D'une fille à l'autre

Le barrage qui fuit

CHRONIQUE / Où on s'en va?

Voilà la question que je me suis posée, plus tôt cette semaine, en lisant deux nouvelles publiées dans Le Quotidien. Non, ça n’a rien à voir avec cette étudiante en techniques policières. Ça n’a rien à voir non plus avec ce député qui a cru bon d’envoyer une photo d’un acte sexuel à une employée...

Ce sont plutôt des nouvelles régionales qui m’ont chamboulée. La première, c’est l’histoire de cette infirmière qui lançait un cri du coeur, dénonçant le manque de soins reçus par son père, résidant d’un CHSLD. Des couches qui débordent, de l’urine séchée par terre, des plaies aux pieds mal soignées, le pauvre homme souffrant d’Alzheimer, et particulièrement vulnérable, disons-le, est victime d’un manque de main-d’oeuvre dont les conséquences s’étendent du personnel aux patients. Ce n’est malheureusement pas le premier cas qui fait la une des journaux. Et, bien terriblement, ce ne sera pas le dernier. J’ai souvent l’impression que notre système de santé est un barrage qui fuit. On colmate, au fur et à mesure, les brèches qui se forment dans la structure. Mais on ne répare pas en profondeur. Et j’ai bien peur que le barrage, affaibli, cède un jour ou l’autre, malgré les réparations temporaires faites ici et là. 

Des infirmières à bout de souffle, des spécialistes qui quittent le navire, des préposées aux bénéficiaires en épuisement professionnel ; ce genre de nouvelles ont fait les manchettes des dizaines de fois au cours des derniers mois. Rappelez-vous la vidéo de cette infirmière en larmes qui a fait le tour de la province, il y a quelques mois. 

J’ai déjà dit à mon patron qu’on ne sauvait pas de vies lorsqu’il m’en demandait un peu trop. Les travailleurs de la santé, eux, en sauvent tous les jours. Il ne faudrait quand même pas les rendre malades.

Un autre exemple du manque de ressources dans le milieu de la santé ? C’est cette nouvelle judiciaire, signée par mon collègue Stéphane Bégin et racontant le cas d’un homme qui s’était barricadé et qui avait jeté des objets aux policiers, du haut de son balcon. 

« Le juge Michel Boudreault aurait voulu lui éviter la détention. Mais comme aucune ressource ne peut véritablement répondre aux besoins du détenu, le magistrat n’a eu d’autres choix que de lui imposer une sentence de prison », pouvait-on lire dans l’article. Ayoye.

Faute de ressources en santé mentale, on envoie le prévenu derrière les barreaux. Croyez-vous vraiment que son cas va s’améliorer ? J’ai bien peur que non. Et le pire, c’est que je ne parle même pas à travers mon chapeau. J’ai une proche qui a dû faire 10 mois d’incarcération, ayant épuisé les ressources en santé mentale autour d’elle. Elle avait commis une voie de fait. Âgée dans la fin soixantaine, elle a pris le chemin des cellules, alors qu’elle avait besoin de soins spécialisés. 

J’imagine que des « comités de travail » et des « tables de concertation », deux expressions qu’on entend chaque fois qu’un problème est évoqué, sont mis sur pied pour régler les problèmes de manque de ressources et de main-d’oeuvre. Je ne suis pas là pour blâmer quiconque. Mais, un moment donné, il faudrait que des actions soient réellement prises. Parce qu’un navire qui tangue finit souvent par chavirer. 

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L'âgisme des snowbirds

CHRONIQUE / Les personnes âgées semblent toujours les premières victimes de l’âgisme. Mais cette forme de discrimination basée sur l’âge vient aussi des retraités.

C’est ce que les snowbirds font en refusant la présence de personnes de moins de 55 ans dans leurs parcs de Québécois. Vous savez, ces quartiers sécurisés de la Floride, formés principalement de francophones. Il en existe une tonne! 

J’arrive tout juste d’un autre court séjour chez des proches snowbirds. Comme on dit, on ne choisit pas sa famille... Je blague, évidemment. Je les adore! Et on aime les visiter. Pas plus que quatre semaines par année, par contre. Règlements du quartier obligent.

Mais les gens qui me lisent depuis mes tout débuts connaissent ma position envers ces retraités qui fuient le Québec pendant six mois. Six mois à moins contribuer à la richesse de notre province. 

Oui, ils payent leur impôt et taxe foncière comme tout le monde. Mais ils ne participent plus à la taxe de consommation, qui, rappelons-le, finance les services publics. En 2014, j’écrivais dans ces pages que si j’étais au gouvernement, je couperais leur droit de séjour à l’extérieur de la province à au moins quatre mois. Dépassé cette période, les snowbirds devraient payer une taxe spéciale pour conserver leurs privilèges de Québécois. À l’heure actuelle, les retraités migrants ont le droit de vivre six mois en Floride tout en conservant les avantages, dont la couverture médicale du Québec. 

C’est beaucoup, à mon avis, mais pour plusieurs, ce n’est pas encore assez. Quand je vais dans ce quartier de 55 ans et plus, j’entends toujours les voisins se plaindre sur leur retour imminent au Québec. «Personne ne vous oblige à revenir», que je leur dis. Évidemment, ils n’ont pas les moyens de payer les frais de santé aux États-Unis. Une hospitalisation coûte des milliers de dollars. C’est plus rentable de retourner chaque printemps en sol québécois.

Vous voyez mon amertume, légèrement teintée de jalousie, envers ces retraités. Pour moi, être citoyen, c’est comme une relation de couple. Pour qu’elle fonctionne, les deux doivent contribuer de façon égale. On ne peut pas juste profiter du bon et s’enfuir quand vient le temps de faire la vaisselle.

«On a payé toute notre vie pour profiter de notre retraite sous le soleil. Toi aussi tu vas vouloir quitter au chaud à ta retraite», me répondent-ils quand je les confronte amicalement à ce sujet. 

Ils ont raison. Malheureusement, avec notre portrait démographique, le Québec n’a pas le luxe de se passer des contribuables retraités. Ils vont bientôt représenter le tiers de la population. Alors que les Américains sont plus protectionnistes que jamais, est-ce qu’on ne devrait pas aussi l’être davantage?

Qui va payer pour leurs frais de santé qui n’iront sans doute pas en diminuant? Évidemment, les plus jeunes. Les mêmes moins de 55 ans qui, ironiquement, n’ont pas accès aux multiples quartiers américains bondés de Québécois. 

Des parcs qui seraient illégaux ici. Joint cette semaine, le porte-parole de la Commission des droits de la personne me l’a une fois de plus confirmé. Seules les résidences pour personnes âgées certifiées peuvent réserver leurs installations à une clientèle âgée. 

Au Québec, un promoteur immobilier ne pourrait refuser de vendre une résidence ou un condo à une famille avec des enfants ou à adultes de 30 ans. 

C’est ce que font les snowbirds, qui ont eux-mêmes voté les règles qui existent dans leur parc. 

Quand ils vont en Floride, ils ne fuient pas juste la neige. Mais les cris d’enfants et les lois.

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N'ayons pas peur des mots

CHRONIQUE / Je suis fascinée par la culture autochtone. Leur histoire me passionne, leur façon de voir la vie m’intéresse. Suis-je raciste parce que je suis curieuse d’en savoir plus sur eux, sur leur communauté, leur langue et leur culture? J’espère que non. Du moins, je ne me suis jamais perçue comme une fille raciste, loin de là. J’ai toujours eu en horreur ceux et celles qui mettent tout un chacun dans un même panier. Vous savez, les phrases du genre «les musulmans sont des terroristes», les «Noirs sont des voleurs» ou «les Autochtones sont des alcooliques» me lèvent le cœur. C’est simplement statistiquement impossible que ce soit le cas. Alors, arrêtons un peu.

Mais être fasciné et curieux devant une autre culture (on n’ose plus dire le terme race de nos jours, il paraît que le simple fait d’employer ce mot est raciste) fait-il de nous des êtres racistes? Poser des questions sur l’origine, sur les habitudes culturelles, sur la religion pratiquée, sur les autres formes de spiritualité, serait-ce un manque de respect? Si c’est le cas, je me confesse de cette curiosité. 

Il y a de ça quelques semaines, j’ai réalisé une entrevue avec l’Innue Natasha Kanapé Fontaine. Vous savez, cette poétesse qui campe magnifiquement une détenue autochtone dans la série Unité 9. Elle me racontait que la Réconciliation entre nos peuples passerait par une plus grande compréhension de nos perceptions. «Les Premiers peuples et les Québécois, on ne voit pas les choses de la même manière. Une fois que les différentes perceptions seront mieux comprises, nous pourrons commencer cette Réconciliation. Et pour ça, il faut discuter», m’a-t-elle dit. Et, pour comprendre, il faut commencer par poser des questions. Chose que bien d’entre nous, moi y compris, n’osons pas faire. 

L’automne dernier, j’ai fait un petit voyage en terre crie, dans le Nord-du-Québec. Une communauté (une réserve, si on n’a pas peur des mots) de quelque 2000 habitants, vivant aux abords de la baie de Rupert. J’ai adoré m’imprégner (bien peu) de cette culture que trop de gens préfèrent ignorer lorsqu’on descend plus au sud. Mais, encore une fois, ma curiosité et mon intérêt ont été loin d’être assouvis. Parce que je n’ai pas osé. Je n’ai pas osé poser les 10 000 questions qui me passaient par la tête. Je n’ai pas osé, parce que j’avais peur de passer pour une ignorante. Ou pire, une raciste. 

J’aimerais ça, moi, savoir ce que les Autochtones pensent de nous. J’aimerais ça avoir leur opinion sur le concept des réserves. J’aimerais en apprendre plus sur leur manière de voir la société. J’aimerais savoir ce qu’ils souhaitent, connaître les rêves qu’ils caressent. J’aimerais comprendre. 

Mais je n’ai pas osé. Par peur de leur manquer de respect. Et pourtant. L’ignorance est sans doute le plus grand mal de nos sociétés. Et en censurant nos propres questions, comment voulez-vous que ces idées préconçues soient brisées?

J’en ai d’ailleurs discuté avec Natasha Kanapé Fontaine. Elle m’a expliqué que bien des Autochtones, dont elle, en avaient marre de cette image négative véhiculée. Et on ne peut pas vraiment leur en vouloir. C’est pourquoi lorsqu’une journaliste, comme moi, débarque dans une communauté éloignée, ses habitants restent sur leur garde, croyant que je vais, comme bien d’autres l’ont fait avant, sortir des histoires qui n’aideront en rien leur image déjà bien trop entachée. Je n’étais pourtant pas là pour ça. Mais je n’y suis pas restée assez longtemps pour adoucir leurs soupçons. Dommage, car avec toute ma naïveté, j’aurais aimé qu’ils me fassent confiance. Mais la confiance n’est pas quelque chose qui se gagne en 7 jours. Surtout après des décennies de souffrance. 

Je n’ai peut-être rien à voir personnellement avec ce que les Autochtones ont pu endurer. Mais collectivement, on a tous notre part de responsabilité. Et ce n’est malheureusement pas avec des excuses qu’on va amorcer cette Réconciliation tant attendue. C’est avec des questions, qui mèneront à une compréhension. Et si certains croient que questionner est une forme de racisme, je leur répondrai que c’est plutôt une forme de respect. Parce qu’à mes yeux, ce sont l’ignorance et l’indifférence qui sont synonymes de racisme. Arrêtons d’avoir peur des mots. Les mots peuvent faire mal, mais pas autant que le silence. 

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Moi, raciste?

CHRONIQUE / C’est ce qu’une ancienne collègue m’a récemment accusée d’être. Notre discussion a commencé en parlant du racisme « ambiant » en région. À son avis, les Saguenéens et les Jeannois sont plus racistes qu’ailleurs. Qu’à Montréal, par exemple, une ville cosmopolite.

C’est sûr qu’avec l’arrivée de quelques dizaines d’immigrants par année, on ne peut se vanter d’être un territoire fertile en matière d’immigration.

« Les gens ne viennent pas s’établir ici. Est-ce qu’il fait trop froid ? Est-ce trop unilingue français ?», avait questionné le maire d’Alma, imageant bien le manque d’attraction de la région envers les différentes communautés.

Mais est-ce que le peu d’immigrants est directement proportionnel à notre ouverture?

Permettez-moi d’en douter.

Vous vous demandez pourquoi on m’a traitée de raciste. J’y viens. 

J’explique à mon ancienne collègue, qui, je dois le spécifier, est une militante acharnée dans plusieurs causes, que les gens d’ici se montrent enthousiastes envers les nouveaux arrivants. On les considère même en sauveurs. 

Comme ce vétérinaire, arrivé dans mon Roberval natal frappé par une pénurie de spécialistes. Recruté à l’étranger, le Maghrébin a accepté de déménager au Lac-Saint-Jean pour desservir les propriétaires d’animaux. C’était fête au village! 

On est comme ça un peu, je crois. On aime les accueillir en grand. On leur donne de l’attention. On veut connaître leur culture. 

Ma mère, une Britannique, a aussi été accueillie à bras ouverts par les gens de Roberval dans les années 70. Elle se rappelle que la communauté avait organisé des activités pour l’intégrer. Elle était l’une des seules Anglaises de la ville...pour ne pas dire la seule.

Les gens posaient une foule de questions sur sa culture, notamment sur la famille royale. Bon, il y a des jeunes qui lui ont demandé si elle était venue en voiture. On ne peut pas être tous ferrés en géographie, hein! Et dans les années 70, les ados ne devenaient pas plus brillants en un clic.

« Même si c’était le début du Parti québécois et René Lévesque était le héros du jour, je n’ai ressenti aucune hostilité », m’a confié ma mère, encore surprise qu’on n’en soit pas revenu de l’invasion de Wolfe.

Peut-être que cet accueil, c’est dans le sang des Robervalois. Moi aussi, j’aime ça poser des questions aux immigrants et aux touristes. Je veux connaître leur culture, leur histoire, même leur système politique m’intrigue. 

« Laura, tu sais que l’exotisme, c’est une forme de racisme», me lance l’ancienne journaliste, en plein visage. Du jour au lendemain, j’étais devenue raciste. Elle me reprochait mon intérêt envers la différence. Il faut se montrer indifférent, maintenant ?

Ce n’est pas juste une lubie. Elle a raison. L’exotisme, en fait, lorsqu’on remarque les différences de l’autre, c’est une forme de racisme.

Ça vous rappelle l’histoire de l’Algérien qui a défrayé les manchettes, la semaine dernière. Il a porté plainte après s’être fait demander l’origine de son nom dans une entrevue d’embauche. Le Tribunal des droits de la personne a ordonné l’entreprise à lui verser 5000 $. Il faut choisir ses moments pour être curieux. 

Si je devais payer cette somme chaque fois que j’ai posé la même question, je serais fauchée. Heureusement, je ne dirige pas d’entrevue. Mais pour moi, il s’agit d’une marque de respect, une preuve d’ouverture, de curiosité. Non pas un geste de supériorité raciale. Je vous rassure. Je ne pense pas que les Blancs, francophones sont plus beaux, intelligents et ingénieux que les autres. Loin de là!

Moi, j’aime ça quand les gens me demandent l’origine de mon nom, Lovatt. Comme bien des gens, je ne l’ai pas utilisé dans ma vie professionnelle, notamment pour alléger ma signature.

Aujourd’hui, je regrette. J’aimerais ça signer Laura Lovatt Lévesque. Ça donne un petit côté exotique à mon nom typiquement québécois. Moi, la différence, je la recherche. 

Et si vous osez me demander l’origine de mon nom, je ne vous poursuivrai pas. Je vous le promets.

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Les doléances du peuple

CHRONIQUE / Avez-vous déjà assisté à une séance du conseil municipal ? En tant que citoyens, avez-vous déjà pris la peine de vous déplacer pour poser une question à vos élus ? Moi, non. À vrai dire, j’ai assisté à des dizaines et des dizaines de séances du conseil municipal. Mais j’étais payée pour le faire. Il y a là une énorme différence.

Je suis toujours étonnée de voir les mêmes citoyens, semaine après semaine, se déplacer à la séance publique des conseillers, histoire de poser une question ou de se plaindre de tel ou tel problème. 

Je suis appelée à couvrir des séances depuis une dizaine d’années maintenant. Et même si Saguenay est composée d’une population de 150 000 habitants, ce sont toujours les mêmes trois ou quatre individus qui se présentent au micro lors de la période de questions. On finit par les connaître par leur petit nom et on devine même de quel sujet ils vont parler. Je n’ose pas imaginer ce qui se passe dans les séances des petites municipalités de quelques milliers d’âmes. 

Je les trouve tout de même courageux, ces citoyens, qui prennent le temps de se rendre aux séances afin de brasser un peu nos élus. Certains devraient d’ailleurs s’inspirer de ceux et celles qui prennent la peine d’assister à ces séances publiques, à la place de chialer contre les élus dans le confort de leur foyer. 

Mais je trouve les conseillers courageux, aussi, d’écouter les doléances de M. Chose et Mme Machin, semaine après semaine. Mais bon, ils sont payés pour le faire, me direz-vous. Et vous avez raison. 

Mardi soir dernier, alors que je couvrais la séance de Saguenay, je me suis d’ailleurs demandé si j’aurais la patience d’être conseillère municipale. 

On va se le dire, les réunions des conseillers ne sont pas la chose la plus palpitante sur cette Terre. Et après deux heures de dérogations mineures, de règlements d’emprunts et d’affaires courantes, affronter la période de questions me paraît être un exercice périlleux. 

Cette semaine, justement, un individu particulièrement énervé, pour ne pas dire agressif, s’est présenté au micro, en hurlant et en sommant la mairesse de régler le problème de la prostitution au plus vite. Selon lui, elle avait le devoir de régler ce fléau et d’entretenir le premier ministre et la ministre de la Justice à ce sujet. Il a passé une dizaine de minutes au micro, à frapper sur le lutrin et à crier ses commentaires. Je croyais bien que les deux policiers postés à l’entrée allaient réagir, lui demandant au moins de baisser le ton, mais non. La mairesse a dû lui faire face toute seule comme une grande. Il a fini par quitter la salle, loin d’être calmé et n’ayant pas pris le temps d’écouter les explications des élus.

Un autre citoyen s’est présenté au micro, se plaignant que les conseillers ne lui avaient pas proposé de le reconduire à Jonquière après la dernière séance, qui avait eu lieu à La Baie. Il se plaignait aussi que son CV n’ait pas été retenu pour un poste à la Ville. 

Je ne serais vraiment pas étonnée de revoir ces deux messieurs prochainement à Infoman.

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Un leader, pas un serviteur SVP

CHRONIQUE / «Je payerais pour faire ça.»

C’est ce qu’un échevin de la région m’a confié récemment en me parlant de son rôle d’élu. Il jubilait d’être assis à la table du conseil. Son rêve !

J’étais heureuse pour lui. Tant mieux s’il aime son rôle d’échevin. Une passion de retraité, quoi!

Son collègue de la table du conseil disait la même chose, me répétant abondamment qu’il était au service du citoyen, qu’il travaillait pour les rendre heureux et réaliser les projets que les habitants du quartier réclament, comme réduire une limite de vitesse ou améliorer le déneigement. 

C’est probablement ce que les gens attendent des échevins. Moi, non. Ma définition est bien différente.  

Je m’attends à ce que les conseillers me tirent vers le haut. Qu’ils amènent la municipalité à un niveau supérieur. Les élus doivent faire partie des citoyens les plus intelligents, qualifiés et innovants de la ville. «  Tu as des attentes élevées », m’a lancé en riant un collègue. Selon lui, le rôle d’un échevin devrait plutôt ressembler à celui d’un chevalier de Colomb. Un bénévole hors pair qui sait motiver ses troupes et amasser des sous pour les organismes de son quartier. Chacun sa définition. 

«  Mais il faut qu’il règle les trucs du quotidien du quartier, comme le déneigement, les travaux de voirie  », me lance un autre collègue. Ça ressemble à un travail de fonctionnaire, non? 

Le concept de serviteur, utilisé ad nauseam dans les campagnes électorales, ne me séduit pas non plus. Au contraire. Dans un système qui désintéresse les citoyens, ça prend davantage de gens visionnaires, innovants et surtout qui ont des idées. Si on se fie à l’avis des 20 personnes qui assistent aux consultations publiques, on n’ira pas loin. La majorité est silencieuse, ai-je besoin de le rappeler? Malheureusement, les citoyens ont d’autres chats à fouetter que les affaires municipales. Pourtant, c’est le niveau qui devrait les intéresser le plus. 

Ils donnent leur confiance aux élus, d’où l’importance d’avoir des gens plus que qualifiés et non seulement des passionnés de politique. Rassurez-vous, je ne fais pas une ode au totalitarisme. Même si des fois...

«  Présente-toi si tu penses faire mieux  », me direz-vous. Même si la politique m’intéresse, me passionne, je ne fais pas partie des citoyens les plus intelligents et innovants de ma ville. Je suis loin d’être suffisamment qualifiée pour amener ma ville à un autre niveau. La passion ne suffit pas pour être candidat. Du moins, c’est mon humble avis. 

Heureusement, il y en a des conseillers modèles. Fiou! 

Et ceux qui travaillent le plus, ce n’est pas nécessairement ceux qu’on voit sur les unes des journaux. Ne l’oubliez pas.

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À vos souhaits, employés!

Chronique / La course à la main-d’oeuvre est bel et bien commencée. Congé le jour de sa fête, séances de développement personnel, installer une salle de jeux vidéo, arrimer l’horaire en fonction de celui du conjoint... Les entreprises de la région tentent de conserver et d’attirer les milléniaux avec des petits avantages. Avouez qu’une usine qui offre du coaching personnel, c’est moderne. On est loin de la montre donnée en cadeau, après 25 ans de service.

Cette semaine, l’entreprise Refléx Paysage a invité ses employés au spectacle de Louis-Josée Houde. Original ! Dans cette entreprise de Saguenay, copropriété d’un jeune Y, chaque nouvel employé doit dresser la liste de ses cinq rêves. Voyage à New York, une canne à pêche dernier cri, un tour d’hélicoptère, un saut en parachute, une escapade dans une pourvoirie. Bon, ce n’est pas mes rêves à moi, mais c’est le genre de choses que ses employés pourraient demander.

Lorsqu’un travailleur a cumulé plusieurs années ou bien a permis à l’entreprise de bien performer, les employeurs exaucent un rêve. Pas certaine que mon tour du monde en première classe pourrait se réaliser. Il faudrait que j’en vende des aménagements paysagers.

D’autres, comme la Web Shop, misent sur la liberté. Les pieds nus sur la scène du colloque Action économique, tenu la semaine dernière à Alma, le propriétaire Keyven Ferland détonnait avec son discours idéaliste. Chez lui, pas d’horaire, vacances illimitées. Son concept ? Responsabiliser les employés. 

Dans cette boîte, les gens travaillent en équipe. Ils s’entraident, mais se jugent aussi. Si une personne ne fait pas bien son travail, les autres vont le voir. Selon Keyven Ferland, les gens seraient ainsi plus portés à bien faire leur travail pour éviter de nuire à l’équipe. Il faut juste espérer que les joueurs forts sont en majorité dans l’entreprise. On se croire les doigts !

Dans cette firme, les gens partent en vacances aussi lorsqu’ils le veulent et prennent le nombre de jours qu’ils souhaitent. Ils doivent par contre s’assurer que le travail est fait. Génial comme idée ! Le patron n’a même plus besoin de gérer les horaires. Les employés s’entendent entre eux avant de partir un mois pour Bali ou le Japon. 

Ça sonne merveilleux sur papier. Mais le concept est loin d’être parfait. La liberté, c’est cool, mais ça peut coûter cher au travailleur. Ces vacances illimitées ne sont malheureusement pas payées. C’était trop beau pour être vrai, hein ?

Produits forestiers Résolu (PFR) fait aussi partie des entreprises de la région qui tentent de nouvelles pratiques. C’est d’ailleurs eux qui offrent des séances ou ateliers de développement personnel dans l’une de leurs usines du Lac-Saint-Jean. 

Leur réputation était autrefois basée sur le salaire offert. Force est d’admettre que ça ne suffit plus. Au colloque de la semaine dernière, le directeur des ressources humaines confirmait que 140 postes étaient vacants. Des emplois manuels, en administration, mécanique ou en génie. Des postes nécessaires aux opérations. Ce n’est même pas pour leur croissance.

Ne sachant plus à quel saint se vouer, l’entreprise a installé une énorme affiche sur laquelle est écrit « Bienvenue aux femmes ». Si certains qualifiaient de maladroit cette tactique, elle semble avoir porté ses fruits, selon le directeur des ressources humaines. « Même qu’elles travaillent mieux que les hommes », a affirmé publiquement ce cadre de PFR.

L’arrivée des femmes dans les usines a forcé l’entreprise à investir. Il fallait bien construire des toilettes pour femmes. 

Les millénaux, je le sais, on est difficile. Mais ça prend un minimum, non ? 


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Fais attention au «menôme»

Chronique / La semaine dernière, un collègue m’a taquinée, en me disant que je parlais comme une ado. C’est que je venais d’utiliser le mot « cool » dans une discussion. Le lendemain, ce même collègue utilisait le terme « nursing » pour parler des études en sciences infirmières. J’ai eu le goût de me venger et de lui dire qu’il s’exprimait comme un vieux.

Je ne l’ai pas fait, puisque j’ai été trop bien élevée pour ça, mais ça me fait toujours sourire d’entendre les expressions d’une autre époque. Je ne voudrais pas faire de l’âgisme, mais certaines expressions n’ont pas bien vieilli. Comme cet autre collègue qui utilise parfois le terme « débit de boisson » pour parler d’un bar. « Va-t-on prendre un verre au débit de boisson ce soir? » n’est pas une phrase fréquemment utilisée de nos jours, il faut bien l’admettre. 

Depuis quelques jours, des publications du genre « Tu sais que tu viens du Saguenay quand tu utilises ces expressions » se baladent sur Facebook. J’accorde toujours une importance à ce genre de choses, puisque je suis consciencieuse de la réputation des Saguenéens et des Jeannois à l’échelle provinciale. 

Et si les expressions de mes chers collègues me font souvent sourire, cette série de publications m’a un peu moins fait rire. Je vous explique pourquoi. 

On y apprenait notamment que les Saguenéens et les Jeannois utilisaient le terme « suçon à la liqueur » pour un Popsicle, « aller au théâtre » à la place d’aller au cinéma ou « sortir à l’hôtel » en guise d’expression signifiant sortir dans les bars. 

Ben voyons.

Étant une Saguenéenne issue de parents saguenéens (eux-mêmes nés de parents saguenéens et jeannois), je n’ai jamais utilisé ces expressions dignes du Temps d’une paix. Ah oui, toujours selon cette publication qui a été partagée beaucoup trop de fois, on apprenait que le terme « p’tite batinse » était employé par les Bleuets pour décrire une petite fille agaçante. La dernière fois que j’ai entendu cette expression, ça devait être dans un téléroman tourné dans les années 70 et diffusé en reprise à ARTV les après-midi de semaine. 

Il paraît aussi qu’on dit « caï » plutôt que calorifère ou « menôme » pour un puisard... Comme si notre vocabulaire n’avait pas évolué depuis l’ère de la colonisation. 

Il a aussi fallu que je demande à des proches ce que signifiaient les mots « laise » et « louanne », chose que je n’ai finalement pas su, malgré mes efforts pour mieux saisir ces termes qui nous seraient propres. 

Je n’ai absolument aucun problème avec le fait que chaque région ait ses propres expressions et je sais que chez nous, on a toujours tendance à en faire un peu plus que les autres, mais là, il ne faudrait tout de même pas charrier. 

Et je suis un peu tannée de cette image véhiculée des Saguenéens et des Jeannois qui ne savent pas parler. 

Évidemment, comme dans toutes les régions du Québec, certains ont un petit peu plus de difficulté avec leur langue, mais de là à nous mettre des mots qui n’existent même plus dans la bouche, il y a des limites. 

Peut-être que je prends ça trop à coeur et que je manque de sens de l’humour. Mais quand tout le monde rit sauf nous, c’est toujours un peu moins drôle. Patricia Rainville

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Le don ultime

Donner un petit deux aux gentilles dames et charmants messieurs qui attendent aux portes de l’épicerie, c’est généreux.

Mais si collectivement, on augmentait d’un cran notre implication sociale, le Québec se porterait mieux.

Je ne m’apprête pas à vous faire la morale. Rassurez-vous. Je suis loin d’être un as de l’engagement social. 

Mais cette année, je me suis impliquée plus que jamais dans des causes, dont celle de la Fondation pour l’enfance et la jeunesse. Disons que le président d’honneur n’a pas eu de difficulté à me convaincre... Psst, c’est le père de ma fille.

Je fais donc partie des quelque 20 ambassadeurs qui donnent du temps à cette organisation qui supporte financièrement les jeunes du Centre de protection de l’enfance et de la jeunesse (CPEJ) et des centres de réadaptation pour jeunes en difficultés d’adaptation (CRJDA) du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Saguenay-Lac-Saint-Jean. J’en veux encore à Gaétan Barette pour cette interminable appellation. 

Les jeunes desservis par le CPEJ (défunt centre jeunesse) ce n’est pas la clientèle chouchou du milieu caritatif. De plus en plus de gens, heureusement, s’impliquent pour eux. « L’avenir est la jeunesse », ont répété les criminalistes Bouchard, Boulianne et Cantin, l’an dernier, avant de monter le Kilimandjaro au profit de cette cause. 

Moi, mon implication est encore mineure. Je ne fais qu’amasser un peu de sous en vue de la Course pour l’enfance et la Jeunesse qui aura lieu le 12 mai à Chicoutimi. 

Monter une montagne, c’est plus difficile. Mais on est encore loin du don ultime.

Je pense aux quelque 232 familles d’accueil et 85 familles de proximité de la région qui offrent réconfort et soutien aux jeunes de moins de 18 ans. Des jeunes dans le besoin, qui vivent une situation compromettant leur sécurité ou leur développement. La menace peut venir de leur entourage, que ça soit par de la violence, des abus sexuels, de la négligence grave ou l’abandon. Mais elle peut venir aussi de leur propre comportement, par des fugues, de l’agressivité, des abus de drogues ou même des tentatives de suicide. Il y a autant d’histoires qu’il y a de jeunes.

Il y a deux ans, mon conjoint m’avait manifesté son désir de devenir un jour famille d’accueil. Je l’avoue, j’étais sous le choc. J’aime m’impliquer, mais on parle ici d’un autre niveau.

Deux personnes qui travaillent beaucoup, qui ont un style de vie moins traditionnel. Probablement qu’on ne serait pas parfaits pour accueillir un jeune dans le besoin. 

« C’est ce préjugé qu’on veut enlever », m’ont confirmé cette semaine les gens du CIUSSS. Pas obligé d’être un homme et une femme vivant dans un bungalow pour devenir famille d’accueil. J’avais cette image en tête. En fait, c’est la seule que je connais. C’était dans ce genre de foyer qu’un de mes amis au secondaire vivait. Le père travaillait à l’usine et la mère restait à la maison. Ils avaient trois ou quatre adolescents sous leur toit.

Est-ce que vous saviez qu’une carriériste seule, un couple homoparental ou un homme célibataire peuvent aussi accueillir des jeunes ? Moi, je l’ignorais.

Ça prend évidemment une bonne base, comme une stabilité financière, une bonne santé physique et psychologique et aucun antécédent judiciaire en lien avec les aptitudes et le comportement requis pour devenir une famille d’accueil. Le gros bon sens, hein ?

Le CIUSSS s’apprête d’ailleurs à lancer une campagne pour encourager les gens de toute sorte à ouvrir leur maison et leur coeur. L’objectif, recruter 50 nouveaux foyers pour la région. Pour la première fois, d’ailleurs, les travailleurs du Centre jeunesse seront invités à devenir famille d’accueil, chose qui dans le passé était inconcevable. Pourtant, ils sont bien placés pour voir les besoins et s’ils travaillent là, c’est qu’ils ont à coeur le développement des jeunes. 

Devenir famille d’accueil, ça, ça fait une différence. Une chance qu’il y a ces hommes et ces femmes qui donnent généreusement à la jeunesse. 

C’est rare qu’on finisse une chronique en remerciant des gens, mais j’y tiens. 

Vous contribuez à un meilleur Québec et j’espère qu’on vous le dit souvent.

D'une fille à l'autre

Courir pour nos jeunes

Lorsque le président d’honneur de la Course pour l’enfance et la jeunesse m’a demandé de faire partie des ambassadeurs qui accompagneront les adolescents du Centre jeunesse durant les semaines qui précèdent l’événement, je n’ai pas su dire non.

Il faut bien l’admettre, ce n’est pas nécessairement facile de s’impliquer. Et on a un peu tendance à se trouver une foule de « bonnes » raisons pour se défiler. 

« Je n’ai pas beaucoup de temps, je déménage bientôt » ou « Je travaille souvent au moment où je devrais être disponible », sont deux raisons qui m’ont traversé l’esprit avant de finalement dire oui. 

Je ne suis pourtant pas une grande sportive, mais ce sera la troisième fois que je participerai à cette course. C’est sûrement pour ça que le président d’honneur m’a sollicitée. Peut-être aussi parce qu’il sait que la cause de ces jeunes, trop souvent boudés et méprisés par monsieur et madame Tout-le-Monde, me touche. 

Cette année, les ambassadeurs sont invités à participer à un entraînement chaque jeudi soir, accompagnés des jeunes bénéficiaires du Centre jeunesse. Une belle gang d’ados qui ne l’ont probablement pas eu aussi facile que vous et moi dans leur enfance. Une belle gang d’ados qui se préparent à relever le défi de la course, qui se tiendra le 12 mai prochain. Ils ont donc quelques semaines devant eux pour se préparer. Et pour être en mesure de les suivre, ces p’tits jeunes-là, les ambassadeurs peuvent s’entraîner avec eux, un soir par semaine, tout en découvrant une nouvelle activité sportive. 

Je dois vous avouer que je craignais de manquer de temps pour m’impliquer comme il se doit. Je travaille souvent le jeudi soir, ce qui fait en sorte que je ne pourrai pas être de tous les entraînements. Les organisateurs m’ont rassurée, me disant que ce n’était pas grave et que je pourrais donner mon 100 % lorsque j’y serai. 

En participant à la soirée de boxe de jeudi dernier, j’ai su que j’avais bien fait de dire oui. Voir cette dizaine de jeunes, certains particulièrement ravis de sortir pour une activité d’initiation à la boxe, d’autres un peu moins emballés, m’a convaincue que prendre de son temps pour les autres peut faire une différence, même si elle est toute petite. C’est peut-être cliché de dire ça, mais c’est tellement vrai. 

En plus de faire connaissance avec quelques-uns de ces ados, j’ai appris que j’étais capable de faire 200 abdos. Qu’est-ce que j’aurais fait, ce soir-là, si je n’avais pas accepté ? J’aurais sans doute mangé des chips en écoutant Unité 9 en reprise. 

J’ai hâte de les voir, le jour J, lorsque le ados passeront le fil d’arrivée. Et j’aimerais ça vous y voir, aussi. Parce que c’est un peu ça notre rôle ; contaminer d’autres personnes pour qu’elles prennent aussi part à l’événement. 

Vous savez, ce n’est pas si difficile. C’est pas mal plus facile de courir quelques kilomètres que de faire face aux obstacles que surmontent ces ados, jour après jour.