Ces gens-là

CHRONIQUE / Avez-vous remarqué à quel point ce sont toujours ceux qui sont les plus désagréables qui l'emportent dans les multitudes aléas du quotidien?
La personne qui dépasse toute la file de voitures pour s'insérer dans la file de droite au dernier moment? Celle qui arrive une minute avant le début du film et entreprend de faire bouger tout le monde d'un banc pour faire de la place à sa horde? Ou cette autre qui gueule tellement fort au service à la clientèle qu'on lui donne le rabais? Non, pire encore, la personne qui trempe deux fois la même chip dans le pot de salsa. Il y a une place toute spéciale en enfer pour ce type de personnes.
On dirait que ces gens-là gagnent toujours. Parfois, j'aimerais être comme c'est gens-là. Sauf que moi, ça fait longtemps que j'ai compris que le commis du magasin est l'équivalent du phytoplancton dans la longue chaîne alimentaire du commerce au détail. L'engueuler parce qu'un prix ne me plaît pas, ça ne changera rien. 
J'ai déjà travaillé dans une quincaillerie grande surface. J'ai toujours été sidérée de voir tout ce que les gens ramenaient, pensant qu'ils étaient plus malins que le système. Si sur ta facture tu as 20 boîtes de céramique et un coupe-tuile et que tu ramènes trois jours plus tard uniquement un coupe-tuile, ait la décence de le nettoyer de sa poussière avant de me regarder dans les yeux en me disant : «Ouais, j'en n'ai pas eu besoin finalement». Ben oui.
J'ai même déjà eu une dame qui était insultée que je ne veuille pas reprendre les trucs de Noël qu'elle avait achetés et qui portaient des étiquettes d'un autre magasin. Nous ne tenions même pas cette marque! «Ben là, je fais quoi avec ça moi?» J'ai toujours eu une suggestion pour ces cas-là, mais c'est drôle, je la gardais pour moi...
Cette semaine, j'ai eu l'envie irrépressible de changer mon téléphone après près de trois ans de loyaux services. Je me suis rendue au point de vente de ma compagnie actuelle, la même depuis plus de 10 ans déjà. On m'a présenté le dernier modèle, celui-là même que je convoitais, avec un forfait absolument incroyable. J'ai accepté l'offre et la vendeuse a commencé la transaction. Elle m'a même mis le nouveau téléphone dans la main, pour que je commence à mettre mes préférences le temps que tout se fasse. 
Et puis non. On m'a dit que «bizarrement», ça ne marchait pas et qu'il fallait que j'appelle au service à la clientèle. J'appelle et on me dit qu'on ne comprend pas ce qui n'a pas marché : la vendeuse aurait dû me faire la transaction. L'employé me vante les mérites du téléphone que j'ai choisi. Il a le même et est heureux de me faire le forfait discuté.
Et puis re-non. L'homme au bout du fil semble mal à l'aise. Le forfait a changé, le prix n'existe plus, ce n'est pas clair. On me transfère. Après une éternité, le superviseur me dit qu'on ne peut me faire le super "deal ": je devrai me contenter du modèle en-dessous, un gigaoctet de données de moins et une facture 10$ plus élevée. Mais on me fait un cadeau de 100$. Quelle générosité après 40 minutes de mon temps qui se sont envolées!
J'ai refusé et on m'a donné une adresse courriel pour faire une plainte. J'attends toujours une réponse, une semaine plus tard. Si j'avais été de ces gens-là, j'aurais fait tellement de bruit que j'aurais eu un beau téléphone qui brille. Mais non, il a fallu que j'écrive un courriel poli. Ça m'apprendra.
La pensée (faussement) positive de la semaine
Comptez-vous chanceux, la tempête de cette semaine était, selon les médias de la province, la «tempête du siècle». Ce qui signifie que comme nous sommes seulement en 2017, il nous reste plusieurs années devant nous de tranquillité, sans tempête aussi importante. C'est pas moi qui le dit!