Le vent était particulièrement présent, mercredi et vendredi derniers, à Saint-Bruno.

Au coeur du triangle blanc

CHRONIQUE / J’ai souvenir de ces journées de tempête. Je suis à quelques mots de vous écrire «dans mon temps», mais je n’irai pas là. Revenons à ces fameuses tempêtes. C’était le jackpot de nos années passées à l’école primaire et secondaire.

Je n’ai jamais eu la foi, mais lors de ces journées où la météo se déchaînait, je devenais la plus grande croyante.

Habitée d’une forte conviction, je me dirigeais au salon afin de rejoindre l’immense radio. Je surfais sur la bande AM, à la recherche de la station locale, CHVD.

Et je m’assoyais devant la radio comme si j’allais entendre plus rapidement les propos de l’animateur.

Comme si ma vie en dépendait, j’attendais le verdict: école ouverte ou fermée. Lorsque le suspense était intenable, en ni une ni deux, j’appelais à ladite station de radio.

Au secondaire, alors que j’étais happée par la nonchalance symptomatique de cet âge, je retrouvais cette parcelle de foi en la radio, et surtout en l’animateur qui aurait le rôle d’annoncer la fermeture des écoles.

Des années plus tard, alors que j’étais devenue animatrice radio, je crois bien que l’on m’a rendu la monnaie de ma pièce à maintes reprises.

Les années ont passé, mais les journées de tempête existent encore. Aujourd’hui, mon travail me conduit aux quatre coins de la région. Remercions mon ordinateur portable, qui me permet de travailler d’à-peu-près n’importe où. Cela vaut pour mon bureau aménagé à proximité de la laveuse et de la sécheuse. Mercredi dernier, contrairement à la majorité des étudiants, je n’ai pas regagné mon lit. J’ai plutôt travaillé à une longueur de bras de la brassée de serviettes.

La tempête faisait rage et des routes étaient fermées, et ce, autant au Saguenay qu’au Lac-Saint-Jean.

Entre deux bourrasques de vent, je lisais avec attention ce qui apparaissait sur les réseaux sociaux. C’était pas mal la seule chose à faire dans mon Saint-Bruno, alors qu’une énième fermeture hermétique était en cours.

Je réside au coeur du triangle blanc. Et je vis très bien avec l’idée que ça se complique une ou deux journées par année.

« Ça sent le déménagement de ce trou. J’espère qu’ils vont se ramasser avec un village fantôme dans quelques années. »

« J’ai appelé au 511 pour signifier la situation. Je vous suggère de faire pareil. »

Je suis consciente que la fermeture de routes est à la base de maux de tête pour certains. Aux dernières nouvelles, ce n’est pas le conseil municipal, la Sûreté du Québec et le ministère des Transports du Québec (MTQ) qui contrôlent le vent, sa force et encore moins sa direction. Congestionner la ligne téléphonique de Québec 511 en pleine tempête, c’est un peu comme appeler votre voisin qui éteint sa résidence en feu. Je pense qu’il est au courant que ça flambe...

Chose certaine, les membres du comité Tempête – c’est bel et bien le nom – ne se lèvent pas un beau matin d’hiver avec l’idée de semer la zizanie dans votre agenda.

Avant de prendre la route ou de provoquer une tempête sur les réseaux sociaux, n’oublions pas que nous n’opérons pas à coeur ouvert. Annie-Claude Brisson