Ces femmes qui osent dénoncer

CHRONIQUE / On entend souvent les victimes se plaindre de la lourdeur du système judiciaire. Bien souvent, elles dénoncent la difficulté de dénoncer.

Je ne suis pas une grande experte du milieu judiciaire. Mais, depuis quatre mois, tous les jours ou presque, je vois ces victimes affronter le système de justice. Elles se présentent en cour, elles ressassent ce qu’elles ont vécu, elles affrontent les questions interminables des contre-interrogatoires, elles sont confrontées dans leur crédibilité, leurs souvenirs, leurs émotions. Elles patientent en attente d’un verdict. Puis elles patientent encore en attente de la sentence. Une sentence, bien trop souvent, qui ne vient pas panser les plaies de leurs blessures. Parfois, la décision est portée en appel. Et le processus recommence.

En assistant au procès, on se demande parfois si ce ne sont pas les victimes qui sont au banc des accusés. Mais bon, notre système de justice étant ce qu’il est, les accusés sont innocents jusqu’à ce que la poursuite fasse la preuve, hors de tout doute raisonnable, qu’ils sont coupables. C’est bien, puisque trop de gens ont été accusés et reconnus coupables à tort, au terme de procès pipés d’avance.

Mais en étant témoin du calvaire que subissent certaines victimes lorsqu’elles osent porter plainte, je me demande comment on pourrait alléger leur souffrance, leur stress, leur anxiété, leurs angoisses.

Je vais vous dire quelque chose. Je les trouve courageuses, ces victimes qui portent plainte. Même lorsqu’elles fondent en larmes après leur témoignage. Même lorsqu’elles quittent la salle d’audience découragées, parfois effondrées et souvent épuisées. Même lorsqu’elles demandent l’installation d’un paravent pour ne pas croiser le regard de leur agresseur. Leur agresseur qui est, bien souvent, un ami, un conjoint, un parent, un ex.

J’ignore moi-même si je serais capable d’affronter ces épreuves. J’ignore si je ne préférerais pas enfouir ces mauvais souvenirs sous un tapis et seulement tenter d’oublier.

Plusieurs victimes tentent de le faire. On dit que la majorité des femmes victimes d’abus sexuels ou de violence conjugale, par exemple, ne porteront jamais plainte. Elles préfèrent se taire, puisque c’est plus facile. Et, bien honnêtement, je les comprends.

Mais certaines de ces victimes qui gardent le silence décident de dénoncer des années plus tard, en voyant leur propre enfant grandir, ou en n’étant plus capables de supporter ce poids sur leurs épaules. Fort heureusement, lorsqu’elles décident de foncer, les victimes ne sont pas abandonnées à leur propre sort. Il existe tout de même des organismes qui accompagnent et guident les plaignants dans le processus judiciaire. Une chance, puisque certains craqueraient probablement entre les innombrables étapes d’un procès.

En cette veille de la Journée internationale des femmes, saluons le courage de ces victimes qui osent dénoncer. Et, surtout, évitons de les juger.

Et les hommes ?

Je vous entends déjà me dire qu’il y a des hommes victimes d’abus et de violence conjugale aussi. Vous avez entièrement raison. Mais nous sommes le 8 mars. Et le mot « victime » n’a toujours pas été masculinisé. Ce serait d’ailleurs peut-être le temps qu’on n’utilise plus le mot « victime » uniquement au féminin. Je dis ça de même.