Patricia Rainville

Ce service essentiel oublié

CHRONIQUE / Avez-vous, depuis le début de la pandémie, été coincé dans une ville qui n’est pas la vôtre, à tenter de tuer le temps ? Cette situation est plutôt rare ces jours-ci, j’en conviens, mais je l’ai vécue en début de semaine. Et c’est un peu dans ces moments-là que l’on s’aperçoit que si la Terre n’a pas arrêté de tourner, elle tourne vraiment au ralenti depuis maintenant plus de deux mois.

Mardi, je me suis déplacée à Roberval pour assister à la comparution de deux individus d’intérêt. Je pars donc de chez moi vers 7 h 30, pour être certaine de ne rien manquer et d’arriver à 9 h au palais de justice. Une comparution est si vite arrivée et ils ne recommenceront pas parce que la journaliste est arrivée en retard.

À 9 h, donc, je rentre au palais de justice et on me dit que la comparution sera à 11 h. Je ne suis pas étonnée ; c’est souvent comme ça, dans le merveilleux monde judiciaire. Je fais un peu le tour de la municipalité, question de passer le temps. À 10 h, on me dit que la comparution aura finalement lieu à 14 h. Bon, encore une fois, ce sont des choses qui arrivent.

Mais passer le temps pendant quatre heures, loin de la maison et dans un monde où la pandémie a pris le dessus, je vais vous avouer que ça n’a rien de bien excitant. Au moins, il faisait beau.

Même magasiner n’est pas recommandé, surtout que la majorité des commerces sont encore privés de leurs clients. Et je vous avouerai que flâner dans un magasin n’est pas la chose la plus agréable à faire en temps de pandémie. Entre le Purell, le masque, les flèches au sol et les paniers obligatoires, le lèche-vitrine n’est pas l’activité la plus tendance.

Je me serais bien installée dans un resto, à boire un café tranquillement tout en travaillant. Ah oui ! les restos sont fermés.

Rendre visite à quelqu’un qui demeure à proximité ? Encore interdit.

Donc, je finis par m’installer sur le bord du lac Saint-Jean, avec mon ordinateur, pour ne pas trop perdre mon temps à errer telle une pauvre fille égarée.

Les rares passants devaient se dire que je m’inspirais du magnifique paysage pour écrire de la poésie, mais à dire vrai, j’écrivais plutôt ce que vous êtes en train de lire. Rien d’exceptionnel.

La vue n’était évidemment pas trop choquante et la température assez clémente, mais il y a un petit problème qui s’est pointé insidieusement.

Si je suis partie de mon domicile vers 7 h 30 et que j’ai bu deux grands cafés, vous devinerez rapidement quel était ce problème.

Et ce qu’on peut constater en ces temps de pandémie, c’est l’absence de toilettes publiques accessibles à la population. Règle générale, les commerces limitent leur salle de bain à leurs employés, ce qui est compréhensible, mais ce petit problème en deviendra un plus grand lorsque la belle saison débutera véritablement.

Ma collègue Laura Lévesque a d’ailleurs signé un texte à ce sujet, la semaine dernière. Elle écrivait que les policiers ne prévoyaient pas être moins sévères envers ceux et celles qui se soulagent en nature. Entre vous et moi, je trouvais cette question un peu futile. Mais je l’ai trouvée pas mal plus d’intérêt public lorsque je me suis rivé le nez à tous les petits coins qui m’auraient permis de chasser cette vilaine envie d’uriner.

Que ferons-nous, pauvres mortels, sans toilettes publiques, lorsque nous serons loin de la maison ? Une petite virée à Tadoussac sans toilettes à destination ? Un tour du lac en se retenant la moitié du trajet ?

Une question peut-être niaiseuse, mais qui mérite tout de même qu’on s’y attarde. Les toilettes publiques seront-elles ajoutées à la liste des services essentiels ?