Bien cachés sous un veston

CHRONIQUE / Je l’avoue, j’ai par le passé, moi aussi, arboré une garde-robe similaire à ce que peut porter la députée Catherine Dorion. Visiblement, j’étais, moi aussi, bien près du scandale alors que je portais les vêtements comparables aux siens en plein milieu de travail! Scandale! Pas tant! Ce qui m’a sauvée de toute controverse, ce sont la fonction que j’occupais et ledit milieu de travail.

La belle époque du coton ouaté et de la tuque rime avec mes années passées à la radio. Lorsque le réveil se fait entendre vers 3h45 et que nos collègues de travail se limitent à une ou deux personnes, quelques micros et une console, disons que nous penchons rapidement vers la tenue décontractée. Ce style plus que confortable est encore plus apprécié les matins d’hiver. Je vous l’assure, il n’y a rien de plus difficile que d’affronter l’hiver québécois à 4h du matin.

Ma transition entre l’univers de la radio et celui de la presse écrite s’est également soldée par le besoin d’une nouvelle garde-robe. Voyez-vous, faire près de 10 ans de radio, c’est détenir un nombre incalculable de lainage, de vêtements confortables et un bon nombre de tuques.

J’ai troqué le confort pour les vestons au même moment où j’ai échangé mon micro pour un crayon et un calepin de notes. Et ce, même en été. Cette saison où j’ai cruellement chaud. Je garde mon veston ou des vêtements un peu plus longs parce que sous le tissu se cachent quelques tatouages. En fait, plusieurs tatouages.

Il y a de tout sur mon corps. Des dessins réalisés selon l’esprit d’un style particulier, des encres significatives et, bien sûr, des erreurs de jeunesse. Quelques projets qui devraient se terminer en séance de détatouage.

Certains m’accompagnent depuis une quinzaine d’années alors que d’autres sont plus récents.

Les collègues qui me visitent à la maison les ont vus. Et devinez quoi? Ça ne change absolument rien.

J’ai d’ailleurs souvenir d’une rencontre avec un intervenant. Celui-ci avait presque sursauté en me croisant un jour de congé. Voyez-vous, c’était l’été et je magasinais des fleurs et des arbustes portant un short et un t-shirt.

J’ai aussi souvenir de cette dame à l’urgence alors qu’on patientait depuis des heures et que la patience commençait, comment dire, à quitter le navire. Bon moment pour l’entendre dire à la personne qui l’accompagne tout en me regardant : « En tout cas, des tatouages, c’est ‘‘laitte’’ ».

Je vis très bien avec la critique, c’est surtout la façon de l’exprimer qui me chatouille. Je sais bien que cet art ne plaît pas à tous. Et je ne suis pas du genre à l’imposer.

Une collègue me disait que je devrais cesser de cacher ces tatouages au travail. Je suis ambivalente face à la question. Je crois à l’importance du décorum alors que je suis un exemple sur deux pattes démontrant que le pourcentage encré du corps d’une personne ne change en rien à celle-ci. Bien honnêtement, je n’ose pas amorcer ce débat, et encore moins au travail.

Je sais que les idées stéréotypées sont encore légion et je ne voudrais pas ajouter une distraction aux discussions que j’ai, aux entrevues que je réalise et face aux intervenants que je croise dans le cadre de mon travail.

Avouons que ça reste un peu loufoque. Comme si mon veston améliorait la personne que je suis.

Sans grande surprise, je reste la même personne, en t-shirt ou avec un veston. Et je ne crois pas que mes questions sont plus pertinentes lorsque je porte ledit veston.