Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local

Au salon... avec mes artistes préférés

CHRONIQUE / Casanière de nature, je dois vous avouer que je suis une excellente candidate aux spectacles virtuels. La pandémie, qui semble s’obstiner à nous pourrir la vie, a forcé les diffuseurs et les artistes à présenter la musique autrement. Rapidement, diverses initiatives ont vu le jour, via les réseaux sociaux, en captation payante et même sur l’eau, avec la Route des Lacs, de la chanteuse Stéphanie Bédard. Soulagement pour eux: le public répond présent.

Rien n’est parfait, j’en conviens. Mais en attendant la fin de cette satanée crise sanitaire, ces idées permettent de garder un certain contact avec la culture et nos artistes préférés. Et je suis franchement impressionnée par les deux derniers spectacles virtuels que j’ai achetés.

Mon mari a passé la Saint-Jean au sous-sol avec Orloge Simard, du moins virtuellement. Le groupe de La Baie se produisait à partir de L’Anti, un bar de Québec qui présente des spectacles. Et je vous confirme que ça fonctionnait parce que j’entendais le répertoire pas toujours catholique chanté par le mari jusqu’à l’étage supérieur.

Bien installée au salon, j’ai assisté, samedi dernier, au spectacle de Patrice Michaud, Vincent Vallières et Louis-Jean Cormier. Le trio d’auteurs-compositeurs-interprètes était réuni à l’Amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières alors que je me trouvais, à Saint-Bruno. Musicalement parlant, je n’ai que de bons mots. Que voulez-vous, je suis une fan finie de ces trois-là.

Mais c’est cette nouvelle expérience un peu surréelle qui retenait mon attention. Ils étaient là, à offrir leurs créations et à partager des histoires et anecdotes devant un amphithéâtre quasi vide. À la blague, ils disaient que ça leur rappelait une certaine époque. Ils discutaient entre eux, tout en saluant le public, qui se retrouvait étalé aux quatre coins de la province.

Disons que je n’avais jamais assisté à un spectacle avec mes deux chats. J’ai même mis le spectacle sur pause quelques instants pour discuter avec mon mari. J’ai poussé l’expérience jusqu’à aller faire cuire un popcorn entre deux pièces. Et la couche-tôt que je suis a rapidement filé vers la chambre à coucher après les dernières notes.

Pour 16,15 $, j’ai profité, pendant quelques heures, de la musique de trois artistes qui figurent parmi ceux que j’apprécie le plus au Québec. Je comprends que c’est invivable, au plan financier, pour tous les acteurs impliqués de près ou de loin dans la présentation d’un spectacle. Au-delà de l’aspect monétaire, je comprends aussi que c’est loin de faire le bonheur de tous, en passant par les diffuseurs, les spectateurs et les artistes. Mais force est d’admettre que ça reste une excellente alternative en temps de pandémie.

Comme le disait Patrice Michaud: « On espère que c’est le dernier du genre. » Et avec raison! Même si j’adore le confort de mon salon, j’ai bien hâte de retrouver l’énergie d’une vraie salle de spectacle.