Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local

8 minutes, 46 secondes

CHRONIQUE / C’est un fait : je parle beaucoup et je n’ai pas peur de m’exprimer, et ce, probablement au grand dam de certains.

Je dois toutefois admettre que depuis une dizaine de journées, je ne trouve pas les bons mots. C’est simple : je suis sans mots devant cette tragédie qu’est la mort de George Floyd.

Je vous rassure : les émotions sont bel et bien présentes. Toutefois, je peine à les exprimer.

Paraît que le silence vaut mieux que n’importe quelle avalanche de paroles. C’est ce que j’applique depuis quelques jours. Ainsi, je me tais, et j’ouvre les yeux et les oreilles.

Il y a tellement à apprendre, à lire, à écouter quant à ce terrible drame qui en cache tellement d’autres.

C’est vrai que nous sommes confortables, ici, au Saguenay, au Québec, loin de tout cela. Pourtant, le racisme, le profilage racial et la brutalité policière existent également ici. À moindre échelle et sans mort, j’en conviens.

Dimanche, je patientais dans une file à l’extérieur d’un commerce de Saguenay. Un homme âgé se trouvait derrière moi.

« Ça n’a aucun sens d’attendre à l’extérieur. On s’en va d’ici », dit-il à sa femme, avant de faire demi-tour.

Imaginez, le gros drame de sa vie, c’était de faire la file à l’extérieur d’un commerce en raison des mesures mises en place pour limiter la propagation de la COVID-19.

Pendant ce temps, les États-Unis se résumaient à des manifestations et des couvre-feux. N’oublions pas qu’un homme noir est mort après qu’un policier blanc ait placé son genou sur son cou pendant huit minutes et 46 secondes.

Et comme si le drame n’était pas assez grand, le président des États-Unis d’Amérique – vous savez, ce pays qui est si fier de sa statue de la Liberté – fait bien peu... sauf ajouter de l’huile sur le feu.

Pourtant, plusieurs élus et figures publiques ont trouvé le moyen de rendre hommage à cet homme devenu le symbole du réveil brutal pour s’élever contre le racisme et la brutalité policière.

C’est le cas du maire de Houston, au Texas, Sylvester Turner, qui a honoré la mémoire de George Floyd ; du gouverneur Tim Walz qui a, de son côté, annoncé la tenue d’une enquête sur la police de Minneapolis et les possibles « pratiques discriminatoires systémiques » ; du maire de Los Angeles, Eric Garcetti, qui a mis un genou au sol en compagnie de policiers ; et de la sénatrice démocrate Elizabeth Warren, qui a manifesté pacifiquement après le couvre-feu.

Pendant ce temps, le président a annoncé que des « milliers de soldats lourdement armés » seraient déployés, en plus d’inviter les gouverneurs concernés à dominer les rues. C’est le même qui a twitté : « Quand les pillages démarrent, les tirs commencent. » Une expression qui n’a rien de banal et qui a d’ailleurs été signalée par Twitter.

Pour vous dire, même le secrétaire américain à la Défense, Mark Esper, a finalement confié que l’état d’insurrection n’était pas l’idée du siècle.

Donald Trump s’est rendu, en début de semaine, dans une église située près de la Maison-Blanche. Lueur d’espoir ; il s’est repenti ? Mais non ! Le hic, c’est que la police a déchargé des gaz lacrymogènes et des balles de caoutchouc sur les manifestants pacifistes afin de lui dégager le chemin...

Force est d’admettre, en défilant le compte Twitter de ce président, qu’il n’a pas adopté l’idée voulant que le silence vale mieux que n’importe quelle avalanche de paroles...