D'une fille à l'autre

Les phénix de la politique

CHRONIQUE / Ça m’a fait bizarre d’apprendre qu’Alexandre Cloutier ne fera plus partie de notre paysage politique régional. Pas parce que je suis une grande admiratrice ni une électrice du député de Lac-Saint-Jean. En tant que journaliste, on n’a pas d’opinion politique, vous le savez très bien (insérer ici un peu de sarcasme). Et, de toute façon, je ne demeure pas dans sa circonscription. Ce n’est pas non plus parce que le monsieur n’est pas le plus laid des politiciens que la terre ait porté.

Si ça m’a fait un peu bizarre, c’est qu’Alexandre Cloutier était déjà député lorsque j’ai débuté ma carrière de journaliste en 2008. 

Je n’ai pourtant pas eu à le fréquenter régulièrement. En faisant une petite recherche dans les archives du journal, j’ai retrouvé 49 textes avec ma signature le concernant. En 10 ans, ce n’est pas un nombre exceptionnel. 

À titre comparatif, j’ai écrit 103 textes concernant son homologue de Jonquière, Sylvain Gaudreault, pour la même période de temps.

De plus en plus, ceux qui ont croisé ma route dès mes premières semaines au journal quittent maintenant le navire. 

On dirait que ça me donne un coup de vieux.

Certains ont pris leur retraite. Je pense notamment au relationniste de la Sûreté du Québec Jean Tremblay, à qui j’avais d’ailleurs consacré cette chronique il y a quelques semaines, pour le saluer. Je pense aussi à son homonyme, l’ex-maire de Saguenay. Je pense aussi à bien des conseillers municipaux, qui, on dirait, étaient déjà en poste au moment de ma naissance. Je pense aussi à l’évêque du Diocèse de Chicoutimi, Mgr André Rivest. Je l’ai tout de même interviewé une trentaine de fois au cours de ces dernières années. Je l’ai davantage côtoyé que tous mes oncles et toutes mes tantes réunis. 

C’est tout de même bizarre lorsqu’on y pense. Toutes ces personnes qu’on côtoie sur une base régulière dans le cadre de notre travail et qui, du jour au lendemain, n’y sont plus. Parce qu’Alexandre Cloutier, les deux Jean Tremblay, tous ces conseillers et Mgr André Rivest, je ne les fréquenterai sans doute plus jamais. Bon, peut-être que certains reviendront dans l’actualité sous une autre forme, mais s’ils ont décidé de se retirer à tout jamais, ma relation avec eux n’aura pas de suite. 

Ce ne sont pourtant pas des collègues, mais seulement des intervenants avec qui nous sommes appelés à discuter une fois de temps en temps. Je ne peux pas dire que je suis peinée de les voir partir. Mais, comme je le disais plus tôt, ça me donne un coup de vieux.

Et des gens qui quittent pour la retraite ou qui se lancent dans de nouveaux projets, il y en aura encore à la tonne. Je vais devoir m’habituer. 

Je ne serais toutefois pas étonnée de voir revenir certains d’entre eux, comme ce fut le cas avec des intervenants qui ont croisé ma route au début de ma carrière. Et certains nous marquent plus que d’autres. Je pense notamment au syndicaliste Marc Maltais, que nous avons appris à connaître dans le temps du lock-out à l’aluminerie d’Alma, il y a de ça plusieurs années déjà. Bien qu’il ne soit jamais vraiment disparu de l’actualité, il y est revenu en force il y a quelques mois lorsqu’il s’est présenté candidat bloquiste dans Lac-Saint-Jean. 

Même chose pour Michel Potvin, qui avait brigué la mairie de Saguenay en 2009. Peut-être qu’il ne s’en souvient pas, mais c’est moi qui avais annoncé son intention de faire face à Jean Tremblay à l’époque. J’avais eu de la misère à obtenir cette entrevue. J’étais allée cogner chez lui quelques fois avant qu’il accepte de me jaser. Si je m’en souviens si bien, c’est que cette entrevue a été le premier vrai scoop de ma carrière. Il n’avait pas été élu cette fois-là, mais voilà que l’homme est maintenant conseiller municipal.

Je ne serais donc pas étonnée de voir revenir Alexandre Cloutier sous une autre forme. Parce que plusieurs politiciens sont un peu comme les phénix. Ils finissent souvent par renaître de leurs cendres.

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Burnout météorologique

CHRONIQUE / On m’avait promis que j’aimerais l’hiver cette année. Tout le monde me disait que j’aurais du plaisir comme je n’en ai jamais eu.

C’est que j’ai changé ma voiture à l’automne. Je me suis offert une traction intégrale. 

«Tu vas voir, tu vas triper dans la neige», me promettait-on, chaque fois que je disais la marque de ma nouvelle voiture. 

Je dois bien admettre que je me sens plus en contrôle et que les routes enneigées me font moins craindre de prendre le clos. Mais de là à dire que j’apprécie notre hiver particulièrement rude cette année, non. 

D’ailleurs, je suis le genre de personne qui, règle générale, ne se plaint pas des intempéries hivernales. J’aime l’hiver et le froid ne me fait normalement pas trop pester. Et, habituellement, je souffre davantage de la chaleur que du froid. 

Mais cette année, on va s’entendre pour dire qu’on y goûte pas à peu près. Et, en plein mois de janvier, j’en ai déjà mon voyage. 

Même ma traction intégrale ne réussit pas à adoucir mon écoeurantite. Même mon super balai à neige télescopique me donne la migraine. 

En plus d’avoir chaussé ma voiture pour affronter nos hivers arides, je m’étais également bien chaussée pour continuer à courir dehors cet hiver. Je les adore, mes souliers de course à crampons, mais j’y suis allée une seule fois au cours du dernier mois, il faisait -38 avec le refroidissement éolien et ça m’a pris trois jours pour m’en remettre. Et que dire de l’état des trottoirs, qu’on doit littéralement enjamber ou éviter. Courir dans la rue en plein hiver, en longeant les trottoirs pour éviter les voitures, ne me plaît pas plus qu’il ne le faut. Ce ne sont pas tous les automobilistes qui ont la même courtoisie envers les joggeurs, surtout en hiver. 

J’avais aussi hâte d’essayer le ski avec mon chum cette année, j’avais hâte d’aller patiner et j’avais surtout hâte de lui faire découvrir la vallée des Fantômes sur les monts Valin. Mais le froid nous a fait trop peur et certaines stations de ski ont même dû fermer boutique durant la vague de froid arctique.

Je m’étais pourtant promis de ne jamais faire de chronique de chialage météorologique. Chialer contre dame Nature ne sert à rien. On n’a absolument aucun contrôle sur elle. Mais aujourd’hui, le temps était venu de briser cette promesse. Parce que même si ça ne sert à rien, ça fait parfois du bien de lui dire notre façon de penser, à madame météo. 

Avez-vous vu ces pauvres résidants de Saint-Bruno dont les maisons ont été ensevelies sous les rafales le week-end dernier? Je suis allée les voir lundi et ils pelletaient encore. Avez-vous vu ces citoyens de Matane-sur-Mer qui ont reçu en cadeau des blocs de glace sur leur terrain, gracieuseté du fleuve Saint-Laurent? 

Et dire qu’on est seulement à la mi-janvier. Le pire reste probablement à venir.

On dit que les sports extérieurs nous aident à apprécier nos hivers québécois. Cette année, je ne vois qu’une seule solution. L’hibernation.

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Des détecteurs, svp!

CHRONIQUE / Dimanche après-midi, 13h. Une alarme retentit dans la maison. Puis une deuxième. Pourtant, tout semble en ordre. Le poêle à bois chauffe comme à l’habitude. Il n’y a pas présence ni odeur de fumée, mais les détecteurs de monoxyde de carbone sonnent.

C’est ce qui m’est arrivé la semaine dernière. Quand la première alarme, celle du sous-sol, a sonné, je me suis dit «bon, une fausse alarme». Mais quand la deuxième, celle du rez-de-chaussée, s’est mise en marche, j’ai tout de suite contacté les pompiers, qui m’ont ordonné d’évacuer la maison sur-le-champ.

C’est quand on est confinés dehors, à -40 degrés Celsius ressentis, avec un enfant de quatre ans et les pompiers dans la maison, qu’on prend réellement conscience de l’importance d’avoir un détecteur de monoxyde de carbone (CO). Ce gaz chimique asphyxiant, qui se diffuse rapidement dans l’air, est très sournois. Il est comme l’oxygène, donc incolore, inodore, sans saveur et non irritant. Donc non détectable par les cinq sens. Je peux maintenant le confirmer. On se préparait pour une sieste et rien ne laisser présager qu’on se retrouverait dehors en si peu de temps par une journée si froide.

Les mesures prises par les pompiers ont confirmé la présence de CO dans la maison. La concentration était d’environ 40 parties par million (ppm). Selon des données fournies par le directeur du Service de sécurité incendie de Saint-Honoré, Yan Pelletier, aucun symptôme n’apparaît avec une telle concentration. Mais la donne peut rapidement changer. Avec 200 ppm, des maux de tête peuvent apparaître après deux ou trois heures d’exposition. Entre 350 et 600 ppm, des nausées s’ajoutent et un danger pour la vie peut apparaître au-delà de trois heures. Plus le nombre de ppm augmente, plus les symptômes sont graves. Entre 700 et 1000 ppm, une perte de conscience survient après deux heures, et ensuite la mort, tandis qu’entre 1600 et 10 000 ppm, il ne faut que quelques minutes pour perdre la vie. 

Les intoxications au monoxyde de carbone font trop souvent la manchette, particulièrement l’automne et l’hiver, quand les portes et les fenêtres sont fermées et qu’il n’y a pas de mouvement d’air. Selon les données du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Saguenay-Lac-Saint-Jean, publiées en décembre et rapportées par Le Quotidien, plus de 30 intoxications au monoxyde de carbone avaient été rapportées depuis le début de 2017. En 10 ans, 208 cas ont été répertoriés. En 2016-2017, dans la région, les véhicules à moteur, les appareils de chauffage, les appareils et outils à moteur, les réfrigérateurs au propane et les génératrices ont été les sources les plus répertoriées. Et dans 48 % des cas, le type de combustible responsable est l’essence. Le propane ou le gaz naturel est impliqué dans 24 % des cas et le bois dans 17 % des cas.

«Le monoxyde, c’est un produit de la combustion et tout ce qui brûle en produit», explique M. Pelletier. Dans le cas qui me concerne, c’est le poêle à bois qui est en cause. Les températures très froides, jumelées aux grands vents, ont eu pour effet d’entraîner une mauvaise combustion du bois, et ainsi la production de CO. Un conseil qui m’a été donné est de toujours laisser la clé ouverte, de sorte qu’on peut entendre l’air circuler par le poêle.

Selon M. Pelletier, les détecteurs de monoxyde de carbone pour les maisons sont souvent programmés pour donner l’alarme entre 8 et 11 ppm, ce qui est bien en dessous des premiers symptômes.

Il faut être prudent, puisque le CO a la même densité que l’oxygène (0,97 pour 1). Il atteint donc rapidement les zones respiratoires. Lorsqu’il est respiré, il pénètre dans le sang par les poumons et prend la place de l’oxygène. Les tissus et les organes qui dépendant de l’oxygène deviennent donc incapables de fonctionner correctement.

Entre le moment où j’ai appelé les pompiers et leur départ, il s’est écoulé un peu plus d’une heure. Le temps de mesurer la concentration de CO, d’aérer la maison et de s’assurer que le danger était éliminé. Une heure qui m’a permis de comprendre l’importance d’avoir un détecteur, même deux, pour prévenir les intoxications. Le danger était tout près de moi et je ne l’ai jamais vu venir. 

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Les irréductibles (et un peu vantards) Bleuets

CHRONIQUE / Chaque région du Québec a sa personnalité. Et chaque région a aussi sa réputation. Je me suis souvent demandé pour quelle raison le Saguenay-Lac-Saint-Jean ressortait souvent du lot, comparativement à la Mauricie ou l’Abitibi-Temiscamingue, par exemple. Je me disais que je devais m’en rendre davantage compte puisque je suis une Saguenéenne. Je me disais que j’entendais plus souvent parler de chez nous à l’échelle provinciale simplement parce que j’y prêtais davantage attention. Mais, plus je côtoie des gens de l’extérieur et plus je me demande si ce n’est pas parce que les Saguenéens et les Jeannois parlent plus fort que les autres qu’on les remarque davantage. Pour les bonnes, mais aussi pour les mauvaises raisons.

La semaine dernière, je signais un texte sur le fait que Saguenay était la 4e ville la plus «dangereuse» du Québec. Un ami a partagé ce texte sur les médias sociaux et certains internautes y allaient de commentaires peu reluisants sur notre municipalité, en particulier sur Jonquière, qui, selon la croyance populaire, est plus criminalisée que les autres arrondissements. Mais le commentaire qui m’a marqué était signé par un Montréalais. «Pour une fois qu’ils ne se vanteront pas d’être les meilleurs», écrivait un internaute, faisant sûrement référence à notre fierté de Bleuets. Je me suis un peu questionnée sur notre attitude à la suite de ce commentaire. J’ai donc demandé à mon chum, un Bas-Laurenticien qui a également vécu à Trois-Rivières et à Lévis et qui est installé à Saguenay depuis peu, si c’était vrai qu’on se «trouvait» meilleur que tout le monde. Sa réponse n’a pas tardé. Oui. 

Si, au départ, je me suis un peu sentie insultée, à bien y penser, je pense qu’il avait raison. À nous entendre, on a les meilleurs centres de ski, les plus belles plages, les plus beaux paysages, les habitants les plus sympathiques, les plus vastes territoires pour faire de la motoneige, les plus gros bleuets, les meilleurs mets traditionnels, les plus belles filles, les plus gros poissons. Ce n’est évidemment pas vrai que le Saguenay-Lac-Saint-Jean abrite les plus belles filles du Québec. Ce n’est pas vrai non plus que nos paysages sont plus beaux qu’ailleurs. Et il y a autant de belles places pour pêcher, faire de la motoneige ou du ski et se baigner ailleurs au Québec. Allez voir les baleines aux Escoumins, les couchers de soleil dans le Bas-du-Fleuve, allez rencontrer les sympathiques et accueillants Gaspésiens, allez chasser dans le Nord-du-Québec ou allez courtiser les demoiselles à Montréal et on s’en reparlera. 

La différence, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, c’est qu’on a peut-être plus de talents pour vanter notre coin de pays. Il me semble que chaque fois qu’un comédien originaire du Lac a la chance de parler de sa région natale dans une entrevue, il le fait. Chaque fois qu’on se présente à quelqu’un de l’extérieur en spécifiant qu’on est originaire du Saguenay, on se fait parler de l’ex-maire Jean Tremblay, de notre accent, des Là-Là, de la légende qu’il y a 10 filles pour un gars ou de nos bleuets. Je ne serais pas capable d’en faire autant avec quelqu’un qui vient de la Montérégie ou de la Côte-Nord. Je ne serais même pas capable de nommer un maire, un comédien ou une expression typique de l’Estrie. Encore moins un plat typiquement sherbrookois! 

Ça me fait penser que la semaine dernière, encore, le champion de l’octogone Georges Saint-Pierre publiait une photo sur sa page Facebook. «Ce soir, j’ai la chance de manger mon mets préféré bien de chez nous, de la tourtière!», écrivait-il. Son commentaire était accompagné d’une photo. Évidemment, Georges Saint-Pierre étant originaire de Saint-Isidore, dans la région de Chaudières-Appalaches, c’était du pâté à la viande qu’on voyait sur la photo. Il n’en fallait pas plus pour enflammer les Jeannois, qui sont pratiquement montés aux barricades, histoire de défendre leur mets typique. Pas moins de 440 commentaires ont déferlé sous la photo du combattant. Des Jeannois partageant des photos de «vraies» tourtières et d’autres leur répondant d’en revenir de leur satané plat traditionnel. «Tannant le monde du Lac avec leurs vraies tourtières lol get over it», répondait une internaute. Et s’en suivait une longue discussion sur l’art de la tourtière. 

Personnellement, même en tant que Saguenéenne, je m’en fous un peu, de la fausse ou de la vraie tourtière. Je ne suis même pas si fière que ça, lorsque je fais goûter ce plat aux touristes. Mais je le serais encore moins de leur offrir un simple pâté à la viande. Parce que c’est un peu comme si on servait un frite sauce en disant que c’est une poutine!

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Ados prudents, parents insouciants?

CHRONIQUE / Les ados d’aujourd’hui semblent plus tranquilles. Ça ne boit pas, ne fume pas, ne sort pas dans les discothèques avec de fausses cartes. Un vendredi typique de mon adolescence!

Je me souviens de ma première fois au bar du centre-ville. J’avais 14 ans. Même pas besoin de fausses pièces d’identité. On montrait notre carte de guichet ou une carte de points de pharmacie au portier. C’était un ami d’un ami, mais il devait quand même faire semblant de nous « carter » devant les caméras.

On partait parfois sur le pouce pour aller explorer d’autres villes. Comme cette fois où je suis allée à Québec avec mon amie pour aller voir mon chum jouer au basketball. Mes parents croyaient que je dormais chez une amie. J’étais une bonne menteuse faut croire. 

Mais la plupart des filles et garçons de mon âge sortaient ou prenaient un petit coup le vendredi soir. On allait trinquer à la marina, dans un boisé ou au «skate» parc. Pas dans un sous-sol avec une surveillance parentale.

J’ai passé le 25 décembre dernier avec un grand ado de 15 ans. Un beau jeune homme qui joue au hockey. Le genre de gars qui aurait été une petite vedette qui sort et qui cruise toutes les filles de mon école.

Je lui ai demandé ce qu’il faisait de ses soirées à son âge. Bof, pas grand-chose. Il ne sort pas et il n’a pas de blonde. Même pas besoin d’être ingénieux pour se trouver une place à dormir avec la fille de ses rêves. 

«Il est tranquille, je suis chanceuse », de dire sa mère.

Même chose pour mon ami qui a deux enfants qui viennent de terminer l’école secondaire. Oui je sais, mes amis sont plus vieux que moi. « Je suis sur le point de les forcer à sortir », me dit-il, voulant que ses enfants fassent des « erreurs » avant d’entamer leur vie d’adulte. 

La fille d’un autre ami est tellement calme et douce, il l’appelle la bonne soeur. J’exagère à peine!

Et c’est comme ça pour la plupart de mes amis qui ont des enfants adolescents. On dirait que les parents sont plus rebelles que leur progéniture. 

Les statistiques le prouvent d’ailleurs. Les ados d’aujourd’hui boivent moins que leurs prédécesseurs, selon l’Enquête québécoise sur le tabac, l’alcool, la drogue et le jeu chez les jeunes du secondaire, menée en 2013. La consommation d’alcool chez les ados baisse continuellement depuis au moins le début des années 2000. 

«Ils doivent prendre plus de drogue», vous vous dites. Bien non, ça aussi, ça attire moins les jeunes qu’avant. 

De 2000 à 2013, la consommation de marijuana est passée de 41 % à 23 % chez les ados, selon la même enquête. Encore plus étonnant, l’ecstasy, la cocaïne et les méthamphétamines ont aussi connu une baisse de popularité chez les jeunes. Bonne nouvelle! C’est bien la pire catégorie de drogues pour les parents, car elle est plus difficile à détecter qu’un joint ou douze bières.  

Mais il y a une ombre au tableau. La consommation de médicaments sans prescription a doublé, passant de 2 % à 4 % de 2008 à 2013. 

Ce n’est pas une majorité, mais il y a une tendance, alertent les experts. Et probablement que les chiffres ont changé depuis 2013. 

Ritalin, Valium, Librium, Oxycontin sont à surveiller. Mais les jeunes optent aussi pour plusieurs médicaments en vente libre pour s’intoxiquer, comme le sirop pour la toux. «Shooters» de Benylin pour tout le monde! 

Il n’y a pas un parent qui va chicaner son enfant parce qu’il trimbale une bouteille de sirop ou des Tylenol dans son sac à dos. «Mon jeune est prévoyant», vont-ils penser. 

Mais ces médicaments sont loin d’être inoffensifs. Le bureau du coroner du Québec a d’ailleurs mis en garde la population sur l’abus du sirop contre la toux et des médicaments en vente libre, à la suite de décès en 2012. 

En tout cas, si j’avais des ados, je surveillerais plus ma pharmacie que mon armoire à fort.

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Être ado à l’an 2000

CHRONIQUE / Les adolescents sont des créatures fascinantes. Mais lorsque je regarde ceux de mon entourage, je les trouve bien sages comparativement à ce que nous étions à leur âge.

Plus tôt cette semaine, mes bonnes amies et moi avions notre traditionnel souper de Noël. Au cours de la soirée, nous nous sommes remémoré nos «bons» souvenirs de jeunesse, puisque nous étions déjà très proches lorsqu’on étudiait au secondaire. Au fil de la discussion, je me suis rendu compte que nous étions un tantinet délinquantes.

Nous nous sommes surtout rappelé les fois où la gang de Lafontaine (la polyvalente où j’ai fait mon secondaire 1, 2 et 3) affrontait celle de Charles-Gravel, à Chicoutimi-Nord. Et lorsque j’utilise le verbe affronter, ce n’est pas vraiment une métaphore. Je vous jure, c’était une vraie guerre de gangs. Quelques fois dans l’année, des groupes d’une vingtaine de jeunes chacun se retrouvaient au terminus de Chicoutimi ou bien à Place du Royaume pour se battre. Non non, ce n’est pas une joke. Après l’école, les jeunes s’affrontaient pour je ne sais trop quelle raison. Les rappeux contre les pouilleux, qu’on disait. Et chacun voulait régler le cas de l’autre. Bon, rares étaient ceux qui en venaient vraiment aux poings, mais l’image état malgré tout assez frappante. Voir une quarantaine d’adolescents débarquer au centre commercial pour s’affronter devait être pour le moins inusité. Pourtant, à nos yeux d’adolescents, cette scène était tout simplement normale. 

Il me semble que je n’ai jamais vu ça, de nos jours, des gangs de jeunes se présenter au terminus ou au centre commercial dans le seul but de se sacrer une volée. Et lorsqu’on y pense, c’était assez ridicule merci. Mais c’est biologiquement prouvé que les ados vivent leurs émotions beaucoup plus intensément que les enfants et les adultes. Il est donc bien difficile, parfois, de comprendre leurs agissements. Et il faut dire que la plupart des adultes sont tout simplement amnésiques de cette période, qu’ils ont pourtant traversée comme tout le monde.

Quoi qu’il en soit, ce ne sont pas les ados de mon entourage qui feraient ce genre de choses. Et c’est évidemment une très bonne chose! 

C’est comme pour la cigarette. Mon amie Jessica se souvenait des cigarettes qu’elle devait fumer à répétition entre deux cours ou sur l’heure du midi pour pouvoir être comme tout le monde. «Je fumais une cigarette après l’autre pour être cool!», se rappelait-elle. 

De mon côté, je n’étais pas bien mieux, puisque je m’étais mise à fumer pour attirer l’attention d’un garçon qui me plaisait... et qui fumait. J’avais mal au coeur tellement je me forçais. Vraiment, nous étions un peu niaiseuses. 

Lorsque je regarde les jeunes qui m’entourent, j’ai l’impression qu’ils sont peut-être plus encadrés que nous l’étions à leur âge. Il n’y avait pas de cellulaire et ceux qui avaient des «padget», c’était plus pour vendre de la drogue que pour joindre leur mère ou leur père.  

Nos parents n’avaient donc pas vraiment le moyen de nous rejoindre comme ceux d’aujourd’hui peuvent le faire avec leur propre ado. On était donc libre comme l’air, une fois que nous avions quitté le domicile pour la soirée. J’étais encore plus gâtée, parce que mes parents étant divorcés, je partais de chez ma mère le vendredi soir en lui disant que p’pa viendrait me chercher chez mon amie le lendemain matin. J’avais donc une nuit de liberté qui m’attendait.

Et à mon époque, rares étaient les jeunes qui avaient leur propre voiture et il me semble que ce n’était pas tous les parents qui faisaient le taxi en soirée. Mes amies et moi, nous en avons fait, du pouce, pour nous rendre du point A au point B. Nous nous sommes souvenues également de toutes les fois où nous attendions à la sortie des dépanneurs pour qu’un adulte inconnu nous achète des cigarettes ou de la bière, parce qu’on n’avait pas l’âge pour le faire. Ou ces fois, aussi, où nous étions capables de nous faufiler dans les bars à l’aide de fausses cartes confectionnées à la maison. 

Je tiens à vous informer, ici, que mes parents n’étaient pas au fait de ces agissements. Et ce n’est pas parce que j’étais une ado laissée à elle-même que j’ai autant fait de mauvais coups. Mais peut-être qu’il était plus facile d’être une ado un peu rebelle il y a 15 ans. Et peut-être qu’il y avait un peu moins de réglementation qu’aujourd’hui. Et je n’ai jamais vu de policier venir nous avertir et nous chasser parce qu’on buvait un .18 litres de bière au parc ou qu’on flânait au terminus. 

Je n’étais pourtant pas la délinquante de l’école. Et je n’ai pas trop mal viré non plus. J’imagine que ces péripéties ont forgé ma personnalité. 

À bien y penser, peut-être que les jeunes d’aujourd’hui sont aussi rock’n’roll que je l’ai été à leur âge. Et qu’ils ont tout simplement autant de facilité que moi à ne pas se faire pincer par leurs parents.

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Bonne retraite, monsieur l’agent

CHRONIQUE / J’en ai glissé un mot, la semaine dernière.

Je vous ai un peu parlé de ces relations amour-haine que les journalistes entretiennent avec les intervenants qui croisent leur route. Les policiers sont sans doute en tête de liste de ces relations souvent tumultueuses, parfois explosives. Je ne vous le cacherai pas, les policiers me tapent parfois sur les nerfs. Et je leur tape sans doute encore plus sur les leurs la plupart du temps. Je les achale sûrement avec mes questions. Et je ne serais pas étonné d’apprendre que certains me traitent de fatigante dans mon dos. 

C’est que les journalistes sont des petites bêtes curieuses, qui espèrent toujours en savoir plus. Et les policiers ne sont souvent pas autorisés à nous souffler des informations au creux de l’oreille. Si je suis à la couverture d’un fait divers, par exemple, il est bien normal que je tente d’en apprendre davantage, afin d’informer les lecteurs. Et si un policier refuse de me parler, je vais essayer de trouver l’information d’une autre manière. Et le policier en question ne sera sans doute pas très content de voir que j’ai contourné le périmètre de sécurité. Mais, d’un autre côté, ces mêmes policiers ont parfois besoin de l’aide des journalistes, afin de faire avancer leur enquête, de partager les résultats de leur travail ou de diffuser un avis de recherche. On a besoin l’un de l’autre, mais en même temps, on ne s’envoie pas des cartes de vœux à Noël. C’est comme ça. Et le pire, c’est que ça n’a rien de personnel. Du moins, dans mon cas. Je sais qu’ils ont un travail à faire et je respecte ça. 

Cette semaine, je suis allée rencontrer le porte-parole de la Sûreté du Québec, Jean Tremblay, qui tirait sa révérence après 29 ans de loyaux services. Curieusement, ça m’a fait un pincement au cœur de devoir lui dire « bye ». Je lui ai même donné deux becs sur les joues, chose que je ne fais jamais, ou presque, dans le cadre de mon travail. Mais bon, il prenait sa retraite, alors j’avais le droit.  

Depuis que je suis au journal, donc depuis neuf ans, j’ai eu à discuter avec lui pratiquement chaque semaine. Sur chaque fait divers, c’est avec lui que je devais faire affaire. Il va sans dire qu’une relation de confiance devait être bâtie. Je devais apprivoiser le policier si je voulais en avoir un peu plus qu’un journaliste d’un autre média. Je pense qu’il avait fini par « bien m’aimer », même s’il a parfois été un peu choqué contre moi. Comme la fois où je l’avais cité sur quelque chose qu’il aurait préféré que je garde pour moi. Ou bien la fois où on avait publié des photos d’une opération policière captées un peu trop proche à son goût. Mais, ce que j’ignorais, c’est qu’il pouvait se faire taper sur les doigts par ses patrons le lendemain d’une publication. Mais bon, comme on dit, ça fait partie de la « game ».  

Lorsque je suis allée le voir, jeudi, il m’a dit que l’important, c’était de se respecter et de se comprendre. Il a avoué avoir bien ri avec certains journalistes, mais d’autres fois, certains lui ont aussi fait grincer des dents. 

J’espère faire partie de ces journalistes qui ne lui auront pas trop mené la vie dure. Mais bon, mon travail est de poser des questions alors que le sien était de répondre. Et je pense qu’on a réussi à ne pas trop se taper sur les nerfs.

Sur ce, je vous souhaite une bonne retraite, sergent.

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Quand une fille d’OD te donne une leçon

CHRONIQUE / Certaines personnes ne m’aiment pas. Je sais, c’est fou. Comment ne pas aimer de belles grosses joues avec des fossettes ?

Il y a toujours quelqu’un quelque part qui ne nous aime pas. Un ancien amoureux, un voisin ou un collègue jaloux. Même des inconnus peuvent nous détester.

Avouez que, vous aussi, vous êtes parfois comme ça. « Je n’aime pas sa face ». Plusieurs d’entre vous ont sûrement déjà dit ça. Que ça soit d’une personnalité publique ou d’un quidam.

Je l’admets, je suis coupable. Je l’ai déjà dit, il y a quelques années, après avoir vu une pancarte électorale. J’étais immature. Je ne connaissais pas l’histoire de ce candidat et je venais pourtant de le critiquer. Cette personne, que j’ai rencontrée plus tard dans ma vie professionnelle, m’a au contraire séduite. Il est devenu un ami. Depuis, j’essaye de ne plus juger quelqu’un sans le connaître. 

Parce que la plupart du temps, les préjugés tombent en discutant avec les gens. Je me souviens de ce collègue qui m’a détesté dès mon premier jour de travail. Une journaliste qui porte des talons hauts, c’était trop pour lui. Si j’avais mis des Crocs, j’aurais été plus rapidement acceptée. Mes vêtements venaient de bousculer ses repères. La mode et le travail intellectuel ne pouvaient cohabiter. Finalement, je n’étais pas si superficielle que ça, m’a-t-il avoué plus tard. Comme plusieurs, il avait perdu du temps avec une pensée négative.

Mais bon, on n’a pas le temps d’aller convaincre chaque personne de nous aimer. Alors qu’est-ce qu’on fait ? 

« Concentre-toi sur ce que tu contrôles ». Mon chum me répète ce leitmotiv chaque fois que je me plains. Il a raison, je sais. Mais ça semble toujours plus facile pour les hommes de se foutre des commentaires des autres, qu’ils viennent d’un collègue ou d’un inconnu sur les réseaux sociaux. Comme si le train des insultes passait plus rapidement sur les rails de leur indifférence. C’est bien dit, hein ? Évidemment, une fille en talons hauts ne pourrait pas inventer une si belle expression. Je l’ai volée !

Une qui a reçu son lot de commentaires haineux, c’est bien Joanie, une des participantes de la dernière édition d’Occupation double. La Saguenéenne de 25 ans a été peinturée comme la « méchante » ou « folle » de cette téléréalité québécoise. Les auditeurs ont vomi leur haine sur les réseaux sociaux, allant jusqu’à écrire des commentaires qui pourraient à mon avis faire l’objet de plainte officielle. 

Elle aurait pu être triste de voir tous ces propos à son sujet. Bien non ! Dans une entrevue accordée à Richard Courchesne, de Radio X, la jeune femme a montré une belle maturité. 

« Il y a tellement de “mean”, ça me fait rire », a candidement répondu Joanie, dans une belle joie de vivre.

« En fin de compte, les gens qui me donnent de la “hate” me donnent de “l’exposure”. Je n’en veux pas à personne. Ils ont beau dire qu’ils veulent me passer dessus avec un train, ça ne m’atteint pas. Ce n’est pas des personnes que je connais. Ils jugent sur ce qu’ils ont vu. Et ce qu’on montre à la télé, c’est plus intense aussi. Je suis capable de voir le “bigger picture”. » 

« Mais il y a eu aussi ben ben du “love” », a aussi nuancé Joanie, en parlant de la vague d’amour à son endroit. 

Elle voit le verre à moitié plein. Bravo ! Une attitude qu’on devrait tous avoir et qu’on n’aura pas le choix de développer pour survivre dans cette ère marquée par les réseaux sociaux. 

Ah, et pour son français, essayez de ne pas juger. Please.

D'une fille à l'autre

Chut! Elle est journaliste

CHRONIQUE / Chaque fois que je fais de nouvelles rencontres personnelles, mon métier intrigue.

— Qu’est-ce que tu fais, dans la vie ?

— Je suis journaliste.

— Oh, OK, on va faire attention à ce qu’on va dire !

Cet échange, je l’ai au moins eu 100 fois au cours de neuf dernières années. C’est normal, les journalistes sont des êtres mystérieux et l’image que monsieur et madame Tout-le-monde s’en font est souvent bien loin de la réalité.

Très souvent, on pense que les journalistes sont à la recherche, 24 heures sur 24, de l’histoire sensationnelle qui fera la Une et qu’ils seront prêts à tout pour la dénicher. Je vais vous dire un secret, ce n’est pas vraiment le cas. Oui, nous cherchons tous la nouvelle qui fera jaser et qui, bien entendu, informera la population sur tel ou tel sujet. Eh oui, la plupart d’entre nous avons un radar à nouvelles activé en permanence. Mais non, en général, on ne traque pas les sujets comme s’il s’agissait de nos prochaines victimes. Et si vous dites quelque chose à un ami qui est journaliste, ce ne sera sans doute pas écrit noir sur blanc dans les journaux le lendemain. Parce qu’on n’est pas des vautours à nouvelles, comme bien trop de gens le pensent.

« Écris pas ça dans le journal, toi », est une autre phrase que j’ai trop souvent entendue lorsque quelqu’un me racontait une banalité. 

Vous savez, les journalistes ne sont pas des magiciens qui transformeront une simple anecdote en manchettes. Et on ne peut pas écrire n’importe quoi quand bon nous semble, simplement parce qu’on a une tribune pour le faire. Il faut vérifier et revérifier une information avant de la publier, alors n’ayez pas peur si vous me racontez que votre voisin souffle sa neige sur votre terrain. Je n’en ferai certainement pas un reportage complet.

Mais je n’en veux pas à ceux et celles qui ne cernent pas bien notre métier. La culture populaire n’a pas su rendre justice aux journalistes, que ce soit par le biais du cinéma, de la télévision et même de la littérature. On les dépeigne souvent comme des justiciers de l’information se transformant en véritables enquêteurs criminels prêts à mettre leur vie en péril pour débusquer la vérité. Ou pire, on les dépeigne comme des rapaces ne cherchant qu’à être sous les projecteurs. 

Alors non, je ne peux pas en vouloir à ceux qui nous comprennent mal. 

Mais j’en veux parfois à ceux et celles qui comprennent très bien le jeu et qui l’utilisent à leur avantage. Je les appelle les « agaces-journalistes ». Ce sont souvent les politiciens, les avocats ou les entrepreneurs, qui nous chuchotent quelque chose à l’oreille en nous disant, après coup, qu’on n’a pas le droit de l’utiliser. Ils peuvent nous parler durant de longues minutes et, lorsqu’on croit avoir mis le doigt sur quelque chose de « big », ils nous préviennent qu’on ne peut rien en faire. C’est à ce moment qu’embarque une longue et parfois périlleuse campagne de séduction, afin de gagner la confiance de cette source bavarde, mais un peu trop peureuse. Des fois ça fonctionne, et d’autres fois non.

Mais j’en veux encore plus à ceux qui adorent nous utiliser et qui nous boudent ensuite si on ne fait pas précisément ce qu’ils auraient voulu. 

Les relationnistes d’une entreprise ou d’une organisation quelconque, par exemple, qui sont bien heureux de nous voir débarquer à leur conférence de presse plus ou moins intéressante, mais qui nous en veulent à la minute où nous travaillons un sujet plus délicat. Ils nous adorent lorsqu’on écrit sur leur campagne de financement ou leur nouveau projet, mais lorsqu’on a le malheur de faire éclater un scandale au sein de leur organisation, voilà qu’ils deviennent bien peu loquaces ou tout simplement introuvables.

Et même s’il existe plusieurs espèces de journalistes, s’il y a quelque chose qui nous définit, c’est bien le fait qu’on déteste être pris pour des valises.

Alors, pour faire une histoire courte, non, ce ne sont pas tous les journalistes qui sont prêts à mourir ou à sacrifier une amitié pour que leur histoire fasse manchette, mais il ne faut pas trop nous chercher ! 

D'une fille à l'autre

Des principes pas payants

CHRONIQUE / Tout le monde cherche le modèle d’affaires viable pour les médias écrits. Je l’ai trouvé.

Pour éviter les critiques, je mets même l’identité du journaliste. Je ne voudrais quand même pas me faire taxer de ne pas citer mes sources.

Chaque jour, j’offre une foule de nouveau contenu et, quand j’ai un peu de temps, je travaille sur des enquêtes plus poussées. Ça me prend un peu de sous pour démarrer mon site ou mon application et j’embauche deux personnes à plein temps pour vendre de la publicité.

Ça, c’est viable ! 

Devinez ! Ça existe déjà ! 

Alors que nos patrons payent une petite fortune pour faire travailler quelques dizaines de journalistes, d’autres sites reprennent sans scrupules les textes des médias traditionnels. Ben oui, on vit dans une ère de plateformes collaboratives et de partage des connaissances.

Je l’admets. Ça fait un velours de voir nos articles sur d’autres plateformes. Mes textes sur la motoneige ou les drones sont diffusés sur des sites spécialisés. 

Ça flatte mon ego.

Mais si j’étais le patron, celui qui met son argent dans l’entreprise, je serais en beau fusil. Les génies derrière certaines plateformes se frottent les mains. Plein de nouvelles à diffuser et même pas besoin de payer de journaliste. Un fou dans une poche !

Pour éviter les critiques, je mets même l’identité du journaliste. Je ne voudrais quand même pas me faire taxer de ne pas citer mes sources.

Chaque jour, j’offre une foule de nouveau contenu et, quand j’ai un peu de temps, je travaille sur des enquêtes plus poussées. Ça me prend un peu de sous pour démarrer mon site ou mon application et j’embauche deux personnes à plein temps pour vendre de la publicité.

Ça, c’est viable ! 

Devinez ! Ça existe déjà ! 

Alors que nos patrons payent une petite fortune pour faire travailler quelques dizaines de journalistes, d’autres sites reprennent sans scrupules les textes des médias traditionnels. Ben oui, on vit dans une ère de plateformes collaboratives et de partage des connaissances.

Je l’admets. Ça fait un velours de voir nos articles sur d’autres plateformes. Mes textes sur la motoneige ou les drones sont diffusés sur des sites spécialisés. 

Ça flatte mon ego.

Mais si j’étais le patron, celui qui met son argent dans l’entreprise, je serais en beau fusil. Les génies derrière certaines plateformes se frottent les mains. Plein de nouvelles à diffuser et même pas besoin de payer de journaliste. Un fou dans une poche !

Droit d’auteur bafoué

C’est comme ça dans les médias. On ne respecte pas vraiment le droit d’auteur sur les nouvelles. L’information appartient à tous. Ça sert l’intérêt public. Le hic, c’est que de beaux principes, ça ne paye pas les employés.

Pour se démarquer encore plus, les médias ont misé sur la nouvelle exclusive. Mais encore là, aussitôt qu’elle est publiée, n’importe qui peut la reprendre. Les gens n’ont pas besoin de payer un journal pour lire la nouvelle.

Alors qu’est-ce qu’on fait ? On ferme ? Il y a des régions qui n’ont pas de journaux qui rapportent quotidiennement de l’information. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean survivrait sans doute. Et comme plusieurs l’ont pensé cette semaine, lors de l’annonce d’un prêt de 10 millions $ à Groupe Capitales Médias, une industrie qui n’est pas capable de vivre d’elle-même ne mérite pas d’être sauvée.

C’est peut-être ça le problème. Voir l’information comme une industrie alors que c’est un secteur d’activités nécessaire au bon fonctionnement de la société. 

Peut-être que nos patrons devraient se diversifier. 

Les groupes médiatiques comme Bell ou Québecor peuvent compter sur la prospérité de leurs autres entreprises pour pallier aux temps difficiles. Des entreprises qui, ai-je besoin de le rappeler, ont déjà reçu de l’aide de l’État. 

Si j’étais Groupe Capitales Médias, j’investirais dans une firme de vérification. C’est payant par les temps qui courent...

Certains ont aussi laissé entendre que les journalistes de notre groupe seraient incapables de critiquer le gouvernement Couillard. Mes collègues seraient moins sévères envers les libéraux qui ont accepté de prêter de l’argent à nos patrons.

On ne peut pas empêcher les gens de penser, mais c’est mal connaître les journalistes. 

Plusieurs se nourrissent du malheur des politiciens. Si le premier ministre voulait éviter les critiques, il n’avait qu’à ne rien faire et espérer que Le Quotidien ferme avant le début de la prochaine campagne électorale. Parce que, pour la prochaine année, la région pourra compter sur une vingtaine de journalistes de plus pour remettre en doute et questionner les propositions et le bilan de Philippe Couillard. 

Parce que, même si les libéraux donnaient un million de dollars à chaque Québécois, les journalistes tenteraient quand même de les coincer en mêlée de presse. J’exagère à peine.