En photographiant ce qui m’entoure, j’ai appris à prendre le temps de m’arrêter, afin de vivre, un peu plus, le moment présent.

Carpe diem, vous dites ?

S’il y a une chose que je crains de ressentir sur mon lit de mort, mis à part la douleur, c’est ce sentiment de ne pas avoir profité de la vie. Vous savez, ce regret de ne pas avoir vécu le moment présent. Il y a des gens qui ont une grande facilité avec la notion du carpe diem. Malheureusement pour moi, j’ai une énorme difficulté à savourer le moment présent. Je suis faite comme ça, et malgré les trucs que m’a un jour donnés un psychologue, je ne suis pas encore arrivée à maîtriser ce style de vie.

Malgré mes efforts, je suis le genre de fille qui a toujours hâte à quelque chose. Si je m’inscris à une course, j’ai hâte au moment où je m’élancerai. Un coup élancée, j’ai hâte de franchir le fil d’arrivée. Si je prépare un voyage, j’ai évidemment hâte de plier bagage. Une fois partie, j’ai hâte à la prochaine activité prévue. Si j’ai hâte d’aller travailler, j’ai aussi hâte d’en avoir terminé dès que je serai assise à mon bureau. Il y a cinq minutes, j’avais hâte d’écrire cette chronique. Présentement, j’ai hâte de l’avoir terminée. Bref, vous comprenez le principe.

On m’a dit que je n’étais pas la seule à prendre la vie de cette manière. Êtes-vous du genre à suivre la doctrine «On a juste une vie à vivre, vivez chaque journée comme si c’était la dernière»? Moi, pas du tout. Je ne vis pas dans le passé ni dans le présent, je vis dans le futur. J’ai toujours en tête ce qu’il faut que je fasse le lendemain. Rien pour améliorer ma petite tendance à l’anxiété.

Comme je vous le disais plus tôt, un psychologue m’avait déjà donné des trucs pour vivre le carpe diem. Il m’avait suggéré d’utiliser mes sens pour goûter, entendre, sentir et toucher ce qui m’entoure, prenant ainsi un temps d’arrêt pour le vivre. Par exemple, si je suis en balade en forêt, je devais m’arrêter pour sentir l’odeur des végétaux, toucher aux écorces, goûter aux petits fruits qu’offre le sentier et écouter attentivement le bruit du vent ou des oiseaux. Je l’ai fait à quelques reprises. Mais à part avoir plutôt l’air d’une fille qui plane grâce à un opioïde ou à une évadée de prison qui n’a pas vu la lumière du jour depuis 20 ans, je n’ai pas vraiment ressenti les bénéfices. Mais bon, j’aurai toutefois essayé et c’est ça qui compte, j’imagine.

J’ai aussi tenté de développer, au cours des dernières années, mes propres trucs. J’ai recommencé à lire, je me suis mise à la course à pied, j’ai suivi des cours de yoga. Je me suis même procuré des livres de méditation. Et savez-vous ce qui m’aide le plus? Prendre des photos. Photographier tout et rien. Immortaliser ma récolte potagère, mes poules qui, elles, profitent de chaque moment de liberté. Mon chum est parfois un peu las de nos selfies, mais il s’y prête sans trop ronchonner. J’essaie d’immortaliser un peu tout ce que je vis et qui, bien sûr, en vaut la peine à mes yeux.

Prendre le temps de capter la bonne image, avec la bonne lumière et le bon angle, me permet de m’arrêter, d’en profiter et d’admirer la beauté de la vie. Et, le soir, je regarde ces photos et j’ai bien l’impression de vivre le moment une deuxième fois.

Alors lorsque je serai sur mon lit de mort et que j’aurai l’impression de ne pas avoir profité de la vie, je pourrai me rabattre sur ces photos. Voir ma vie défiler devant mes yeux avec seulement les bons moments, n’est-ce pas une idée de génie? Patricia Rainville