Ces remarques qui blessent

CHRONIQUE / J’assiste, quelques fois par année, à des matchs de la Ligue de hockey nord-américaine. C’est plus abordable que la Ligue nationale et plus divertissant que la Ligue de hockey junior majeur. Je ne vous cacherai pas que le divertissement principal, c’est dans les estrades que ça se passe. Des insultes et des bagarres parmi les partisans, c’est presque monnaie courante chez les seniors. Au cours des dernières années, je me suis rendue à plusieurs reprises à des affrontements entre les Marquis de Jonquière et les 3 L de Rivière-du-Loup, une rivalité autant sur la glace que dans mon couple. Mon chum et moi, on se fait un plaisir de nous y rendre, puisque le petit gars du Bas-du-Fleuve qu’il est aime bien voir « son club » à l’oeuvre, alors que de mon côté, je préfère encourager nos Jonquiérois.

Chaque fois que je me suis rendue à l’aréna pour voir les 3 L, j’ai toujours été étonnée d’entendre les insultes des partisans à l’endroit d’un joueur en particulier.

Le cas du joueur des Marquis Jonathan Diaby, qui a été la cible d’insultes racistes à Saint-Jérôme, il y a deux semaines, a relancé le débat sur le savoir-vivre dans les arénas du Québec. Le joueur des Marquis a même été invité sur le plateau de Tout le monde en parle, et plusieurs autres joueurs ont aussi raconté leurs mauvaises expériences, dont de jeunes hockeyeurs.

Mais les insultes entendues dans les arénas ne se limitent à la couleur de la peau. Elles s’attaquent à chaque petit détail qui sort un peu de l’ordinaire.

Je vous disais donc que j’étais surprise d’entendre les commentaires à l’endroit d’un joueur des 3 L, qui est un peu plus petit que ses coéquipiers. Marc-André Tourigny, qui est le meilleur pointeur de son équipe, précisons-le, est victime d’insultes sur son physique chaque fois qu’il a la puck sur sa palette. « Trop petit, Tourigny ! », « Nain de jardin », « Ti-bout » ; j’étais découragée d’entendre les insultes dignes d’une cour d’école dans les estrades du Palais des sports. En fait, même les enfants de première année sont souvent plus civilisés que certains partisans malengueulés.

Je me demande, chaque fois, quel bien retirent ces partisans à l’insulte facile et complètement ridicule. Nous connaissons tous les conséquences de l’intimidation chez les enfants et les adolescents, mais je me suis demandé comment se sentaient les adultes qui se font insulter sur leur apparence. J’ai eu ma réponse lorsque quelqu’un m’a dit, dernièrement, que je pourrais facilement passer pour un homme.

Je n’ai pas répondu sur le coup. C’est une autre personne témoin de la discussion – et qui était plus offusquée que moi –, qui lui a demandé pourquoi il disait ça. « Ben, elle est grande », a-t-il répondu. Comme je vous le disais, sur le coup, cette remarque ne m’a pas atteinte. Mais, quelques jours plus tard, je me suis surprise à analyser mes traits et ma silhouette, me questionnant. « Est-ce que je ressemble vraiment à un homme ? », me suis-je demandé. À quelques reprises, je me suis observée dans la glace, inconsciemment. Je ne crois pas que cette personne a voulu me blesser. Mais dire à une femme qu’elle passerait pour un homme, ça peut difficilement passer pour un compliment.

Qu’on s’attaque à la nationalité, au physique ou au sexe, il est bien rare que les remarques coulent sur les gens comme la pluie sur le dos d’un canard. Et lorsqu’il y a répétition, ça risque de laisser des traces. Que ce soit à l’aréna, dans la cour d’école ou n’importe où ailleurs.