Ces entrepreneurs qui nous inspirent

CHRONIQUE / Mon père est un entrepreneur agricole. Ma mère une retraitée de l’enseignement.

Quand j’étais petite, je voulais être comme ma maman. Je voulais un emploi stable, intéressant, mais pas trop stressant. Oui, je sais, enseigner peut créer de l’anxiété chez certains.

Je ne voulais en tout cas pas vivre comme mon papa. Il travaillait plus de 100 heures semaine, pas de vacances l’été. Il devait s’occuper des problèmes d’employés, à toute heure du jour. Une tempête de grêle de cinq minutes pouvait détruire des mois d’efforts. Recommencer à zéro, sans parachute. Et tout ça pour un salaire pas plus élevé que celui de ma mère. Et aujourd’hui, à 68 ans mon père est encore dans le champ. Ma mère vit sa vie de retraitée. Pas folle la Laura !

Aujourd’hui, je suis devenue ce que j’ai souhaité. Une salariée avec un emploi grisant, sans avoir à prendre trop de risque.

Je suis une réactionnaire, je n’agis pas. Les journalistes rapportent l’histoire de ceux qui prennent des risques. Des risques parfois payants, d’autres fois non. Je ne compte plus les textes où j’ai annoncé une faillite.

Jessika Roussy, copropriétaire de Mode Choc, avait elle aussi cette réticence à joindre le cercle des entrepreneurs lorsqu’elle était petite. Elle avait vu ses parents sacrifier certaines choses pour bâtir ce qui allait devenir un fleuron québécois du commerce au détail. 

La jeune femme de 29 ans a raconté son histoire, mardi, à Chicoutimi, dans le cadre d’Inspire 2, qui se tient en pleine semaine mondiale de l’entrepreneuriat. Mais passer du temps dans l’entreprise familiale en tant que directrice du marketing lui a permis de construire sa passion pour les affaires et ses qualités de leader. 

Pour d’autres, ça semble inné. Comme Mathieu Ouellette, de la Pépinière Boéralis. L’agronome savait depuis un jeune âge qu’il allait fonder son entreprise. Et il fallait être convaincu comme lui pour réussir. Il s’est battu devant la Commission de protection du territoire agricole au début de son projet. L’organisation n’avait jamais fait un si petit morcellement de terre. Il a refusé de se faire dire non et il a eu gain de cause, à l’issue de lourdes démarches. Des démarches qui auraient fait abandonner bien des gens. 

Ils étaient six personnalités d’affaires de la région à raconter leur parcours. Et il existe autant de parcours qu’il y a d’entrepreneurs. Mais une chose les réunit. 

« J’ai juste ça, des problèmes. Est-ce que c’est moi le problème ?  », a lancé avec humour le directeur général de Voltam, Gaétan Tremblay, en parlant de ses débuts d’entrepreneur. 

« On gère des problèmes tout le temps. Je ne prends pas mon café tout en rédigeant tranquillement mon plan stratégique », a renchéri Jessyca Roussy, qui semblait faire référence aux images idylliques de l’entrepreneuriat. 

En effet, ce n’est pas les bons coups qui se retrouvent sur les bureaux des hauts dirigeants. « Un employé qui fait une plainte aux normes du travail, une usine qui a une infestation de rats, un problème de liquidités », a énuméré un des jeunes entrepreneurs, donnant un exemple d’une journée typique. 

Quand j’étais petite, je m’étais aussi promis de ne jamais sortir avec un entrepreneur. Mais comme l’amour rend aveugle, je suis tombée sous le charme de l’un d’entre eux. Un vrai de vrai entrepreneur qui carbure aux projets. Et pour rien au monde je ne le changerai. Ce sentiment d’être sur un constant qui-vive, je commence à aimer ça... un petit peu.

À son contact, je n’ai pas encore développé une envie folle de me lancer en affaires. Mais je pense qu’il m’a permis de devenir une meilleure employée. 

Disons que j’y pense à deux fois avant d’aller me plaindre à mes patrons. Je réfléchis aux quelque 150 autres salariés qu’ils ont à gérer... et à leurs problèmes.