Une soirée de soutien à Le Quotidien s'est déroulée jeudi soir à l'Appartement à Chicoutimi.

Ce «vrai monde» qu’on oublie

CHRONIQUE / Le Quotidien fait partie de ma vie depuis ma naissance. Ce n’est même pas exagéré. Ma mère était journaliste au même journal, alors vous comprendrez que Le Quotidien a traîné sur toutes les tables de cuisine qui ont ponctué ma vie.

Petite, je regardais les pages du journal sans trop comprendre leur contenu, mais je savais très bien que ce contenu devait être important. J’en ai eu la preuve en vieillissant et en pratiquant à mon tour ce métier.

J’ai toujours été fière de dire pour qui je travaille, bien que le monde des médias écrits soit en crise depuis des lustres. Je suis au journal depuis 11 ans et on parle de la longue agonie du papier depuis ce temps. Je n’avais jamais été véritablement secouée par tous ces changements qui ont transformé mon métier, puisque je connaissais la chanson. Mais vous comprendrez que cette semaine, nous l’avons tous vécu un peu plus difficilement.

Depuis lundi, on entend les éditorialistes, les chroniqueurs, les entrepreneurs et tout le gratin politique crier haut et fort qu’un journal est la voix d’une démocratie saine et équilibrée. Je suis absolument d’accord. Mais on n’entend très peu le «vrai monde».

Depuis quelques mois, je signe des reportages dans la section Mag du Progrès. Des reportages sur monsieur et madame Tout-le-Monde. Certains se lancent en affaires, d’autres ont une histoire particulière à raconter.

Je pense à cette jeune femme qui termine son doctorat en psychologie après un long parcours de décrocheuse. Cette jeune femme m’a écrit, au lendemain de la publication, pour me dire qu’elle ne s’attendait pas à avoir autant de visibilité, de messages et d’invitation dans les autres médias. Encore cette semaine, je l’ai vue en entrevue à TVA.

Je pense aussi à cette famille, qui a relancé la ferme maraîchère après le décès du père survenu quelques années plus tôt. La propriétaire m’avait elle aussi écrit, me disant qu’elle n’en revenait pas de l’achalandage au comptoir de légumes le dimanche suivant la publication. «Tout le monde me parle de l’article», m’avait-elle dit.

Je pense aussi à ce jeune homme, qui se préparait à subir une opération pour enlever un surplus de peau causé par une perte de poids majeure. Il m’a aussi écrit, dans les jours suivant la publication, pour me dire à quel point il avait eu des messages d’encouragement.

Je pense aussi à cette jeune fille sourde, qui s’est trouvé un emploi après des années de vaines recherches, en raison de son handicap. Une association pour les enfants malentendants m’avait contactée pour me dire que j’avais été lue jusqu’en Europe et que mon texte avait fait du bien à beaucoup de personnes malentendantes.

Je pense aussi à cet entrepreneur qui a annoncé le lancement d’un trio de condiments régionaux dans nos pages et qui a fait le tour du Québec le lendemain.

Des histoires comme ça, je pourrais vous en raconter des centaines. Pas juste de moi, mais de tous les journalistes qui travaillent à sortir de la nouvelle, jour après jour. Que ce soit à la télé, dans les journaux ou à la radio. On entend beaucoup les personnalités publiques scander qu’un journal est primordial dans notre société. J’en suis évidemment ravie. Mais j’aimerais aussi entendre ces gens qui ont vécu l’impact que peut avoir un article pour le «vrai monde». On oublie qu’un simple article peut valoir de l’or pour la personne qui est concernée. Que ce soit un entrepreneur, un artiste, un sportif, la dame qui tente de joindre les deux bouts parce que ses enfants sont malades et qu’elle doit cesser de travailler, ou l’homme qui organise un événement pour les plus démunis.

J’ai toujours été une fervente du «journalisme-utile».

Parce qu’il y aura toujours des histoires à raconter. Et ces histoires mériteront toujours d’être lues et entendues. Encore faut-il qu’il y ait plus d’une tribune pour le faire.