Apprendre à la dure

CHRONIQUE / La semaine dernière, nous célébrions les 50 ans du Cercle de presse du Saguenay. De nombreux retraités du monde des médias de la région s’y étaient donné rendez-vous. Je ne suis pas de nature nostalgique, mais j’étais bien contente de voir d’anciens collègues, qui profitent aujourd’hui d’une retraite bien méritée.

Ça m’a rappelé mes premières années au journal, alors que les patrons n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui, mis à part Denis Bouchard, qui garde toujours le fort. Ils me terrorisaient tous, mais j’avais surtout peur de ma chef de nouvelles de l’époque. Il faut dire qu’elle était réputée pour ne pas y aller par quatre chemins pour nous dire que notre texte n’était pas terrible.

Je me souviendrai toujours de cette fois où j’avais couvert la visite de Jean Charest, qui était alors premier ministre du Québec. Je me souviens surtout du moment où ma chef de nouvelles m’avait demandée à son bureau. Je ne me rappelle pas de ses mots exacts, mais elle m’avait dit que mon texte était vraiment, mais vraiment nul. Je vous avoue aujourd’hui que j’étais allée verser quelques larmes dans les toilettes.

Mais ce que je dois préciser, c’est que ma chef avait tout de même pris le temps de m’expliquer comment écrire un texte politique comme du monde. Oui, elle m’avait peut-être écorchée au passage, mais je peux vous dire que j’ai appris cette journée-là. Et je crois bien que c’est à partir de ce moment que je suis devenue journaliste «pour vrai». Si je tais le nom de la dame en question, c’est qu’elle n’est pas au courant que j’écris sur elle aujourd’hui. Mais j’espère qu’elle ne m’en voudra pas. Parce que si je devais choisir ceux et celles qui m’ont fait avancer dans mon métier, elle ferait partie de mon top-3. Et elle serait probablement en première position.

À l’époque, la manière forte était encore populaire, contrairement à aujourd’hui. Je ne peux pas dire que je sois une grande fan de cette façon de gouverner, mais je ne peux pas nier que c’est de cette façon que j’ai reçu les meilleurs conseils. Une bonne poigne, mais avec quelques compliments au passage. Si j’étais boss, j’emploierais d’ailleurs la méthode sandwich pour faire part de mes commentaires. Un compliment, une remarque négative et un compliment. Ça passe beaucoup mieux. Parce que le renforcement positif est aussi nécessaire. Je pense que ma chef de nouvelles employait cette méthode, mais en mettant peut-être un peu trop l’accent sur la remarque négative! Mais bon, elle aura su marquer mes jeunes années de journaliste. Et après un peu de recul, elle l’a fait de façon positive. Une vraie main de fer dans un gant de velours.

Je dois aussi beaucoup à mes deux chefs de pupitre de l’époque, qui ont joué un grand rôle dans mon apprentissage. Leur expérience m’intimidait et je craignais aussi leur réaction. Je me demande d’ailleurs si les nouveaux ressentent cette même crainte ou si c’est moi qui était juste une jeune peureuse.

Quoi qu’il en soit, mon chef de pupitre du samedi m’a donné le meilleur conseil que je n’ai jamais reçu. «Fais nous sentir comme si nous étions avec toi», m’avait-il dit. Ce conseil, je l’emploie encore presque tous les jours, dix ans plus tard. Et ça adonne bien, parce que ce chef de pupitre est aujourd’hui devenu mon chef de nouvelles. Et il n’a même pas besoin de m’engueuler, parce que celle qui l’a précédé avait déjà fait le sale boulot!