Amitiés épistolaires

J’ai toujours aimé recevoir du courrier. Encore aujourd’hui, je suis déçue lorsque je n’ai rien dans ma boîte à malle. Bien que la plupart des lettres soient maintenant des comptes et des factures à payer, me rendre à la boîte postale ou au bureau de poste reste malgré tout une source de plaisir. Et j’espère encore en secret recevoir un chèque auquel je ne m’attendais pas ! Mais bon, ça n’arrive évidemment jamais.

Ce plaisir doit me venir de mon enfance. Ayant un frère et une soeur beaucoup plus âgés que moi et qui ont quitté la région pour la grande ville lorsque j’étais encore toute jeune, je recevais régulièrement de longues lettres de ma soeur, me racontant sa vie dans la capitale. Mon frère, lui, m’envoyait occasionnellement des nouvelles de la métropole, accompagné de petits présents. « Patricia, tu as reçu du courrier », est une phrase que me lançait donc régulièrement ma mère lorsque je rentrais de l’école. 

Je me souviens qu’un jour, j’ai envoyé une petite annonce à la revue pour adolescents Cool ! . Il y avait une rubrique destinée à ceux qui, comme moi, se cherchaient des correspondants. Ma photo et un petit texte l’accompagnant avaient donc été publiés dans la dernière page de la revue. Quelques semaines plus tard, je recevais à la maison une boîte, remplie d’une centaine de lettres de jeunes ados venant des quatre coins du Québec. C’était des réponses à ma petite annonce. Je me suis installée dans ma chambre avec ces dizaines et ces dizaines de lettres. Je les ai toutes lues, les unes après les autres. Je devais avoir 11 ou 12 ans et je vivais l’un des plus beaux jours de ma vie. 

J’ai sélectionné quelques-unes des réponses. Et je leur ai répondu. Je me souviens avoir correspondu un certain temps avec une adolescente de Victoriaville et un garçon de Québec. On s’envoyait des photos, on se racontait nos vies. Je me procurais du beau papier à lettres et j’accompagnais mes écrits de petits dessins ou de gommettes. 

Inutile de préciser que je n’avais pas Internet à la maison et que les Facebook et Instagram de ce monde n’existaient pas. Ces amitiés épistolaires ont duré quelques années. En vieillissant, mes correspondants et moi nous nous sommes éloignés. Comme bien des relations d’adolescents. Mais je garde encore un doux souvenir de cette époque où je recevais régulièrement des nouvelles de ma soeur, de mon frère et de mes amis de Victo et de Québec dans ma boîte aux lettres. Aujourd’hui, ces missives ont été remplacées par les textos et les publications Facebook. Les fabricants de papier à lettres ont bien dû faire faillite. 

Dommage, tout de même, que ce plaisir des amitiés épistolaires se soit envolé avec les années. Je continue malgré tout à me rendre à la boîte postale avec espoir. Mais rares sont les moments où j’ouvre une enveloppe avec excitation. Parce que recevoir des nouvelles de ma compagnie de cellulaire ou d’Hydro-Québec reste un peu moins intéressant.