La dernière chronique de Patricia Rainville sur les bacs bruns a fait couler beaucoup d'encre sur les réseaux sociaux...

Bacs bruns, la suite

Je n’aurais pas voulu être adolescente à l’ère des médias sociaux. Je me serais mis trop de pression et j’aurais sans doute été bien atteinte par les commentaires disgracieux à mon endroit. Je ne suis pas certaine que j’aimerais être candidate à une élection non plus, avec tous ces commentaires haineux contre certains, véhiculés sur les plateformes sociales telles que Facebook.

Si je vous dis ça, c’est qu’en tant que journaliste, nous ne sommes pas épargnés par cette hargne qui déferle bien souvent sur la Toile. Je fêterai mes 10 ans de carrière en octobre. J’avais été engagée lors de la campagne électorale provinciale de 2008. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis et les temps ont bien changé.

Je me souviens que lorsque j’étais encore jeune et naïve, je stressais à l’idée d’ouvrir ma boîte de courriels professionnels, de peur d’avoir reçu de méchants messages durant la nuit, à la suite d’un article publié dans le journal. Imaginez, c’était avant que notre journal ait sa page Facebook. Et c’était bien avant que je signe des chroniques, comme celle-ci. Parce que lorsqu’on commence à signer des chroniques, c’est là que le gros fun commence. Pour les lecteurs qui aiment commenter sur les réseaux sociaux. Moins pour le chroniqueur ou la chroniqueuse. Je le sais, ça fait partie de la job et j’ai appris à l’assumer et à l’accepter.

Si je vous dis ça, c’est que j’ai été la cible de bien des commentaires, parfois bons, mais souvent mauvais, la semaine dernière, à la suite de ma chronique sur les bacs bruns. Bien oui, encore ceux-là.

« Je suis en train de lire les commentaires sur ta chronique de la semaine passée, ça n’a pas de bon sens ! Tu ne devais pas t’attendre à ça », m’a dit une collègue, plus tôt cette semaine. Oh oui, que je m’y attendais. Je m’attendais à bien pire que ça, à vrai dire.

Je ne vous cacherai pas que je n’ai pas lu tous les commentaires publiés sous ma pauvre petite chronique, dimanche dernier. C’est que j’étais en grande fabrication de conserves pour passer mes légumes du jardin et pour me préparer à recevoir dans le temps des Fêtes. J’avais d’autres chats à fouetter, mais je savais bien que ça devait se défouler dans mon dos, via les médias sociaux.

Il y a cinq ou six ans, j’aurais été rivée à mon écran de cellulaire ou d’ordinateur, à lire ces internautes qui me maudissent. Certains m’ont reproché d’être insignifiante ; d’autres, de manquer de rigueur et de profondeur ; d’autres m’ont accusé d’être dans la gang de la mairesse de Saguenay, car j’ai osé dire que j’avais hâte d’avoir mon bac brun. Sacrilège.

Il y a cinq ou six ans, donc, j’aurais été bien peinée de lire tous ces commentaires. Je n’aurais pas eu de plaisir à confectionner mes conserves. J’aurais tout remis en question. J’aurais peut-être même versé une petite larme. Car, voyez-vous, on ne mesure pas toujours les répercussions que peut avoir un simple commentaire, publié à la va-vite.

Mais, bon, aujourd’hui, je m’y suis fait. Et je sais pertinemment que chaque semaine, certains ne se gêneront pas pour partager leur amertume contre tel ou tel journaliste ou chroniqueur. On a très peu de pitié pour ceux et celles qui pratiquent ce métier.

Pour être honnête, c’est plutôt mon chum qui a été atteint par les commentaires formulés à mon endroit sur Facebook. « Est-ce que je peux leur répondre ? », qu’il m’a demandé, après avoir passé plusieurs minutes à lire les publications des lecteurs.

Bien sûr, je lui ai dit que ce n’était pas l’idée du siècle et qu’il était légèrement en conflit d’intérêts, puisqu’il partage mon lit. C’est évident qu’il trouve toutes mes chroniques excellentes...

Plusieurs lecteurs ont pris le temps de m’écrire personnellement, utilisant mon adresse courriel plutôt que Facebook. Des courriels appuyant mes écrits, d’autres m’expliquant la raison de leur mécontentement. J’essaie de répondre à chacun d’entre eux – désolée, je crois en avoir oublié quelques-uns cette semaine –, puisque ces gens prennent la peine et le temps d’écrire quelque chose d’intéressant, de posé et, surtout, d’ouvert à l’échange. C’est évident qu’on n’a pas nécessairement envie de répondre à un internaute qui nous traite de pathétique sur Facebook. On passe à un autre appel.

Je ne veux pas que tout le monde soit d’accord avec ce que je dis ou ce que j’écris, ça va de soi. On apprend toujours des discussions. Mais tomber dans l’insulte, ça mène rarement à quelque chose. Mais même si ça fait de la peine à mon chum, ça me donne aussi des sujets de chroniques. Il faut toujours voir le bon côté des choses.

P.-S. – Je sais que mon titre n’a pas rapport, mais je voulais attirer votre attention !