Chez les Britanniques, le cercueil est fermé pendant les funérailles et les proches peuvent voir une photo du défunt dans de meilleurs jours, à la place.

Autre pays, autres rites

« Ils l’ont bien réussie. » « Elle est belle. »

Les phrases qu’on entend dans les funérailles me rendent toujours inconfortable. Évidemment, ce n’est pas facile de discuter autour d’un cadavre embaumé dans un cercueil ouvert. Personne – bon, à part les thanatologues – n’est vraiment à l’aise autour d’un mort. Encore moins quand c’est une personne qu’on aime.

Notre rite funéraire, je ne l’ai jamais vraiment compris. Comme quoi voir son proche en chair et en os aiderait à faire le deuil plus rapidement.

En plus, la famille doit rester debout pendant des heures dans un salon funéraire à accueillir des gens qui ont connu de près ou de loin la personne décédée. Parfois, cette étape peut s’étaler sur deux jours. C’est long et surtout très public.

Je ne sais pas pour vous, mais je préfère pleurer seule ou avec quelques proches. Parce que je l’avoue, j’ai beaucoup de difficulté à retenir mes larmes et mes sanglots. Disons que je ne passe pas inaperçue dans des funérailles.

J’appréhendais donc, il y a quelques jours, ce dernier hommage à mon grand-père qui vivait en Angleterre. À 95 ans, il a vécu une « belle et longue vie », diront les gens pour nous consoler. Reste que j’allais pleurer comme une Madeleine et je ne voulais pas le faire devant une salle remplie de Britanniques reconnus pour leur flegme.

Mais à mon grand étonnement, les funérailles anglaises sont très différentes de celles traditionnellement célébrées ici. D’abord, accueillir les visiteurs pendant des heures, ça n’existe pas vraiment.

Les cercueils ne sont aussi jamais ouverts. « Ça ne se fait pas », m’a répondu un des hôtes de la maison funéraire anglaise. On ne voit qu’une photo de notre proche. Une photo joyeuse, pas un corps froid et blême.

Les funérailles durent environ une heure. Et les gens qui veulent dire au revoir viennent tous à la même heure. Pas entre 9 h et 17 h comme au Québec.

Évidemment, nos rites funéraires ont été forgés par notre passé religieux. Passé légèrement différent d’un pays à l’autre. Notre pasteure était d’ailleurs une femme.

Mais une chose qui ne change pas, c’est cette étape difficile de vider la maison du défunt. Surtout une personne qui a vécu autant d’années dans la même résidence.

On passe en revue la vie de notre proche. On retrouve les souvenirs importants qui ont marqué sa vie. On fait une longue réflexion avant d’oser jeter un item. On ne peut pas garder des milliers de photos, mais on ne peut pas les jeter non plus.

Mon grand-père cumulait d’ailleurs les moments marquants de sa vie. Comme ses médailles militaires et surtout cette boucle de ceinture d’un soldat nazi. Il l’avait retiré d’un fidèle d’Hitler, qu’il avait tué sur le champ de bataille.

Quand je regarde ce qui se cache dans ma boîte à souvenirs, ma vie semble beaucoup plus futile. Une lettre d’amour du secondaire bourrée de fautes de français et un bouchon de vin d’une de mes inoubliables buveries se retrouvent dans cette petite boîte que je refuse de jeter. Pas le genre de souvenir qu’on veut que les gens retrouvent à notre décès, hein ?

Mais même si j’ai été charmée par la simplicité du rite funéraire anglais, j’espère en secret que ma mort attire les foules. Je veux ce petit côté m’as-tu-vu des funérailles québécoises, où les gens se déplacent pour faire du social en même temps d’offrir leurs condoléances. Mon député ferait mieux d’être là, sinon je vais me retourner dans ma tombe ou dans mon vase. Laura Lévesque