Ados prudents, parents insouciants?

CHRONIQUE / Les ados d’aujourd’hui semblent plus tranquilles. Ça ne boit pas, ne fume pas, ne sort pas dans les discothèques avec de fausses cartes. Un vendredi typique de mon adolescence!

Je me souviens de ma première fois au bar du centre-ville. J’avais 14 ans. Même pas besoin de fausses pièces d’identité. On montrait notre carte de guichet ou une carte de points de pharmacie au portier. C’était un ami d’un ami, mais il devait quand même faire semblant de nous « carter » devant les caméras.

On partait parfois sur le pouce pour aller explorer d’autres villes. Comme cette fois où je suis allée à Québec avec mon amie pour aller voir mon chum jouer au basketball. Mes parents croyaient que je dormais chez une amie. J’étais une bonne menteuse faut croire. 

Mais la plupart des filles et garçons de mon âge sortaient ou prenaient un petit coup le vendredi soir. On allait trinquer à la marina, dans un boisé ou au «skate» parc. Pas dans un sous-sol avec une surveillance parentale.

J’ai passé le 25 décembre dernier avec un grand ado de 15 ans. Un beau jeune homme qui joue au hockey. Le genre de gars qui aurait été une petite vedette qui sort et qui cruise toutes les filles de mon école.

Je lui ai demandé ce qu’il faisait de ses soirées à son âge. Bof, pas grand-chose. Il ne sort pas et il n’a pas de blonde. Même pas besoin d’être ingénieux pour se trouver une place à dormir avec la fille de ses rêves. 

«Il est tranquille, je suis chanceuse », de dire sa mère.

Même chose pour mon ami qui a deux enfants qui viennent de terminer l’école secondaire. Oui je sais, mes amis sont plus vieux que moi. « Je suis sur le point de les forcer à sortir », me dit-il, voulant que ses enfants fassent des « erreurs » avant d’entamer leur vie d’adulte. 

La fille d’un autre ami est tellement calme et douce, il l’appelle la bonne soeur. J’exagère à peine!

Et c’est comme ça pour la plupart de mes amis qui ont des enfants adolescents. On dirait que les parents sont plus rebelles que leur progéniture. 

Les statistiques le prouvent d’ailleurs. Les ados d’aujourd’hui boivent moins que leurs prédécesseurs, selon l’Enquête québécoise sur le tabac, l’alcool, la drogue et le jeu chez les jeunes du secondaire, menée en 2013. La consommation d’alcool chez les ados baisse continuellement depuis au moins le début des années 2000. 

«Ils doivent prendre plus de drogue», vous vous dites. Bien non, ça aussi, ça attire moins les jeunes qu’avant. 

De 2000 à 2013, la consommation de marijuana est passée de 41 % à 23 % chez les ados, selon la même enquête. Encore plus étonnant, l’ecstasy, la cocaïne et les méthamphétamines ont aussi connu une baisse de popularité chez les jeunes. Bonne nouvelle! C’est bien la pire catégorie de drogues pour les parents, car elle est plus difficile à détecter qu’un joint ou douze bières.  

Mais il y a une ombre au tableau. La consommation de médicaments sans prescription a doublé, passant de 2 % à 4 % de 2008 à 2013. 

Ce n’est pas une majorité, mais il y a une tendance, alertent les experts. Et probablement que les chiffres ont changé depuis 2013. 

Ritalin, Valium, Librium, Oxycontin sont à surveiller. Mais les jeunes optent aussi pour plusieurs médicaments en vente libre pour s’intoxiquer, comme le sirop pour la toux. «Shooters» de Benylin pour tout le monde! 

Il n’y a pas un parent qui va chicaner son enfant parce qu’il trimbale une bouteille de sirop ou des Tylenol dans son sac à dos. «Mon jeune est prévoyant», vont-ils penser. 

Mais ces médicaments sont loin d’être inoffensifs. Le bureau du coroner du Québec a d’ailleurs mis en garde la population sur l’abus du sirop contre la toux et des médicaments en vente libre, à la suite de décès en 2012. 

En tout cas, si j’avais des ados, je surveillerais plus ma pharmacie que mon armoire à fort.