Si on se fie à la campagne publicitaire, cet individu serait tombé des escaliers très semblables à Rimouski, à Chicoutimi et à Québec...

Cette arme à double tranchant

CHRONIQUE / Je vous l’ai déjà dit : je suis une amoureuse de l’hiver. Bon, je l’admets, à la mi-mars, même ceux et celles qui apprécient la saison froide en ont un peu marre. Mais règle générale, je me trouve chanceuse de vivre dans un coin de pays où les saisons se chevauchent. Alors, lorsque je vois des campagnes de publicité prenant pour cible nos beaux hivers blancs, ça me titille un peu.

Plus tôt cette semaine, je signais un texte sur une organisation scolaire ontarienne qui a décidé de se moquer des hivers québécois pour attirer la main-d’oeuvre de professeurs du Québec. Utilisant des photos de tempêtes montréalaises pour illustrer le quotidien des citoyens de Rimouski, Gatineau, Québec et Chicoutimi, le Conseil scolaire catholique Providence, qui regroupe 30 écoles, voulait faire un clin d’oeil humoristique aux deux réalités climatiques.

À vrai dire, je n’ai aucun problème à ce qu’on rie de nous. Mais encore faut-il que la blague ait un fondement de vérité. Ce qui n’était pas le cas ici, puisque les photos utilisées n’avaient été prises ni ici, ni à Rimouski, ni à Québec. Évidemment, on peut faire dire ce qu’on veut à des images. On aurait aussi pu mettre des motoneigistes heureux ou des skieurs ravis, mais ça n’aurait évidemment pas eu le même impact...

Certains ont trouvé que nous avions l’indignation facile au Québec. Je le répète : je n’ai aucun problème à ce qu’on rigole de nous. Je suis habituellement un bon public et je suis capable d’autodérision. Mais lorsque ça manque de nuance, c’est là que je ressens un malaise.

D’ailleurs, il y a quelques semaines, j’assistais à un spectacle d’humour. Comme le font tous les humoristes, le numéro d’ouverture mettait en vedette le public ciblé. Pour en avoir vu plusieurs au cours de la dernière année, les humoristes aiment bien se moquer des spectateurs qu’ils visitent, et c’est souvent très drôle. Mais lorsqu’on s’aperçoit que l’humoriste en question parle à travers son chapeau, ça l’est un peu moins.

Donc, l’humoriste se demandait qui était le maire de La Baie. Première erreur, puisque nous sommes fusionnés depuis 18 ans maintenant.

Puis, lorsque l’humoriste a appris que notre mairesse avait été victime d’un accident de ski et se retrouvait la jambe dans le plâtre, alitée, elle se demandait bien pourquoi toute la salle de spectacle était au courant.

« Ils l’ont dit aux nouvelles ! », a crié une spectatrice.

« Ils n’ont vraiment rien à dire, dans vos nouvelles, pour parler de la mairesse qui a la jambe cassée ! », s’est moquée l’humoriste en question.

La journaliste que je suis était un peu choquée, je l’admets. Pensez-vous sérieusement que les médias montréalais ne diraient pas un mot si Valérie Plante devait quitter ses fonctions à la suite d’un accident ? Cette semaine, on a appris que le maire de Québec, Régis Labeaume, était atteint d’un cancer. Cette nouvelle a été reprise par tous les médias de la province en quelques minutes à peine.

Visiblement, ce ne sont pas tous les humoristes qui lisent les nouvelles. Ils en ont bien le droit, mais il serait préférable qu’ils évitent de faire des numéros à ce sujet.

Comme l’expliquait le spécialiste en marketing de l’Université du Québec à Chicoutimi, Damien Hallegatte, l’humour est une arme à double tranchant. Et il est bien rare que déformer la réalité soit une solution gagnante. Mais bon, peut-être que je manque d’humour. Patricia Rainville