À Montréal, plus de 410 000 logements ont accès au service de collecte de résidus alimentaires depuis 2008, et près de 85 000 nouvelles adresses devaient s’ajouter en 2018.

Ce petit bac mal aimé

J’ai toujours été étonnée de voir à quel point les gens montent aux barricades pour des riens. Je constate cette réalité encore plus en raison de mon métier, mais aussi en lisant les commentaires sur les médias sociaux. Voulez-vous bien me dire ce que les gens faisaient, avant Facebook, pour partager leur chialage et leur point de vue sur tout ce qui se passe autour d’eux ?

Enfin bref, s’il y a un seul sujet pour lequel je ne m’attendais pas à voir un tel tollé, c’est bien celui des bacs bruns. Ces pauvres petits bacs qui, en plus d’avoir hérité de la couleur la moins sexy de la palette, se voient présentement la cible de monsieur et madame Tout-le-Monde, qui, pour une raison obscure, les ont pris en grippe. Et pas à peu près.

Je me souviens qu’un jour, lorsque j’étais une « jeune » journaliste, mon patron m’avait affecté à la couverture d’un sujet qui touchait la gestion des ordures. Je pensais bien qu’il me punissait, croyant que mon texte n’intéresserait personne.

« Patricia, les poubelles, ça intéresse tout le monde », qu’il m’avait dit. Je n’aurais jamais cru qu’il avait autant raison.

Alors voilà, près de 20 ans après les résidants de certaines villes de la province, les Saguenéens auront finalement leur petit bac à matières organiques à la maison. Alléluia. Quelle bonne nouvelle, vous ne trouvez pas ? On va enfin pouvoir réduire la charge de nos gros bacs verts. On va enfin pouvoir poser un geste concret, et surtout collectif, pour notre belle planète qui se meurt à petit feu.

Quelle ne fut pas ma surprise, donc, de constater que bon nombre de mes concitoyens saguenéens ne pensaient pas la même chose que moi ! Plusieurs sont même farouchement opposés à ce que la Ville procède à son règlement d’emprunt pour doter tous ses citoyens de ces mignons petits bacs.

Ils se sont déplacés en masse pour signer un registre. Je salue au passage leur volonté et je suis ravie de voir que plusieurs ont pris le temps d’exercer leur droit pour une cause qui leur tient à coeur. Mais, tout de même, on parle ici d’un bac brun.

Certains se sont déplacés parce qu’ils étaient opposés au compostage. Ces personnes n’avaient pas compris que la récolte de matières organiques serait obligatoire en 2020 dans toutes les municipalités québécoises. Le bac brun ne force personne à faire du compost. Il ne sert qu’à récolter ce qui ne pourra plus être enfoui sous terre. Vous vous imaginez les tonnes de cochonneries qui pourrissent sous nos pieds, depuis le temps qu’on les enterre, faute d’autres moyens ? Comment peut-on être contre l’amélioration du sort de notre environnement ? Dites-le-moi, ça m’intéresse. Comment peut-on être farouchement opposé à ce que tout un chacun fasse sa part pour cet environnement, qui, dois-je le préciser, a mangé une sacrée claque au cours des dernières décennies ?

« C’est dégueu, ça va empester », crient les opposants. On voit même des vidéos de bacs bruns remplis de vers blancs qui circulent sur Internet. Parlez à des gens qui se sont tournés vers le compostage depuis des années et vous comprendrez vite que les vers blancs n’élisent pas domicile à la minute où on chuchote les mots « bacs » et « bruns ». Au pire, ça se lave, une belle petite poubelle brune. Ce n’est pas interdit. Et si Montréal est capable de gérer ses collectes de bacs verts, bruns, bleus, alouette ; je me dis qu’on est bien capables de faire pareil.

Pourquoi sommes-nous si opposés au changement ? Nous sommes encore les seuls, nous, chers Saguenéens, à nous mobiliser contre les bacs bruns. Parlez aux citoyens de Victoriaville, de Montréal, du Bas-Saint-Laurent, et à tous les autres qui ont accueilli le bac brun à bras ouvert il y a belle lurette déjà, et ils vous diront tous la même chose. « Vous allez vous habituer. Et, surtout, vous allez finir par aimer ça », ai-je entendu de plusieurs habitants de ces villes qui collectent déjà leurs matières organiques. Écoutez l’expérience, c’est la meilleure façon de devenir meilleur. On est rendu là.

J’essaie de faire ma part pour l’environnement. Pour le moment, ce sont mes poules qui se chargent de faire disparaître mes déchets de table. Mais à quel point j’ai hâte de pouvoir mettre au bac brun ce qu’elles ne mangent pas ! Ça me fait presque mal au coeur de jeter une pelure de banane dans la poubelle, quand je sais très bien qu’on aura bientôt une autre solution.

Et vous savez, je ne crois pas qu’il y aura une police du bac brun qui passera chez vous pour vérifier si vous triez bien vos matières organiques.

Mais c’est malheureusement en raison de cette paresse collective qu’on va finir par venir à bout de notre belle planète. Je suis toujours étonnée d’apprendre que certains ne recyclent pas et jettent encore tout à la poubelle. J’ose espérer que les générations futures seront plus respectueuses de la couleur de leur bac.

Alors, aujourd’hui, je n’ai pas honte de le dire. Oui, j’ai hâte de l’accueillir à la maison, ce petit bac mal aimé. Il aura sa place à côté du bleu et du vert. Et je ne ferai pas de discrimination de couleur. Je vais les aimer tous de façon égale.