Arithmophobique

CHRONIQUE / Quand j’étais petite, je rêvais d’une carrière dans l’univers des finances. Je me voyais jouer avec les chiffres, discuter de placements et devenir une grande spécialiste des actions. J’adorais les mathématiques et je discutais de REER à l’heure du souper...

Vous comprendrez que je fais de l’humour. Et pourtant, aujourd’hui, j’aurais bien aimé avoir un quelconque talent avec les chiffres. Mais je n’ai pas hérité de ce gène à la naissance. J’ai toujours eu en horreur les calculs. Lorsque vient le temps des impôts, je fais une pile de papier que j’envoie à ma très chère comptable, et hop, je cesse d’y penser. Et le tour est joué. Je ne comprends rien aux placements, et les mots « bourse » et « actions » me donnent la nausée. Je me qualifierais même d’arithmophobique. La phobie des chiffres, un terme que je viens d’apprendre en cherchant sur Internet.

Jusqu’à tout récemment, je ne pensais pas à ma retraite, qui, de toute façon, n’arrivera jamais. Mais, en passant le cap de la trentaine, je me suis dit qu’il était peut-être le temps d’y penser. Je pouvais toujours m’en sortir en me disant que j’avais la chance de cotiser dans un fonds de pension sans que j’aie eu à prendre cette décision.

Mais voilà qu’il y a quelques semaines, j’ai pris rendez-vous à la banque. Et, contre toute attente, j’en suis ressortie avec un CELI et un REER. Pauvre conseillère financière ! Je ne sais pas si elle voyait le vide dans mon regard lorsqu’elle me parlait d’épargne à taux variable, à risque élevé ou à je ne sais plus trop quoi.

Je vous jure que j’essayais de l’écouter attentivement pour bien comprendre ce qu’elle me proposait. Mais mes pensées s’égaraient dans un autre monde lorsque j’endentais le mot « épargne ».

Bon, j’exagère, évidemment. Je l’écoutais de toutes mes forces, je le jure. Mais la gentille dame a tout de même coché à quelques reprises sur les documents que « la cliente n’avait peu ou pas de connaissance en finances ». Je pencherais même plus dans le camp du « pas » que du « peu ». Que voulez-vous, je me débrouille pas mal mieux avec les mots qu’avec les chiffres. Mais ce n’est sans doute pas avec ça que je vais finir millionnaire grâce à des placements stratégiques.

Aussi minimes mes connaissances en finances soient-elles, je suis ressortie de mon rendez-vous bien fière de mes nouveaux placements. Comme une enfant, après avoir eu une bonne note à l’école.

Maintenant, je commence à avoir hâte de prendre ma retraite.