Le sergent Jean Tremblay, qui a pris sa retraite cette semaine.

Bonne retraite, monsieur l’agent

CHRONIQUE / J’en ai glissé un mot, la semaine dernière.

Je vous ai un peu parlé de ces relations amour-haine que les journalistes entretiennent avec les intervenants qui croisent leur route. Les policiers sont sans doute en tête de liste de ces relations souvent tumultueuses, parfois explosives. Je ne vous le cacherai pas, les policiers me tapent parfois sur les nerfs. Et je leur tape sans doute encore plus sur les leurs la plupart du temps. Je les achale sûrement avec mes questions. Et je ne serais pas étonné d’apprendre que certains me traitent de fatigante dans mon dos. 

C’est que les journalistes sont des petites bêtes curieuses, qui espèrent toujours en savoir plus. Et les policiers ne sont souvent pas autorisés à nous souffler des informations au creux de l’oreille. Si je suis à la couverture d’un fait divers, par exemple, il est bien normal que je tente d’en apprendre davantage, afin d’informer les lecteurs. Et si un policier refuse de me parler, je vais essayer de trouver l’information d’une autre manière. Et le policier en question ne sera sans doute pas très content de voir que j’ai contourné le périmètre de sécurité. Mais, d’un autre côté, ces mêmes policiers ont parfois besoin de l’aide des journalistes, afin de faire avancer leur enquête, de partager les résultats de leur travail ou de diffuser un avis de recherche. On a besoin l’un de l’autre, mais en même temps, on ne s’envoie pas des cartes de vœux à Noël. C’est comme ça. Et le pire, c’est que ça n’a rien de personnel. Du moins, dans mon cas. Je sais qu’ils ont un travail à faire et je respecte ça. 

Cette semaine, je suis allée rencontrer le porte-parole de la Sûreté du Québec, Jean Tremblay, qui tirait sa révérence après 29 ans de loyaux services. Curieusement, ça m’a fait un pincement au cœur de devoir lui dire « bye ». Je lui ai même donné deux becs sur les joues, chose que je ne fais jamais, ou presque, dans le cadre de mon travail. Mais bon, il prenait sa retraite, alors j’avais le droit.  

Depuis que je suis au journal, donc depuis neuf ans, j’ai eu à discuter avec lui pratiquement chaque semaine. Sur chaque fait divers, c’est avec lui que je devais faire affaire. Il va sans dire qu’une relation de confiance devait être bâtie. Je devais apprivoiser le policier si je voulais en avoir un peu plus qu’un journaliste d’un autre média. Je pense qu’il avait fini par « bien m’aimer », même s’il a parfois été un peu choqué contre moi. Comme la fois où je l’avais cité sur quelque chose qu’il aurait préféré que je garde pour moi. Ou bien la fois où on avait publié des photos d’une opération policière captées un peu trop proche à son goût. Mais, ce que j’ignorais, c’est qu’il pouvait se faire taper sur les doigts par ses patrons le lendemain d’une publication. Mais bon, comme on dit, ça fait partie de la « game ».  

Lorsque je suis allée le voir, jeudi, il m’a dit que l’important, c’était de se respecter et de se comprendre. Il a avoué avoir bien ri avec certains journalistes, mais d’autres fois, certains lui ont aussi fait grincer des dents. 

J’espère faire partie de ces journalistes qui ne lui auront pas trop mené la vie dure. Mais bon, mon travail est de poser des questions alors que le sien était de répondre. Et je pense qu’on a réussi à ne pas trop se taper sur les nerfs.

Sur ce, je vous souhaite une bonne retraite, sergent.