Allergique aux temps morts

CHRONIQUE / Je m’excuse, a priori, si jamais nous avons l’occasion de dîner ou de passer quelques heures ensemble, je risque de regarder mon cellulaire. Pas que vous êtes inintéressant, mais j’ai cette fâcheuse et pas très polie habitude. Et le pire dans cette histoire, c’est que je serais la première à vous faire la remontrance.

Pauvre mari ! Je pense que « pour le meilleur et pour le pire » devrait être corrigé, dans son cas, par « pour le meilleur et pour le cellulaire ».

Mais je détiens mon excuse. En fait, plusieurs excuses.

Pour le travail ! La plus facile et la plus bidon. C’est vrai que les courriels, textos et potentiels sujets sont maintenant au bout de nos doigts. En se donnant cet accès sans limites, on a, par la même occasion, tranquillement grugé notre barrière entre le repos et le travail. Tant mieux, si tous ces moyens de communication facilitent le 9 h à 5 h. À l’exception de quelques-uns d’entre nous, n’oublions pas que nous n’opérons pas à coeur ouvert !

Je lis ! Mon excuse favorite et la plus véridique. Sauf que je lis partout. Il est où le problème ? Il est où ? Il est là ! Je lis au moment du dîner. Un petit robot qui enfile machinalement les bouchées une après l’autre et qui défile Facebook comme s’il n’y avait pas de lendemain. Quelle pause plate ! Il n’y a rien à faire.

Deux secondes de pause dans la file du boucher, une pause de deux minutes pendant District 31 ou une discussion tiède ; tout est prétexte à me réfugier dans mon cellulaire. Je lis une nouvelle, une recette ou un tutoriel. Et la lecture initiale me conduit à une autre. Et un effet boule de neige s’en suit.

Je m’en confesse. Je roule parfois des yeux lorsque vous critiquez mon utilisation du cellulaire. Je ne suis pas dans une énième tentative de battre mon record de Candy Crush. Je suis simplement en train de lire. Visiblement, je suis allergique aux temps morts.

Voyez-vous, je n’ai pas d’autres péchés électroniques. La télé ne me parle pas. Et si je me retrouve devant la boîte à images, j’accomplis une deuxième tâche, c’est non négociable.

Pendant les quelques années de mon baccalauréat, j’avais une règle fort simple. Je me donnais le droit de regarder la télévision seulement si j’étais dans un contexte d’études. Croyez-moi, j’ai englouti bon nombre de séries au fil de mes travaux, lectures et examens.

Je ne fume pas, je ne bois pas – un peu, en fait –, mais je passe la moitié de ma vie sur Internet. Et j’ai l’impression que c’est pire.

J’ai longtemps cherché pourquoi. Et je pense avoir trouvé. Ce petit machin électronique donne un accès à tout, et surtout à tout le monde. Alors qu’il est à quelques centimètres de notre visage, notre compagnon de vie ne peut savoir ce qui se passe dans ce monde parallèle.

Je te rassure, Petit Mari, des recettes végé à essayer, des centaines de photos de nos chats et des idées de rénovation pour la maison, c’est tout ce qui m’intéresse. Au final, je te comprends d’être autant stressé par le contenu de mon cellulaire.