Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local

Amour-haine avec les médias

CHRONIQUE / Déjà un peu plus de deux mois que nous avons perdu nos repères et un semblant de normalité. Avouez que c’était bien agréable au tout début de ce confinement qui semble sans fin. Nous restions à la maison, confortablement habillés, à ne rien faire... sauf du pain. Et les semaines ont passé. Les enfants trouvaient le temps long, l’ennui de la famille et des amis s’est pointé le bout du nez et le stress financier s’est ajouté à notre distanciation sociale. Ce confortable cocon est devenu, en quelque sorte, une prison. Nous en avons eu à ras le pompon et les filtres sont disparus probablement au même moment que ma patience.

Tout le Québec semble à cran, sur les dents ! Et je m’inclus dans le lot. J’en ai marre de la critique formulée envers les journalistes. Ne me voyez pas contre la critique, au contraire. Je suis la première à m’infliger cette torture. Je réfléchis constamment. Je me questionne, je réclame l’avis des autres à propos de mon humble travail.

L’information se doit d’être en santé et libre de toute pression indue. Comme société, nous avons le devoir de questionner l’information et ceux qui la produisent. Mais ce n’est pas là que se retrouve mon écoeurantite, c’est plutôt, comme dirait le Dr Arruda, au niveau des gérants d’estrade.

J’y vais d’une confidence : moi aussi, je trouve que certaines questions qui se retrouvent dans les points de presse quotidiens du gouvernement ne conduiront pas à un prix Pulitzer. Que voulez-vous ? On ne peut pas toujours taper dans le mille.

Je suis passionnée par le métier. Mon mari vous dirait qu’il y a toujours une partie de moi qui travaille et que je décroche rarement, sauf à des milliers de kilomètres de mon cahier de notes.

La nuit, je me réveille. Non pas pour un verre d’eau ou une visite à la salle de bain, mais pour réfléchir à un sujet, à un intervenant pertinent ou même à une tournure de phrase.

C’est un beau luxe d’exercer le plus beau métier du monde dans son coin de pays. Ça apporte une certaine proximité qui ne semble pas exister ailleurs.

C’est cette précieuse proximité qui fait que je vois passer les commentaires contre les médias que vous épinglez fièrement sur votre page Facebook. Et nul besoin de faire de longues recherches pour être confrontée aux commentaires haineux et aux moqueries.

Je pense à cet organisateur d’événements qui écrivait, il y a quelques semaines, en avoir marre des médias. Pourtant, il semble plus que satisfait lorsque ceux-ci se présentent à son activité.

J’ai aussi en tête cette mère de famille qui souhaitait, l’an dernier, attirer l’attention sur un élément à corriger dans son quartier. Les journalistes ont, en grande partie, contribué à dénouer l’impasse. Pourtant, c’est cette même personne qui disait qu’ils étaient insipides, au point où la période de questions suivant les points de presse du gouvernement devrait être éliminée.

La semaine dernière, une autre femme partageait une publication disant que les médias sont achetés par le gouvernement et qu’ils cachent la vérité. Après une séance de lapidation bien en règle des médias sur les réseaux sociaux, cette même personne me présentait, le lendemain, les produits qu’elle vendait.

C’est simple, ce qui est à mes yeux le plus beau métier du monde semble être le pire aux yeux de certains gérants d’estrade. Après tout, c’est bien vrai que les médias ne servent à rien, sauf lorsque nous en avons besoin...