La balade en calèche du premier ministre sortant, Philippe Couillard, au Festival western de Saint-Tite, a dû être interminable pour lui et pour sa femme. Le chef du Parti libéral du Québec a été hué par de nombreux spectateurs massés dans les estrades.

Ces gladiateurs des temps modernes

CHRONIQUE / Avez-vous écouté le débat des chefs, jeudi soir ? Moi, non. Pas fort pour une journaliste, me direz-vous. Et vous avez raison. Mais, voyez-vous, je devais couvrir un spectacle pour le travail, justement, et écouter un débat en reprise, c’est loin d’être aussi excitant. Alors, pendant que vous regardiez les chefs à l’oeuvre, de mon côté, j’assistais à un spectacle d’humour. Et je suis absolument certaine que j’ai eu une meilleure soirée que vous.

Chaque élection, qu’elle soit provinciale ou fédérale, j’essaie de regarder – et d’écouter, ce qui est parfois moins facile – les affrontements entre les chefs de parti. Mais je dois vous avouer que je ne le fais pas par plaisir, mais plutôt par devoir. Parce qu’être mal à l’aise durant deux heures pour ces personnes dans mon salon, ce n’est pas mon activité favorite.

On dirait que je ne vois que le travail qui doit avoir derrière ce genre d’exercice. Vous imaginez-vous comment les chefs ont dû se préparer en vue de ce débat ? Je ne crois pas qu’on puisse réellement le savoir si on ne l’a jamais vécu.

Ça fait partie de la game, me répondrez-vous. Sans doute, mais je lève tout de même mon chapeau à ceux et à celles qui acceptent de mettre leur vie sur pause pour essayer de remporter une élection.

Parce que c’est ça qu’ils font, les chefs de partis. Ils courent un marathon de 40 jours. C’est comme une bien longue run dans le Nord, mais en faisant des sourires et en étant gentil pendant six semaines. Sans relâche. C’est comme un combat de boxe interminable, en encaissant les coups de ses adversaires, tout en essayant de rester debout.

J’aimerais savoir, réellement, si les chefs de partis apprécient les campagnes électorales. Je comprends ce désir de vouloir représenter les citoyens. Je comprends aussi cette envie de faire partie des décideurs. Et je comprends qu’une campagne électorale est un mal nécessaire. Mais voient-ils ces 40 jours comme une longue marche périlleuse et douloureuse vers le bûcher ? Mais bon, même si c’est le cas, ils ne le diront jamais.

Chaque jour, dans la boîte de courriels du journal, nous recevons l’agenda public des chefs de partis, afin de connaître leur emploi du temps et ainsi prévoir les couvertures journalistiques. Ça m’impressionne chaque fois.

Une conférence de presse à Rivière-du-Loup à 9 h. Une visite d’entreprise à 10 h. Un arrêt à Notre-Dame-du-Portage à midi. Une conférence de presse à Montmagny à 14 h 30. Un bain de foule à Sainte-Anne-de-Beaupré à 17 h. Et une activité partisane à Jonquière à 20 h. C’était la journée de François Legault, il y a quelques semaines. Une journée typique de campagne électorale. C’est la même chose pour Philippe Couillard et pour Jean-François Lisée. Et ils doivent se montrer courtois, jour après jour, bien qu’ils doivent être épuisés.

Parce qu’en plus de multiplier les sorties, les entrevues, les bains de foule et tout le tralala, ils ne sont pas accueillis en héros chaque fois.

La balade en calèche de Philippe Couillard au Festival western de Saint-Tite a dû être interminable pour lui et pour sa femme.

Mes proches vous le diront, j’ai tendance à avoir pitié des gens assez rapidement. L’humiliation publique est l’un des pires sentiments qu’un individu doit ressentir, à mon avis. Alors voir ce pauvre Philippe parader devant des estrades remplies de spectateurs ne se gênant pas pour le huer haut et fort m’a forcé à changer de poste. C’était trop pour mon petit coeur fragile. « Ben voyons, c’est un chef d’État, c’est sa job », que m’a dit un ami.

Je ne suis pas d’accord. C’est un chef d’État, certes, mais on n’est tout de même plus à l’époque des gladiateurs hués par la foule aussitôt qu’ils pénétraient dans l’arène. Humilés et lynchés sur la place publique. Et ils ne peuvent même pas se défendre, les pauvres. Ils doivent encaisser, tentant de garder la tête haute le plus possible. Et sourire, encore et encore. Ils peuvent bien les maudirent dans leur tête, mais ça non plus, ils ne le diront jamais.

Pourtant, chers électeurs, vous n’êtes même pas obligés de les huer, puisque c’est vous qui aurez le dernier mot, le 1er octobre. Vous voulez le sacrer dehors de sa job ? Eh bien, allez donc voter, au lieu de lui crier des bêtises. Ça serait pas mal plus intelligent.