Du sens avec le non-sens

CHRONIQUE / Il n’est pas rare d’apprendre qu’à la suite d’un drame, des personnes essaient de donner un sens à un événement qui en soi, n’en a pas. Il y a quelques jours, par le biais de ce journal, nous apprenions que François Tremblay, un jeune père de famille éprouvé par une période difficile marquée par la maladie de son fils, dont la vie était menacée, a pris conscience de la grandeur du geste qu’est celui de donner du plasma. Donneur assidu de sang, puisqu’il le fait depuis dix ans, ce dernier s’est fait le porte-parole d’une cause qu’il a appris à connaître, invitant les gens à poser ce geste, parce que ce don peut sauver des vies.

Le 13 février 2016, les parents, le frère et la conjointe de Thierry LeRoux apprenaient que ce dernier, atteint par balles, était mort dans l’exercice de ses fonctions comme policier au Lac-Simon, une communauté autochtone en Abitibi. Après les funérailles, son père, encouragé et soutenu par son épouse et son fils, s’est impliqué pour que la mort de Thierry ne tombe pas dans l’oubli, en cherchant à lui donner un sens. C’est ainsi qu’avec des collègues et des amis de Thierry, une fondation a été créée afin de venir en aide à des jeunes de 4 à 25 ans de la MRC de La Vallée-de-l’Or et de la communauté Anishnabe de Lac-Simon, là où Thierry exerçait son métier. Depuis, Michel et Christine, les parents de Thierry, de même que Steffan, son frère, ne cessent de s’impliquer pour que cette fondation réalise sa mission.

On ne peut, non plus, passer sous silence le Grand défi Pierre Lavoie, qui a vu le jour en 1999, après le décès de deux ses enfants, emportés par la maladie de l’acidose lactique. Son but était de sensibiliser la population régionale à cette maladie et d’amasser des fonds pour la recherche. Et on connaît la suite.

L’impuissance
En regard avec ces trois exemples, nous prenons conscience que comme être humain, nous ne sommes pas à l’abri de l’épreuve, du malheur, de l’injustice, de la maladie, du deuil, des difficultés et des douleurs. Il nous arrive même, parfois, de nous sentir totalement impuissants. Si la recherche de sens ne va pas de soi, la personne qui s’y engage, peut arriver à donner un fondement à son existence, à y découvrir un sens cohérent. Nous enracinant dans l’événement vécu, nous cherchons souvent à interpréter ce que nous vivons, à en comprendre le sens. Si nous ne le faisons pas, il y a un risque de sombrer dans une profonde dépression. Il y a donc dans cette recherche de sens, l’expression d’une aspiration personnelle. Cette aspiration aux connotations parfois égoïstes, parce qu’elle permet à la personne qui vit un événement difficile de garder la tête hors de l’eau et un contact avec la vie elle-même, peut déboucher sur un acte altruiste.

Les parents de Thierry LeRoux, Michel et Christine Peeters, sont émus que Thierry soit honoré à jamais par son ancienne équipe.

Ce n’est pas l’événement en soi qui donne un sens, mais ce que nous en faisons. Et celui-ci peut devenir un moteur fort intéressant. C’est ce dont nous enseignent ces quelques exemples. Mais la recherche de sens ne va pas toujours aussi loin. Elle demeure parfois plus personnelle, plus humble et silencieuse, mais tout aussi précieuse.

Ajuster ses voiles
Il y a un dicton qui affirme que « personne ne peut diriger le vent, mais qu’on peut toujours apprendre à ajuster ses voiles ». La vie est en soi une aventure, dont les lendemains nous sont inconnus. Essayer de trouver un sens aux événements que nous vivons est une façon de trouver notre route, de nous réaliser comme être humain. Qu’aurait été notre vie si nous n’avions pas vécu telle ou telle épreuve ? Personne ne le sait.

Ainsi, trouver un sens à un événement permet de mieux comprendre la raison d’être de son chemin, d’avoir un regard différent sur la vie et sur le monde.

Avancer dans la vie, en ajustant ses voiles, c’est apprendre à faire confiance. Ce qui arrive peut avoir un sens. C’est d’ailleurs ce que ceux et celles qui ont fait preuve de résilience dans leur vie, malgré la tourmente, nous témoignent, chaque jour. Et cela aussi, il est bon d’en faire mémoire.

Jean Gagné,

prêtre