Katia Bissonnette revient de loin. Polytoxicomane et alcoolique, elle est venue à bout de ses dépendances pour devenir psychologue.

D’«irrécupérable» à doctorante

« Irrécupérable ». C’est le définitif qu’on donnait à Katia Bissonnette il y a dix ans. Polytoxicomane, décrocheuse et alcoolique durant 18 ans, la jeune femme a toutefois fait mentir les pronostics. Aujourd’hui psychologue doctorante, Katia Bissonnette a développé un outil pour prévenir le décrochage scolaire et offre des conférences sur son parcours parsemé d’embûches.

Katia Bissonnette est originaire de Sorel-Tracy. Il y a une dizaine d’années, rien ne laissait présager que la jeune femme aux cheveux orangés exercerait le métier de psychologue au Saguenay. C’est pourtant ce qu’elle fait depuis deux ans, tout en terminant son doctorat en psychologie. Mais son cheminement n’a rien de conventionnel.

« J’ai eu de graves problèmes de polytoxicomanie et surtout d’alcoolisme. Ça fait deux ans maintenant que je suis tout à fait sobre, mais c’est un combat que j’ai mené durant 18 ans », raconte Katia Bissonnette, lorsque rencontrée par Le Progrès, plus tôt cette semaine.

La jeune femme lance les conférences Orange, dédiées aux jeunes, mais aussi aux moins jeunes, aux prises avec des problèmes de dépendance et de décrochage. La psychologue doctorante a également développé un outil pour motiver les jeunes dans leur cheminement scolaire. Un outil qu’elle a testé il y a une dizaine d’années au Cégep de Sorel-Tracy et qu’elle a réédité récemment.

« Dans la rue »

Adolescente, Katia Bissonnette a vite succombé à la drogue et à l’alcool, alors qu’elle vivait beaucoup d’anxiété dans un foyer autoritaire. La performance, le stress et le désir de plaire ont assez pesé sur les épaules de la jeune femme pour qu’elle tente de mettre un baume sur sa souffrance.

Alcool, GHB, méthamphétamine, ecstasy, héroïne ; la jeune femme a pu terminer son secondaire de peine et de misère, mais elle a abandonné ses études collégiales. « Je me suis ramassée dans la rue plusieurs fois. À 20 ans, j’avais déjà échoué quatre thérapies pour me sortir de ça. Je retombais toujours. C’est surtout l’alcool qui me détruisait. J’ai aussi fait une tentative de suicide par overdose d’héroïne », se remémore-t-elle.

Katia Bissonnette parle de son parcours puisqu’elle ne veut plus vivre dans la honte de son passé. Ces photos avaient été prises alors qu’elle était dans un refuge pour itinérants.

« Je me souviens qu’à 21 ans, alors que j’étais au plus mal, on me disait que j’étais irrécupérable. J’étais seule et je vivais dans la rue à Montréal. À ce moment, je me suis fait une promesse. Je me suis dit que j’allais tout essayer pour m’en sortir. Je me suis même fait tatouer cette phrase sur la cuisse ! J’ai été hébergée quelque temps chez mes parents, mais je suis partie, car ça n’allait pas du tout. Je suis allée chez un ami, puis dans un refuge pour itinérants de Sorel », raconte-t-elle. À cette époque, Katia Bissonnette a arrêté la drogue et l’alcool, mais elle fera quelques rechutes au cours des années suivantes.

« Je suis restée un an et demi au refuge, pour terminer mon cégep. J’ai été énormément aidée, car habituellement, les gens peuvent y rester environ trois mois. Mais les intervenants voyaient que je voulais tellement m’en sortir et finir mes études », raconte Katia Bissonnette.

Le Saguenay salutaire

C’est d’ailleurs pour étudier que la jeune femme, aujourd’hui âgée de 31 ans, s’est installée à Saguenay. Malgré quelques rechutes, surtout en ce qui a trait à l’alcool, Katia Bissonnette a terminé son baccalauréat en psychologie à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). Elle s’est ensuite inscrite au doctorat, qu’elle est d’ailleurs en voie de l’obtenir. Elle exerce la psychologie depuis deux ans. Un anniversaire significatif pour elle, puisqu’elle a complètement mis un terme à sa consommation depuis ce temps.

« Ç’a été très difficile. J’ai eu à lutter contre mes dépendances et aussi contre les obsessions, lorsque j’arrêtais. C’est l’alcool qui a été le plus difficile. Mais je suis complètement sobre depuis deux ans. Je ne touche à rien, car si je bois une gorgée, j’en prends 1000. Je suis bien aujourd’hui et je n’ai plus à lutter contre les envies. J’apprécie ma vie, je suis stable, en couple, et je ne veux pas du tout retomber », a affirmé la psychologue doctorante, qui aime beaucoup intervenir auprès des adolescents.

D’ailleurs, elle réussit à créer des liens assez facilement avec eux. « Je les comprends et j’ai aussi les bons outils pour intervenir auprès d’eux. Les adolescents ne sont pas la clientèle favorite des psychologues, mais moi, je les adore ! », souligne Katia Bissonnette, pour qui le Saguenay a été salutaire.

« Reprendre sa vie à zéro, dans un nouvel environnement, avec de nouvelles personnes, ça me prenait ça. J’aime beaucoup mon nouveau milieu de vie », ajoute-t-elle.

Ne plus vivre dans la honte

Selon Katia Bissonnette, tout le monde a la capacité de se sortir des pires situations. « Il faut savourer chaque petite victoire. Si j’ai réussi à me rendre où je suis présentement, alors qu’on disait que j’étais irrécupérable, tout le monde peut le faire. C’est le sentiment de solitude qui est le plus difficile et c’est pourquoi il faut absolument aller chercher de l’aide », souligne-t-elle.

Si Katia Bissonnette accepte de parler de son parcours, c’est pour contrer les préjugés, encore bien tenaces pour les personnes aux prises avec des dépendances.

« Aujourd’hui, je n’ai plus à combattre. Et je ne veux plus vivre dans la honte de mon passé », note la jeune femme aux cheveux orangés.

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DES CONFÉRENCES ORANGE POUR PRÉVENIR LE DÉCROCHAGE

Les conférences Orange de Katia Bissonnette s’adressent autant aux étudiants du secondaire que du collégial. Cette idée est née lorsque Katia Bissonnette a créé un outil pour prévenir le décrochage. La jeune femme présente La Charte, un petit guide simple pour l’étudiant qui veut réussir. 

«J’ai écrit des conseils lorsque je voulais finir mon cégep et m’en sortir. Des conseils bien simples, mais qui m’ont beaucoup aidée et qui ont aidé des gens jusqu’à maintenant. Je l’avais même testé sur mon chum de l’époque, un vrai bum qui n’avait pas son secondaire un. Il s’est pris en main et a réussi à décrocher son diplôme en un an! J’étais pas mal fière de lui», a raconté Katia Bissonnette. 

«Chaque jour que je consacre à l’école, je dois prendre un moment pour me concentrer sur le positif et sur ce qui me motive à poursuivre cette démarche.» «Peu importe les défis qui se présenteront, je suis responsable des engagements que j’ai pris envers moi-même et les autres. Je dois persévérer et apprendre à tirer des leçons de mes expériences afin de ne pas refaire les mêmes erreurs.» Voilà deux exemples de conseils à lire dans le petit guide.

Et pourquoi des conférences Orange? «C’est une couleur qui inspire le dynamisme, le feu et l’énergie. C’est une couleur positive», note-t-elle. 

Pour plus de détails concernant les conférences de Katia Bissonnette, visitez sa page Facebook ou le www.conferenceorange.com.