D'une fille à l'autre

Le rêve d’être son propre boss

CHRONIQUE / Je n’ai jamais eu la flamme entrepreneuriale. L’étincelle qui pousse à développer un projet, une idée, et d’en faire son gagne-pain, je ne l’ai jamais ressentie.

Curieusement, je suis une personne assez paresseuse. Si je dis curieusement, c’est que les journalistes ne sont pas réputés pour être des travailleurs paresseux. Et, au travail, je suis loin de me traîner les pieds. Mais je ne m’imagine pas bâtir un projet de A à Z. Trop d’ouvrage. Trop de risques. Trop de sacrifices. Même le mot entrepreunariat est un casse-tête à épeler. 

À bien y penser, je ne crois pas que ce soit par paresse, mais peut-être plutôt par peur. Lorsque je vois les jeunes entrepreneurs que je connais, et aussi les plus âgés, se lancer corps et âme pour développer un projet et courir tous les risques qui s’y rattachent, ça m’impressionne. Si ça m’impressionne, c’est certainement parce que je n’aurais pas le courage de le faire moi-même. C’est probablement aussi l’inconnu qui me pousse à craindre l’entrepreneuriat. Je n’ai pas eu de modèle d’entrepreneur, au cours de mon enfance ou de mon adolescence. 

Et rien, au cours de ma vie, ne m’a attiré vers ce modèle de carrière. Je me souviens qu’au secondaire, les fameux tests d’orientation m’amenaient toujours vers des métiers plutôt artistiques. Les communications ont toujours fait partie de mes résultats d’orientation. L’entrepreneuriat, jamais. 

Je n’ai jamais caressé le rêve d’être mon propre boss. Imaginez, je n’ai même jamais rêvé de devenir riche.

Mais, même si l’entrepreneuriat ne m’a jamais fait de l’œil, il n’en demeure pas moins que je lève mon chapeau à ceux et celles qui épousent ce type de carrière. 

La semaine dernière, je visitais d’ailleurs un ami, qui travaille d’arrache-pied à son nouveau projet, la culture de piments forts. À le voir aller, je ne m’étais pas imaginé à quel point la charge de travail était énorme. 

Tout de A à Z

Il fait tout de A à Z, de la plantation jusqu’à la commercialisation de ses cinq sauces piquantes. Il passe ses soirées et ses nuits à équeuter ses dizaines de kilos de petits piments, qu’il a préalablement cueillis. Il les plonge ensuite dans des bocaux, pour que les petits piments marinent jusqu’à ce qu’ils soient prêts pour la fabrication des sauces. 

On ne s’imagine pas la charge de travail qu’il y a derrière chaque petite bouteille de sauce. Et je dois avouer que je ne croyais pas qu’il travaillait aussi fort jusqu’à ce que je l’aide, durant toute une soirée. 

C’est aussi à ce moment-là que je me suis rendu compte qu’une qualité était indispensable à tout bon entrepreneur. La force de croire en son projet. C’est d’ailleurs cette qualité qu’il me manquerait si je devais devenir entrepreneur. Mon côté pessimiste me mettrait sans doute des bâtons dans les roues. 

Et c’est aussi ce qui m’impressionne de ceux et celles qui développent leur idée en ne doutant jamais, ou que très rarement, en leurs capacités à mener à bien leur projet.

Il me semble que je serais du genre à baisser les bras au premier obstacle et à me remettre en question à chaque petit doute. 

Mais bon, probablement que ce n’est pas tout le monde qui est fait pour diriger sa propre entreprise. Je suis toutefois bien bonne pour consommer les produits et les services de ceux et celles qui ont cru en leur idée !

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Ces entrepreneurs qui nous inspirent

CHRONIQUE / Mon père est un entrepreneur agricole. Ma mère une retraitée de l’enseignement.

Quand j’étais petite, je voulais être comme ma maman. Je voulais un emploi stable, intéressant, mais pas trop stressant. Oui, je sais, enseigner peut créer de l’anxiété chez certains.

Je ne voulais en tout cas pas vivre comme mon papa. Il travaillait plus de 100 heures semaine, pas de vacances l’été. Il devait s’occuper des problèmes d’employés, à toute heure du jour. Une tempête de grêle de cinq minutes pouvait détruire des mois d’efforts. Recommencer à zéro, sans parachute. Et tout ça pour un salaire pas plus élevé que celui de ma mère. Et aujourd’hui, à 68 ans mon père est encore dans le champ. Ma mère vit sa vie de retraitée. Pas folle la Laura !

Aujourd’hui, je suis devenue ce que j’ai souhaité. Une salariée avec un emploi grisant, sans avoir à prendre trop de risque.

Je suis une réactionnaire, je n’agis pas. Les journalistes rapportent l’histoire de ceux qui prennent des risques. Des risques parfois payants, d’autres fois non. Je ne compte plus les textes où j’ai annoncé une faillite.

Jessika Roussy, copropriétaire de Mode Choc, avait elle aussi cette réticence à joindre le cercle des entrepreneurs lorsqu’elle était petite. Elle avait vu ses parents sacrifier certaines choses pour bâtir ce qui allait devenir un fleuron québécois du commerce au détail. 

La jeune femme de 29 ans a raconté son histoire, mardi, à Chicoutimi, dans le cadre d’Inspire 2, qui se tient en pleine semaine mondiale de l’entrepreneuriat. Mais passer du temps dans l’entreprise familiale en tant que directrice du marketing lui a permis de construire sa passion pour les affaires et ses qualités de leader. 

Pour d’autres, ça semble inné. Comme Mathieu Ouellette, de la Pépinière Boéralis. L’agronome savait depuis un jeune âge qu’il allait fonder son entreprise. Et il fallait être convaincu comme lui pour réussir. Il s’est battu devant la Commission de protection du territoire agricole au début de son projet. L’organisation n’avait jamais fait un si petit morcellement de terre. Il a refusé de se faire dire non et il a eu gain de cause, à l’issue de lourdes démarches. Des démarches qui auraient fait abandonner bien des gens. 

Ils étaient six personnalités d’affaires de la région à raconter leur parcours. Et il existe autant de parcours qu’il y a d’entrepreneurs. Mais une chose les réunit. 

« J’ai juste ça, des problèmes. Est-ce que c’est moi le problème ?  », a lancé avec humour le directeur général de Voltam, Gaétan Tremblay, en parlant de ses débuts d’entrepreneur. 

« On gère des problèmes tout le temps. Je ne prends pas mon café tout en rédigeant tranquillement mon plan stratégique », a renchéri Jessyca Roussy, qui semblait faire référence aux images idylliques de l’entrepreneuriat. 

En effet, ce n’est pas les bons coups qui se retrouvent sur les bureaux des hauts dirigeants. « Un employé qui fait une plainte aux normes du travail, une usine qui a une infestation de rats, un problème de liquidités », a énuméré un des jeunes entrepreneurs, donnant un exemple d’une journée typique. 

Quand j’étais petite, je m’étais aussi promis de ne jamais sortir avec un entrepreneur. Mais comme l’amour rend aveugle, je suis tombée sous le charme de l’un d’entre eux. Un vrai de vrai entrepreneur qui carbure aux projets. Et pour rien au monde je ne le changerai. Ce sentiment d’être sur un constant qui-vive, je commence à aimer ça... un petit peu.

À son contact, je n’ai pas encore développé une envie folle de me lancer en affaires. Mais je pense qu’il m’a permis de devenir une meilleure employée. 

Disons que j’y pense à deux fois avant d’aller me plaindre à mes patrons. Je réfléchis aux quelque 150 autres salariés qu’ils ont à gérer... et à leurs problèmes.

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Politique spectacle!

CHRONIQUE / Comme plusieurs journalistes, j’ai tenté d’obtenir une entrevue avec le premier ministre, en début de semaine. On voulait ses réactions sur l’élection des nouveaux maires. C’est quand même avec eux qu’il brasse des projets au Lac-Saint-Jean. Est-ce que certains dossiers majeurs menés conjointement par le monde municipal et le provincial pourraient être retardés ? Et tant qu’à y être, je voulais aussi sa réaction à chaud sur la démission de Denis Lemieux.

Par courriel, son attachée de presse m’invite gentiment à consulter le compte Twitter du premier ministre. Quoi! Les journalistes doivent maintenant se fier à Twitter et Facebook ?

Je ne lui en voulais pas. Elle reçoit des centaines de demandes chaque semaine. Les médias sociaux leur permettent de joindre plus de gens en faisant moins d’entrevues.

Mais relayer des gazouillis, très peu pour moi. Au Quotidien, on préfère encore parler de vive voix à nos élus. Tsé, c’est comme plus facile de le questionner au téléphone.

Je n’ai jamais eu mon entrevue. Mais je me suis quand même mise à regarder plus en profondeur les différents comptes du premier ministre.

Mon Dieu qu’on est loin du Philippe Couillard que j’ai rencontré lorsqu’il faisait campagne à la chefferie du Parti libéral. L’amateur de pêche qui semblait détester les artifices. On le voyait vêtu de confortables gilets de laine, les fins de semaine. Pas de polos Hugo Boss. Vous voyez le genre ?

C’est un premier ministre un peu plus moderne qu’on voit sur les médias sociaux. Justin Trudeau a visiblement influencé la classe politique provinciale.

Dans l’une de ses plus récentes vidéos, Philippe Couillard montre les coulisses de l’assermentation des ministres. Bon, on n’apprend pas grand-chose, mais on voit les députés dans des situations qu’on ne voit pas nécessairement d’habitude.

Il y a aussi cette vidéo sur la Distillerie du Fjord. Le premier ministre est allé rencontrer les entrepreneurs de Saint-David-de-Falardeau pour parler du populaire Gin Km 12.

« Contez-moi dont l’histoire », demande le premier ministre aux entrepreneurs, comme un animateur de table ronde. Il vole nos jobs !

Ben non je blague. Je pensais que sa petite entrevue avec les entrepreneurs allait susciter des réactions plus négatives. Mais non, les gens aiment ça ! Et de toute façon, les élus n’ont plus grand-chose à perdre. Est-ce que les gens pourraient être plus méchants ?

Il n’y a pas que Philippe Couillard qui a pris ce virage « people ». François Legault fait aussi des vidéos. On l’entend même parler de sa conjointe et de ses prochaines visites dans les régions du Québec. « Je vais aller vous voir bientôt », dit-il d’un ton chaleureux.

Jean-François Lisée était déjà bien en selle sur Instagram et autres médias sociaux. 

Les représentants de Québec solidaire utilisent sans surprise les mêmes outils.

En fait, il fallait s’y attendre avec notre propension à se désintéresser des vrais débats.

Gabriel Nadeau Dubois qui explique le programme de Québec solidaire attire 60 j’aime. Mais Gabriel Nadeau-Dubois qui fait du barbecue, ça, ça récolte 250 j’aime.

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Le spectacle de l’octogone

CHRONIQUE / Samedi dernier, c’était un grand soir pour bon nombre de Québécois. Les bars sportifs étaient pleins à craquer et le nombre de commandes auprès des câblodistributeurs a dû battre des records.

Pour ceux qui n’en ont pas entendu parler, c’était le grand retour de Georges St-Pierre dans l’octogone. Après quatre ans d’absence, l’un des athlètes chouchous des Québécois, mais aussi des Américains, affrontait le champion des poids moyens, Michael Bisping. 

J’ai toujours eu un faible pour St-Pierre, mais n’eût été mon chum, probablement que je n’aurais pas regardé le combat. J’aurais sans doute simplement écouté les comptes-rendus et visionné les meilleurs moments sur Internet. 

Une chose est certaine, je ne me serais pas tapé les cinq combats présentés ce soir-là, en direct du Madison Square Garden de New York. 

Mais que voulez-vous, l’amour nous pousse à faire des choses qu’on ne ferait pas normalement. Alors, nous avons loué la carte UFC 2017, dans le confort de notre salon. Je m’étais préparé à écouter mes « programmes » sur mon ordinateur, advenant le cas où je trouvais ça trop plate, voir deux personnes se tapocher dans l’espoir de repartir avec une grosse ceinture dorée. 

Et je les avais écoutés et lus, les experts, tout au long de la semaine, qui prédisaient St-Pierre perdant. Ça ne me tentait pas vraiment de regarder ce beau jeune homme se faire débâtir le sourire en direct à la télé. 

Mais plus la soirée avançait et plus je me découvrais une nouvelle passion pour les arts martiaux mixtes. Bon, je dois aussi avouer que plus la soirée avançait et plus j’avais le visage enfoui dans les coussins. Et je me suis même surprise à hurler lorsque St-Pierre a donné le coup de poing qui lui permettrait de mettre la main sur la ceinture tant convoitée et, par le fait même, réussir son grand retour. 

Ce que j’aime par-dessus tout, c’est lorsque des sportifs font mentir les experts. Et, surtout, lorsqu’ils remettent à leur place ceux qui les avaient humiliés durant les jours précédents. Bon, je sais que ça fait partie de la game, mais s’il y a quelque chose que je déteste avec les sports de combat, c’est bien cette manie de rire et d’humilier son adversaire. 

Vous me direz que c’est bien pire de fesser à coups de poing et de coups de pied, mais j’ose croire qu’il y a énormément de technique dernière ces combats et que les athlètes s’entraînent durant des mois pour survivre à l’octogone. 

Je dois donc admettre qu’ils m’impressionnent, ces hommes et ces femmes qui s’affrontent. Mais ce qui m’impressionne moins, c’est toute cette mascarade qui entoure les événements. Et c’est bien là qu’on se rend compte qu’en fait, ce n’est qu’un spectacle. 

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L’ancienneté, oui mais...

CHRONIQUE / L’ancienneté. Un concept particulièrement abstrait en 2017.

Au boulot, j’ai souvent l’impression que je ferai toujours partie de cette génération de « jeunes ». Et si je regarde mes amies qui ont toutes autour de 30 ans, ce sentiment semble généralisé. Peut-être est-ce dû au fait qu’en 2017, plusieurs des jeunes travailleurs avancent plus lentement qu’en 1980. Des postes permanents à la sortie de l’école, c’est de plus en plus rare. Et des jeunes qui débutent différentes carrières avant de s’établir véritablement, ça, c’est de moins en moins fréquent.

Après neuf ans, je suis maintenant la plus vieille des jeunes au bureau. Je jouis donc d’une ancienneté, mais entre vous et moi, je souffre parfois du syndrome de l’imposteur lorsqu’il est temps de revendiquer mes droits. 

À vrai dire, j’ai toujours eu bien de la difficulté à m’affirmer professionnellement, ayant peur de déplaire, de décevoir. 

Je me sens presque coupable d’avoir mes fins de semaine de congé, lorsque je vois les plus jeunes travailler tous les samedis. Même si des samedis et des dimanches, j’en ai fait à la tonne au cours de ces dernières années. Je me sens presque coupable de prendre deux semaines de vacances, lorsque je vois les plus jeunes travailler tout en suivant des cours et en essayant d’avoir une vie personnelle au milieu de tout ça. 

C’est pour cette raison que le concept de l’ancienneté, aussi abstrait soit-il, reste quelque chose de bien nécessaire. Surtout pour les gens comme moi, qui ont bien de la misère à demander. 

Et pourtant, je trouve bien normal qu’un plus vieux gagne plus cher, qu’il puisse réserver ses dates de vacances avant les plus jeunes et qu’il jouisse d’un horaire plus intéressant. 

C’est ça, à mon avis, les avantages d’une ancienneté. 

Ce qui me dérange, par contre, c’est cette manie des plus anciens de pelleter dans la cour des plus jeunes générations, prétextant le fameux concept de l’ancienneté. 

« Demande à un jeune de le faire » ou « Il est capable d’en prendre, il est jeune », sont des phrases trop souvent entendues dans les milieux de travail. 

Et bien que les fondements d’une ancienneté soient, à mes yeux, une bonne chose pour l’équité professionnelle, surcharger les p’tits jeunes ne devraient pas être une solution. Parce que les plus jeunes deviendront les plus anciens un jour. Et parce que j’ai aussi l’impression qu’on en demande toujours plus à ceux et celles qui en donnent déjà beaucoup. 

« On fouette toujours plus nos meilleurs chevaux », entend-on, souvent. C’est sans doute vrai, mais on devrait aussi leur donner des breaks, aux meilleurs chevaux, histoire qu’ils ne s’essoufflent pas trop. Même s’ils sont jeunes et qu’ils sont capables d’en prendre.

Et même s’ils ne sont pas en tête de la liste d’ancienneté.

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Comme le bon vin

CHRONIQUE / Chroniquer sur les syndicats ? « T’es pas game. » Je dois avouer que lorsque quelqu’un m’a lancé ce défi, j’étais nerveuse. « Tu as peur de représailles ? »

Un peu. Critiquer l’institution qui nous défend, c’est risqué. 

Parce que je ne peux pas écrire une page d’éloges sur le modèle syndical. Ça serait plate, hein ? Et il est loin d’être parfait, ce modèle. Même si c’est le seul modèle que j’ai connu. 

Bien oui, je suis syndiquée depuis ma sortie de l’école il y a près de 10 ans. Une vraie de vraie qui vote dans des rencontres qui goûtent les sandwichs pas de croûte.  

Bon, pour bien des gens, ce n’est pas exotique un syndicat. Quand je parle de griefs à mes amies de Montréal ou de Québec, qui n’ont jamais signé une carte de membre de leur vie, un signe d’interrogation se lit sur leurs yeux. 

Il faut dire qu’ici, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, on affiche un taux de couverture syndicale supérieur à celui de l’ensemble de la province. Près de la moitié des travailleurs font partie d’une telle organisation.

Bon, vous attendez ma critique sur le monde syndical, n’est-ce pas. Ce n’est pas très original, je vous avertis. 

Ça pourrait être les clauses « grand-père » qui touchent les régimes de retraite des jeunes. Mais non, c’est moins compliqué que ça.

C’est juste l’ancienneté ! Pour moi, ça demeure un principe difficile à défendre. 

Il simplifie grandement la gestion. On distribue les périodes de vacances selon l’ancienneté, le salaire grimpe avec l’âge. C’est logique. Mais pas besoin d’avoir un syndicat pour bénéficier de ce principe. Il existe dans la Loi sur les normes du travail.

Ce qui me pose problème, c’est plutôt l’attribution de postes selon l’ancienneté. Ça ne peut pas être le seul critère. Mais dans plusieurs milieux syndiqués, c’est ainsi. Pourquoi ce n’est pas le meilleur ? 

Logiquement, les plus anciens sont censés être plus qualifiés. Les patrons ne veulent pas les perdre, donc il leur donne des avantages. Alors, pourquoi spécifier l’ancienneté dans un contrat de travail ? 

Est-ce que je serais choquée qu’un junior, fraîchement sorti de l’école, obtienne un poste avantageux avant moi ? Certains ne me croiront pas, mais non. S’il est plus compétent que moi, je n’ai que moi-même à blâmer.

C’est comme les politiciens qui servent ce même argument d’ancienneté pour convaincre leurs électeurs. « Je connais les dossiers. C’est moi qui suis le plus en mesure de faire avancer les projets. » « Mon adversaire ne connaît pas les rouages de la politique. » 

Si ces arguments tenaient la route, on n’aurait presque plus besoin d’élection, non ?

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La chance de travailler en région

CHRONIQUE / «Tu es bonne, tu devrais partir travailler à Montréal.»

Cette phrase, je l’ai entendue à quelques reprises, au cours de ma jeune carrière. Et, chaque fois, ça m’a un peu choquée. 

Je me considère chanceuse. Chanceuse de pouvoir exercer le métier pour lequel j’ai étudié dans ma région natale. Et je n’ai même pas eu à m’exiler pour mes études.

Ça fait neuf ans que je suis au journal. J’y suis entrée fraîchement sortie des bancs d’école. Et même si je n’ai pas encore la chance d’avoir un poste permanent, je n’ai presque pas vécu de périodes de chômage, au cours de ces neuf dernières années.

Le monde des médias étant ce qu’il est et l’accessibilité à l’emploi n’étant pas particulièrement rose, ç’aurait bien pu arriver. Alors, oui, je me considère chanceuse.

Et je ne crois pas qu’une « grande carrière » rime nécessairement avec « grande ville ».

Peut-être que j’essaie de m’en convaincre, quand je regarde bien de mes anciens camarades de classe qui se sont exilés dans la métropole. Mais pour être bien honnête, je ne vois pas trop comment je pourrais exceller davantage si je faisais mes valises pour la grande ville. Et je me considère chanceuse d’être l’exception de mon cercle d’amis et de mon noyau familial. 

Si je regarde mes meilleures amies, avec qui j’ai fait mon secondaire, puis mes premières années de cégep, je suis la seule à être restée dans la région.

Les enfants de la compagne de mon père, l’une enseignante et l’autre policier, ont dû partir pour exercer leur métier. Ils y seraient sans doute arrivés ici, mais ça aurait probablement pris des années avant qu’ils obtiennent une permanence, chose qu’ils n’ont pas tardé à obtenir dans les parages de la métropole.

Mon frère et ma sœur n’ont jamais travaillé dans la région, puisqu’ils se sont exilés jeunes, histoire d’étudier, l’une à Québec et l’autre à Montréal.

Mon chum a quitté son Bas-du-Fleuve natal, faute d’emplois. Faire six mois de chômage par année ne l’intéressait pas.

Une fois son diplôme d’électricien en poche, il a envoyé des tonnes de CV, dans toutes les régions du Québec. Parce que pour ceux qui l’ignorent, si vous voulez devenir électricien, il ne suffit pas de suivre votre cours professionnel, il faut aussi travailler 8000 heures dans le domaine de la construction. Et la construction, c’est tout un monde. C’était donc Montréal ou le Nord qui s’offrait à lui.

Le petit gars du Bas-Saint-Laurent, habitué au fleuve qui s’élargissait devant chez lui, adepte de moto et de « skidoo » et amoureux des grands espaces, ne se voyait pas élire domicile dans la grande région de Montréal.

Il a donc fait ses bagages pour le Nord. Comme bien des gars de la construction.

Un serveur, l’autre jour, racontait, à Laura et moi, devoir quitter son poste puisqu’il avait décroché un contrat d’enseignement en éducation physique. À Chibougamau.

C’était ça ou Montréal, qu’il a raconté. Et il a choisi Chibougamau.

Personnellement, j’aurais sans doute choisi la région éloignée, moi aussi, plutôt que la grande ville.

Si je devais quitter mon Saguenay, ce serait sans nul doute pour une autre région du Québec. Je préférerais Sept-Îles à Montréal. Juste parce que je n’ai jamais aimé faire les choses comme tout le monde.

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Plus d'employés de qualité

CHRONIQUE / Je flânais avec un ami dans une galerie d’art de Montréal lorsque le directeur des lieux a reconnu mon accent. « Mon rêve, c’est de vivre au Saguenay-Lac-Saint-Jean. »

Bon, je me disais que c’était peut-être sa façon de complimenter notre région ou une douteuse technique de vente.

Ben non, c’est réellement un rêve pour lui de vivre ici. Il vient d’ailleurs régulièrement dans la région, autant l’hiver que l’été. Il passe ses vacances au Lac-Saint-Jean. Il a des amis ici. 

Alors, pourquoi ne pas réaliser son rêve ? On s’entend qu’il y a des rêves plus compliqués à réaliser. « Il n’y a pas beaucoup d’emplois chez vous. »

Bang ! Il venait de me servir la même phrase que j’ai entendue il y a 10 ans, quand j’ai terminé mes études universitaires à Québec.

Mais depuis ma toute première journée en tant que stagiaire à Saguenay, je n’ai jamais manqué d’emploi. C’est plutôt mes amis de Québec et Montréal qui ont dû être plus patients avant de décrocher un travail dans le même domaine. 

Cette idée qu’il n’y a pas de bons emplois en région est tenace et aussi véhiculée par nos politiciens. « Ça prend des emplois de qualité pour attirer des gens ». Presque tous les candidats aux élections municipales et même à l’élection fédérale partielle ont exprimé de tels propos. 

De l’autre côté, des entreprises de la région crient au manque de main-d’œuvre. Un manque qui freinerait même leur croissance. Qui a raison ?

De l’emploi de qualité, il y en a. Un de problèmes, à mon avis, c’est notre façon de chercher du travail. Avant, les meilleures offres se trouvaient dans le journal. Un endroit, c’était facile. Évidemment, je prêche pour ma paroisse. Mais les gens qui ne cherchaient pas d’emploi avaient facilement accès à ces offres et pouvaient ensuite informer des proches. Maintenant, les emplois sont affichés sur plusieurs sites spécialisés. Les entreprises font de plus en plus affaire avec des chasseurs de têtes. Certaines offres nous échappent, c’est inévitable. 

Parce que dans la région, les firmes cherchent encore des comptables, les entreprises ont besoin d’ingénieurs, de soudeurs. Les experts en ressources humaines sont une denrée rare. Même dans mon milieu, reconnu pour être difficile en région, il y a plusieurs offres d’emploi intéressantes en ce moment même. En fait, je n’en ai jamais vu autant que cette année.

Et ça ne s’arrêtera pas là. Le Québec atteindra des sommets d’emplois inégalés en 2019. Et en 2024, on prévoit un taux de chômage de 5,6 %, le plus bas depuis les années 60. 

Dans notre région, la progression sera un peu plus lente, mais les analystes du gouvernement prévoient la création de 1000 nouveaux emplois avant la fin de 2019. Et pour la même période, on parle de 22 000 départs à la retraite ici. Les experts refusent d’annoncer une pénurie, mais admettent que la rareté de la main-d’œuvre affectera plus durement certains secteurs et régions.

Alors, qui va combler tous les nouveaux emplois ? Le gouvernement se fie à une hausse de la participation des femmes, des sexagénaires et des immigrants. On se croise les doigts !

La planche de salut, à mon avis, résidera dans la faculté d’adaptation des travailleurs. Développer des compétences dans un autre domaine qui nous intéresse pour mieux évoluer dans un marché du travail en constant changement.

Parce qu’on n’annonce malheureusement pas une forte croissance dans l’agriculture, les mines et la forêt. La hausse sera marquée dans le milieu des finances, des services, des affaires, du transport, de la machinerie et dans les métiers. Certains emplois vont mourir alors que de nouveaux types de postes vont apparaître.  Pourquoi ne pas devenir un soudeur et un technicien en comptabilité ? Une coiffeuse et une gestionnaire ? Un machiniste et un expert en médias sociaux ? Ça vous semble farfelu ? 

Parlez-en à mon ami André, policier et denturologiste. Ben oui, ça se peut !

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Ces témoins qui préfèrent se taire

CHRONIQUE / Il était une fois deux mégafigures du showbizz québécois chassées dans la controverse et dans la honte en une seule journée.

On dirait le début d’un mauvais roman. Et pourtant…

En l’espace de quelques heures à peine, Éric Salvail et Gilbert Rozon ont été forcés de mettre un terme à leur carrière (du moins jusqu’à nouvel ordre) pour des allégations d’inconduite sexuelle pour le premier et d’agression sexuelle pour le deuxième.  

J’ai envie de vous dire, aujourd’hui, que je ne suis pas surprise. J’ai envie de vous dire que des gens qui se croient tout permis, il y en a à la tonne. Et surtout, j’ai envie de vous dire que j’en ai vraiment marre de ces personnes qui pensent que tout leur est dû et qui ne sont pas capables de retenir leurs commentaires déplacés et leurs comportements absolument dépassés. 

Un moment donné, ça fera. Et il semble que c’est ce qui est en train de se passer. 

Il est plus que temps que ces individus, qu’ils soient hommes, femmes, jeunes, vieux, puissants ou non, se fassent remettre à leur place une bonne fois pour toutes. 

Comme tout le monde, j’ai suivi cette chute vertigineuse de deux gros noms de la scène culturelle en direct sur les médias sociaux et à la télévision, après la bombe médiatique sortie par La Presse+, mercredi. 

Si les allégations ne m’ont pas surprise en soi, je dois admettre que l’espèce de loi du silence m’a levé le cœur. « Tout le monde le savait dans le milieu », a-t-on pu entendre et lire, à plusieurs reprises. Et il est là aussi, le problème. 

Honnêtement, je peux comprendre une personne victime d’intimidation, de harcèlement, voire même d’agression, de se taire. D’être terrorisée par la situation, d’être démunie face à l’autorité. Et, vous savez, ce ne sont pas tous les comportements qui sont passibles d’une accusation, si plainte formelle il y a. Mais ce n’est pas une raison pour que ces comportements soient tolérés, voire même acceptés.

Des témoins muets

Et, ce qui me reste vraiment au travers de la gorge, ce sont les témoins, les proches, les supérieurs et les bons amis de ces personnes en « powertrip » qui ne sont pas capables de les remettre à leur place. 

Si je peux comprendre, c’est que ce genre de situation, on la voit partout, dans toutes les sphères de la société. 

Comme bien des femmes, des mains sur les hanches, sur les cuisses, des « compliments » sur mon corps, des remarques niaiseuses sur mon physique, j’en ai vécu. Plusieurs fois. 

Et, beaucoup trop souvent, je me suis laissée faire, par peur de mettre de l’huile sur le feu. Je me suis dit que ce n’était pas bien grave, quand je voyais les autres rigoler de ces jokes plates. Je me suis dit que je m’en faisais sans doute pour rien. Que c’était normal. Mais seigneur que j’aurais aimé ça que quelqu’un dise haut et fort à ces individus de me lâcher un peu. 

Mais, toutes les fois, les témoins ont opté pour le rire. Certains en ont rajouté.

— Tu as des beaux yeux. Tu as l’air cochonne, qu’un interviewé m’a déjà délicatement lancé.

— Eille, c’est vrai, je n’avais pas remarqué, qu’un collègue a ajouté. 

J’aurais sans doute dû lui dire que c’était assez épais merci, comme remarque. Mais, comme bien des fois, c’est après coup que je m’en suis rendu compte.

Trop longue entrevue

Je me souviens aussi d’une fois, il y a de ça plusieurs années, lorsque je m’étais présentée dans un local désaffecté pour une entrevue. Je devais avoir 23 ans et je faisais une entrevue avec un groupe d’hommes d’un âge vénérable, qui demandaient à la Ville de rénover ledit local pour je ne me rappelle plus trop quoi. Tout au long de l’entrevue, j’ai dû subir des remarques niaiseuses du genre « c’est une bien belle créature, ça ». J’ai même eu droit à une profonde inspiration dans mon cou pour me faire dire que je sentais bon. Bref, l’une des plus longues entrevues que j’ai eu à faire.

Ils étaient plusieurs à en rajouter, à surenchérir sur les « compliments » dont je me serais pourtant bien passé. J’espérais tellement que l’un d’entre eux finisse par dire que c’était assez et que, visiblement, je n’en avais rien à faire de leurs commentaires. 

Mais ce n’est pas arrivé.

Et ils ont continué jusqu’à ce que je termine l’entrevue. 

Des bonshommes et des bonnes femmes qui se trouvent bien drôles avec leurs jokes cochonnes, il y en aura toujours. Des gars avec les mains baladeuses, ce n’est certainement pas encore une espèce en voie d’extinction. Des collègues vulgaires, sexistes, homophobes et racistes, il y en a probablement dans tous les quarts de métiers. Et des victimes gelées par la peur, il y a en aura encore. 

Mais des témoins qui se taisent, ça serait l’fun qu’il y en ait de moins en moins. Parce que se porter à la défense de quelqu’un, c’est probablement le plus grand pas en avant qu’on pourrait faire. Collectivement.

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Élus... trop, c’est comme pas assez

CHRONIQUE / Ils ne le diront pas, mais Arthur Gobeil, Josée Néron, Jean-Pierre Blackburn et Dominic Gagnon doivent être un peu jaloux des Gérald Savard à Bégin ou Marc Laliberté à Saint-Ludger-de-Milot.

De l’opposition, ils ne connaissent pas ça. Ou très peu. Ils font partie des quelque 150 candidats qui ont été élus sans opposition. 

Et c’est comme ça depuis toujours. On calcule 1,5 candidat par poste au palier municipal. Ça ressemble à notre indice de fécondité qui n’annonce pas une forte relève démographique. 

Au fédéral et au provincial, c’est cinq candidats par poste. Évidemment, le bassin de candidats potentiels est plus élevé. 

C’est par contre seulement dans les plus petites municipalités qu’on retrouve le phénomène d’élections sans opposition. Ou pire, l’absence de candidat, comme c’est le cas cette année pour un poste d’échevin à Rivière-Éternité. Dans chaque municipalité, rappelons-le, il faut un minimum de six échevins et un maire. Même pour un village de 800 âmes.

On va se le dire, trouver 14 candidats pour offrir au moins deux choix dans une municipalité de moins de 1000 habitants, c’est tout un défi.

D’abord, il faut que la politique municipale les intéresse. Juste ça, on vient de perdre 75 % des gens. C’est une évaluation à l’œil, mais je ne pense pas trop exagérer avec tout le cynisme ambiant. 

Les candidats potentiels doivent aussi posséder des compétences essentielles, notamment en gestion. On vient de perdre un autre 10 %. 

Bon, bien des gens ne détiennent pas de telle qualité et décident tout de même de se lancer en politique. C’est ce qui m’effraie le plus d’ailleurs. 

Il y a quelques dépenses douteuses qui ont fait les manchettes, au cours des dernières années, dans de petites municipalités. Mais comme elles sont petites, la grande majorité de la population et des médias s’en désintéressent. Tous les yeux sont rivés sur Saguenay. 

Il y a aussi l’insatisfaction. Plus les gens sont mécontents des élus en place, plus il y a de l’opposition. À Lamarche, connue ces dernières années pour ses éternelles chicanes, il y a aura encore élection au poste de maire.

Il y a ces autres municipalités qui semblent cependant faire l’unanimité au sein de sa population. À Desbiens, c’est la deuxième fois que tout le conseil est réélu sans opposition. C’est presque du jamais vu dans la province.

Il faut aussi que les candidats potentiels aient du temps à consacrer à leur municipalité, car ils ne pourront pas quitter leur emploi avec un salaire de maire oscillant entre 5000 $ et 20 000 $. Un conseiller, c’est pratiquement un bénévole avec quelques milliers de dollars. 

Pas étonnant alors que les élus soient presque tous des hommes de plus de 60 ans ou à l’aube de leur retraite. Sauf quelques exceptions comme à Albanel. Une municipalité dirigée par des femmes depuis 2005. 

Avec 350 échevins et maires, est-ce que le Saguenay-Lac-Saint-Jean compte trop d’élus ? Est-ce normal qu’Alma dispose presque autant d’échevins que dans une ville voisine de 1000 habitants ? Poser la question, c’est y répondre.

Mais on ne peut pas dire que la démocratie municipale est en mauvaise santé dans les villages. Paradoxalement, ce sont les plus petites municipalités qui affichent les plus hauts de participation. Parfois dépassant les 80 %

Les gens ne sont pas intéressés à se présenter, mais au moins, quand on leur donne des candidats, ils votent !