La scène où jeune Nick Sandmann se moque de l’activiste et vétéran américain Nathan Phillips, en marge de la marche des peuples autochtones, à Washington, est devenue virale.

À un clic du meilleur et du pire

CHRONIQUE / J’ai souvenir de cette époque, celle où peu de choses étaient connectées. Rien à voir avec aujourd’hui.

Il n’y a pas si longtemps, aussi surprenant que cela puisse paraître, on devait mettre du ruban adhésif aux extrémités d’une cassette pour enregistrer les chansons que tout le monde aimait. De nos jours, c’est maintenant le réfrigérateur qui nous offre les derniers hits via l’application Spotify.

En me relisant, j’ai l’impression de faire face à Émilie Bordeleau qui frappe le bogue de l’an 2000. Et pourtant, ça ne date pas de quelques siècles, mais bien de quelques années.

Avant, on disait être à six poignées de main de n’importe qui dans le monde. La fameuse théorie des six degrés de séparation de Frigyes Karinthy.

Visiblement, j’ai la poignée de main molasse parce que je n’ai jamais rejoint un président des États-Unis, une star du cinéma ou quelqu’un d’encore plus chanceux, une personne qui n’a jamais vécu l’hiver rude du Québec.

J’ai l’impression que mes pauvres degrés de séparation n’arriveront jamais à dépasser L’Étape.

Aujourd’hui, le concept semble être encore d’actualité. Certes, la mécanique a évolué. On a l’impression d’être à un ou deux clics du reste de la terre. Après tout, on rejoint tout le monde, tout le temps et de plusieurs manières.

Et c’est scientifiquement vérifié, je vous le jure. Facebook et Microsoft ont confirmé que les réseaux sociaux facilitent cette théorie des six poignées de main. À un point tel que le degré de séparation serait même passé à 3,5.

On est, par la bande, à un ou deux clics du bon et de l’inverse. Force est d’admettre que les réseaux sociaux, c’est une vitrine sur le monde, un méli-mélo qui comprend le beau comme le moins beau. Pas plus tard que cette semaine, une énième vidéo est devenue virale.

Nick Sandmann

Vous avez probablement regardé ou, comme moi, levé les yeux sur cette vidéo de Nick Sandmann, un ado aux joues bien roses qui se tenait bien droit devant un Autochtone assez âgé. Avec sa casquette de «Make America Great Again», le slogan de Donald Trump – insérez ici, l’emoji de découragement –, le blanc-bec faisait face à l’homme, de surcroît un vétéran du Vietnam, qui interprétait des chants traditionnels. En pleine marche des peuples autochtones, des adolescents d’un lycée catholique se moquaient d’un vétéran amérindien du Vietnam.

Vous savez quoi? Je suis bien triste d’être à quelques degrés de séparation d’eux.

Mettons à profit la théorie de Frigyes Karinthy. Faisons-le avec du beau. Qui ne souhaite pas être à quelques clics du beau et du bon, plutôt que l’inverse? Choisissons à qui nous tendons la main! Annie-Claude Brisson