourire aux lèvres et les yeux pétillants, ça m’a touchée. Mon regard a croisé celui d’une adolescente, qui devait avoir 16 ans. Elle était seule, assise patiemment, avec deux ou trois pancartes bien roulées entre les mains. Elle devait certainement aller rejoindre des amis pour prendre part à cette marche. Elle m’a souri lorsqu’on s’est regardées. Et j’ai pensé à moi à cet âge. Je l’ai d’ailleurs déjà écrit ici. À 16 ans, j’étais pas mal plus préoccupée par ce que j’allais faire le vendredi soir suivant que par le sort de notre belle planète. Alors, voir cette belle jeune fille au regard vif m’a donné confiance en ces jeunes qui nous succéderont.

Les détracteurs me diront qu’ils auraient mieux fait d’aller à l’école cette journée-là. Je leur répondrai qu’ils ont sûrement appris bien des choses, au cours de ces quelques heures. Que l’union fait la force et que la mobilisation citoyenne peut mener à de grandes choses. Ce n’est peut-être pas une règle d’algèbre ou l’accord d’un participe passé, mais c’est une leçon de vie qui est loin d’être négligeable.

Ça aussi, je l’ai déjà dit ici, mais je me permets de me répéter. Je ne comprends pas pourquoi certains lui en veulent tant, à cette jeunesse qui se mobilise. À cette jeunesse qui se préoccupe de son avenir et de son sort, mais qui ne pense pas seulement à son nombril. À ces jeunes qui voient plus loin que le bout de leur nez. Surtout, je ne comprends pas en quoi est-ce si dérangeant. Ils ne se mobilisent pas pour abolir l’école ou pour que la cocaïne soit légale. Ils le font seulement pour que les gouvernements posent des gestes pour diminuer la souffrance de la planète. Même les climatoseptiques devraient admettre qu’il s’agit là d’une noble cause.

Je parle des jeunes, mais ils étaient plusieurs « vieux », aussi, à cette manifestation. Des aînés, il y en avait un bon nombre. Et ils étaient assez rares, les manifestants d’une cinquantaine d’années. Mais bon, sur les quelque 315 000 personnes réunies dans les rues de la métropole, je n’ai malheureusement pas eu le loisir d’en dresser un portrait statistique fiable. Mais tout de même, à regarder les images de cette journée, la moyenne d’âge n’était pas si élevée.

D’ailleurs, je n’ai jamais vu un sujet aussi polarisé que l’environnement entre les plus jeunes et les plus âgés. Que ce soit au bureau, dans mon entourage, sur les médias sociaux ou dans les médias traditionnels, les jeunes et les vieux s’affrontent sur un sujet qui devrait pourtant être l’affaire de tous. Et je trouve ça bien dommage. Patricia Rainville