Avocate d’un jour... ou peut-être un jour!

CHRONIQUE / Encore aujourd’hui, j’explique bien mal comment s’est orchestré mon cheminement scolaire menant à ma vie professionnelle.

En fait, je qualifierais cela de toute une aventure.

J’ai souvenir au secondaire d’avoir été rebutée par le fameux bloc sciences. Pourtant, tout mon groupe d’amies s’est tourné vers ce cheminement. De mon côté, j’ai coché tout ce qui concernait les arts, dont le théâtre. Pour vous dire à quel point je n’avais pas envie de raisonner devant un tableau périodique, j’avais même sélectionné un cours d’éducation physique.

Il y en a pour qui ça semble si facile. Le chemin est tracé, par je ne sais qui, depuis toujours. Il sera médecin, alors qu’elle sera infirmière comme sa mère. Elle rêve de travailler à l’international alors que, pour lui, la mécanique sera sa passion et son gagne-pain. Disons que c’était bien loin d’être mon cas.

J’avais de bons résultats scolaires. Mais je parlais, bon Dieu que je parlais. J’ai souvenir de monsieur Bernard, qui enseignait l’économie à la polyvalente Jean-Dolbeau. Le pauvre. J’adorais son cours et je performais. Toutefois, comme on dit, le mâche-patate ne m’arrêtait pas.

Au terme de mon secondaire, j’ai pris la direction du Cégep de Chicoutimi. Avec de bons résultats, on m’a orienté vers les sciences de la nature. Pour cela, j’ai dû réussir les cours que j’avais tant évités au secondaire. J’ai souvenir d’un cours de calcul différentiel. Je cachais un bouquin derrière le livre de mathématiques. Après deux sessions, le mensonge avait assez duré. Je ne savais pas ce que je souhaitais faire de ma vie, mais je savais ce que je ne voulais pas. Au revoir la science ; je me suis tournée vers les arts et lettres.

Pour être honnête, ce fut les plus belles années de ma vie. Les cours avec de remarquables enseignants, comme Marjolaine. Des amitiés solides, encore aujourd’hui, entre autres avec ma belle Julie. Et des tonnes d’aventures avec ma gang d’impro. Gros bec à la plus que parfaite Barbara !

Sans être en mesure de l’expliquer, à la fin de mon DEC, j’ai pris la direction de Québec pour compléter un AEC en animation radiophonique au Collège radio télévision de Québec (CRTQ). Un parcours fort atypique alors que j’aurais pu me tourner vers ATM, et ce, dès la fin de mon parcours au secondaire.

Je m’en souviens encore ! Il y avait tellement d’étudiants au parcours déjà tracé. Des jeunes qui savaient depuis toujours ce qu’ils feraient de leur vie. Des personnes qui animaient depuis l’invention du pain tranché et qui étalaient leur vision de leur carrière encore à forger. Je ramassais les miettes de ma confiance, alors que je n’arrivais même pas à expliquer pourquoi j’avais choisi la radio.

J’ai eu la chance de travailler, dès ma sortie du collège, en radio, dans la région. C’est sur le tard et à temps partiel que j’ai complété mon baccalauréat en cumulant trois certificats. Ces six années se résument à étudier 10 minutes le matin, à dîner en tête-à-tête avec les lectures et à consacrer pas mal de samedis à mes devoirs.

À 31 ans, passionnée par mon métier, je reste encore dubitative devant ce chemin. Et si j’avais pris un chemin plus court vers ma carrière de rêve ? Aurais-je été une bonne avocate ? Est-ce que j’aurais plaidé comme une pro ? Aurais-je autant adoré le travail de recherche comme je le prétends ?

J’ai longtemps traîné ce qui prend des allures de complexe. Je m’en voulais et j’en voulais à mes parents de ne pas m’avoir poussée vers une formation universitaire à ma sortie du cégep. C’est ingrat, j’en conviens.

Avouons qu’à 18 ans, habitée par les beatniks et autres figures artistiques, je n’aurais assurément rien voulu entendre.

En pleine période d’admission au cégep ou à l’université, l’étudiante que j’ai été et qui a attendu une réponse à 16 ans, à 17 ans et à 19 ans aurait bien aimé entendre que c’est correct d’emprunter une voie scolaire plus sinueuse. C’est aussi fort acceptable d’emprunter un chemin rapide. L’important, c’est de choisir sa voie ! Annie-Claude Brisson