8 millions dans votre salon

Quand on parle de médias sociaux, il y a deux choses qui devraient être des évidences. Un, personne ne veut savoir ce que vous avez mangé pour souper. Pitié, arrêtez. Deux, tout, mais absolument tout ce que vous écrivez peut et sera retenu contre vous.
On en a eu un autre exemple cette semaine. L'ex-député fédéral Claude Patry a affiché sur sa photo de profil Facebook le logo de La Meute, un groupe qui se dit «contre l'islamisme radical». On s'entend, ce groupe n'a pas été mis sur pied pour échanger des recettes de sucre à la crème. Encore moins de couscous. 
Dans un texte publié en ces pages sous la plume de ma collègue Myriam Gauthier, M. Patry demandait «parce que je suis un ancien député, je n'ai pas le droit à mes opinions ou quoi que ce soit?». Jusqu'à tout récemment, M. Patry avait annoncé avoir l'intention de se présenter comme conseiller municipal à Saguenay aux prochaines élections. Il a toutefois changé d'idée depuis.
En fait, pas besoin d'être un élu pour que notre compte Facebook soit surveillé. Un enseignant avec une photo en train de fumer du pot, un proprio de restaurant qui partage des images dégradantes de femmes, une employée qui ridiculise un client qu'elle a rencontré... Nous sommes au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Tout se sait. Ç'a pris un avant-midi pour que je sache le pedigree complet des gagnants de 60 millions de la Lotto-Max, sans même chercher à savoir qui c'était. C'était le voisin du gars qui s'occupe de la tondeuse de l'autre gars qui joue au hockey avec chose le premier mardi suivant le solstice d'hiver. Ou un truc du genre. Donc vous imaginez qu'une énormité sur Facebook, ça voyage vite!
On n'est jamais seul dans son salon lorsqu'on fait un commentaire. Il faut toujours s'imaginer qu'il y a huit millions de personnes qui nous regardent. Tout le monde peut voir que M. ou Mme Untel aime un groupe plus ou moins douteux.
Cette semaine, un ami m'a montré une page regroupant des «memes», ces images qui deviennent des phénomènes sur Internet et qui sont reprises et adaptées à différentes situations. Par exemple, l'image d'un ours va servir à faire une confession, tandis qu'une autre montrant un jeune à côté d'un micro-ondes sert à partager une gaffe qui nous est arrivée. Faut pas trop chercher à comprendre pourquoi. Bref, la page en question publiait un montage de Guy Turcotte, la main sur la tempe dans un signe de «fallait y penser», et l'inscription «T'es pas obligé de t'occuper de tes enfants si té tue (sic)». 
Disons que c'est un genre d'humour particulier. C'est le moins que l'on puisse dire. Le reste de la page est dans la même veine. L'affaire, c'est que plus de 3000 personnes aiment cette page. Est-ce que ces gens ont le droit? Oui. Mais est-ce qu'un futur employeur a le droit de se dire que ce n'est peut-être pas le candidat de rêve qui fréquente ce genre de pages? Aussi. Et ça vaut pour tout, même pour un groupe comme La Meute, même si ses créateurs clament haut et fort qu'il est inoffensif.
Mais bon, chacun ses choix.