À quel moment on s’éteint ?

CHRONIQUE / Imaginez la scène. Ça sonne à votre porte. Vous ouvrez. Un inconnu entre dans votre demeure et affirme que votre ado devrait retourner à l’école, qu’il n’a rien compris de la vie et qu’il ne changera rien avec ses grandes idées.

Une vraie douche froide sur les ambitions et les aspirations de votre enfant, ce citoyen en devenir.

C’est un peu comme si au quart de sa vie, on lui dit que le reste ne vaut pas la peine d’être rêvé, d’être espéré et d’être amélioré.

Avouez que c’est surréel comme scénario. Et pourtant, c’est ce que bien des adultes écrivent sur les réseaux sociaux depuis qu’ils ont appris la visite, au Québec, de la militante suédoise pour la lutte contre le réchauffement climatique Greta Thunberg.

Et dire qu’elle a même osé profiter de quelques jours pour visiter Tadoussac. Sacrilège !

Après avoir déchiqueté et bien mastiqué ce sujet, qui est, je vous le rappelle, une adolescente, ils s’en sont pris aux différentes marches pour le climat et aux marcheurs.

J’ai à peu près tout lu à ce sujet. Et j’ai soupiré à maintes et maintes reprises.

En grande majorité, il s’agissait de commentaires rédigés dans le but de ridiculiser les jeunes et leur comportement. Et tristement, très peu de mots pour applaudir la démarche.

« Ils sont tous allés à la marche en voiture, je suppose. »

« Ils marchent avec leur cellulaire. »

« Ils devaient avoir une bouteille d’eau en plastique à la main. »

« Les semelles de leurs chaussures sont en plastique. »

Voilà quelques exemples que j’ai lus, vendredi, en défilant le fil d’actualité Facebook.

Imaginez ce qui a pu être écrit et dit à l’ensemble du Saguenay–Lac-Saint-Jean, du Québec et de la planète.

La comparaison est probablement boiteuse, mais ces commentaires publiés sur le réseau social Facebook sont aussi dommageables que les gaz à effet de serre. Eux aussi réchauffent l’atmosphère. Ils alimentent les commentaires du même genre, polarisent le débat et génèrent de la discorde.

Je dois avouer que je trouve cela particulièrement lourd de lire autant de commentaires sarcastiques, condescendants et mesquins.

Disons que l’ambiance était diamétralement opposée, vendredi dernier, lors des quelques événements auxquels j’ai participé dans le cadre de mon travail. Les sourires, les salutations et la motivation étaient au rendez-vous, autant chez les jeunes que les moins jeunes.

Mon interrogation est bien simple.

À partir de quel moment, nous fermons les yeux, notre coeur et notre tête aux mouvements, aux mobilisations et aux prises de position de notre société ?

À quel moment nous acceptons notre sort, notre vie et notre planète sans broncher ?

À quel stade de notre vie d’adulte nous nous éteignons ?

J’espère trouver la réponse pour être en mesure de l’éviter.

Les adultes reprochent souvent aux jeunes d’être peu animés, sans réelle motivation et à l’attitude négative ? On se moque, sans vergogne, des adolescents qui traversent cette période, pas toujours évidente, de la vie.

Devant le vaste sujet qu’est l’environnement et les nombreuses mobilisations des derniers jours, j’ai la forte impression que les rôles se sont quelque peu inversés.

Chers adultes, avouez que les jeunes vous ont démontré tout le contraire au cours des derniers jours ! Annie-Claude Brisson