Rien ne prédestinait les soeurs Vézina à choisir ce métier. Personne dans la famille ne pratiquait le métier.

Deux soeurs thanatologues unies dans la vie et par la mort

Au premier coup d’oeil, la certitude que Roxane et Carolane sont unies par un fort lien s’impose d’elle-même. Elles sont soeurs. La ressemblance physique est frappante. Et la chimie est indéniable, alors que l’une complète les phrases de l’autre, et vice-versa. Leurs similitudes se font sentir jusque dans leur métier; elles sont toutes les deux thanatologues.

Qu’est-ce qui a bien pu mener le duo à ce choix de carrière atypique ? Après tout, personne ne pratiquait le métier dans la famille. C’est la benjamine, Carolane, qui a pavé la voie de cette profession peu orthodoxe. Après avoir fait ses études secondaires à la polyvalente Jean-Dolbeau, elle a pris le chemin du Collège Rosemont de Montréal à seulement 16 ans. Roxane l’a ensuite rejointe.

« En cinquième secondaire, j’avais choisi le bloc sciences. Le métier rejoignait tout ce que j’aimais, la chimie, la physique et la psychologie. Je me suis informée sur la formation. Après avoir participé à une journée portes ouvertes au Collège Rosemont, je me suis lancée », raconte Carolane.

Après des études collégiales en arts au Cégep de Jonquière et une année de formation universitaire dans le même domaine, Roxane a pris, elle aussi, le chemin du Collège Rosemont. Encore aujourd’hui, la première portion de son parcours scolaire lui sert. Elle l’avoue : son métier revêt une certaine forme d’art.

Pour les deux femmes, le coup de coeur pour la profession ne s’est pas manifesté dès les premières semaines de formation scolaire. Carolane ne s’en cache pas: la première année était plus théorique et comprenait beaucoup de visites. « La première fois que j’ai assisté à un embaumement, je ne me sentais pas bien. J’ai dû m’asseoir. Je n’avais jamais vu autant de sang », ajoute Roxane. Les soeurs le confirment: il s’agit là de réaction tout à fait normale pour les étudiants.

Heureusement, le parcours scolaire permet de s’adapter et d’apprivoiser le métier. Au terme du programme Techniques de thanatologie du Collège Rosemont, le duo a eu l’opportunité de venir pratiquer dans la région. « Notre travail, en premier lieu, c’est de préserver le corps. C’est aussi de laisser une belle image à la famille afin qu’elle soit satisfaite et qu’elle puisse se recueillir », explique Roxane Vézina. « Les gens ne verront pas tous les détails. En revanche, si cela n’est pas fait, ce ne sera pas un portrait juste du défunt. Un décès, ça n’arrive qu’une seule fois. C’est comme un mariage ou un baptême, nous avons une seule chance de bien faire notre travail. Il faut que tout soit impeccable », ajoute Carolane Vézina.

Plus de femmes

Certes, l’image qu’on se fait des thanatologues est révolue. Fini l’époque où le croque-mort, comme on l’appelait, habitait le deuxième étage du salon funéraire et dédiait sa vie au métier. Comme c’est la norme, aujourd’hui, les professionnels sont à la recherche d’un équilibre entre le travail et la vie personnelle.

Les soeurs Vézina sont également la confirmation qu’il y a de plus en plus de femmes dans le métier. Rien ne les empêche d’y arriver alors que des techniques de travail permettent de pallier leur petit gabarit.

Questionnée quant au rapport de la population quant à son métier, Roxane est catégorique. « On ne le voit pas tel qu’il est et on ne le verra jamais tel qu’il est tant qu’on ne le fait pas. Il faut être fait pour cela. Après tout, nous en voyons de toutes les couleurs. »

+

VENT DE FRAÎCHEUR OBLIGATOIRE

Fin vingtaine et début trentaine, Carolane et Roxane Vézina déboulonnent, encore aujourd’hui, les mythes associés à la profession de thanatologue. 

Les deux soeurs oeuvrent pour deux entreprises du Lac-Saint-Jean. La première est employée par la Résidence funéraire Lac Saint-Jean; la seconde, par la Maison Marc Leclerc.

Même si elles partagent la même formation collégiale, les tâches reliées à leur emploi sont bien différentes. Oeuvrant à Alma, Carolane est appelée à toucher à différentes facettes de son métier autant en rencontrant les familles, en travaillant au laboratoire qu’en dirigeant des funérailles. De son côté, Roxane oeuvre dans le haut du Lac et travaille, la plupart du temps, en laboratoire. 

Méconnu d’une grande partie de la population, le métier de thanatologue n’a rien de reposant. Après tout, la mort n’a pas d’horaire. L’une travaille une fin de semaine sur deux; l’autre est en fonction 10 journées consécutives avant de profiter de quatre jours de congé. À cela, il faut ajouter le travail en soirée et les transports qui doivent être effectués la nuit. 

Même si elles sont confrontées à la mort, au quotidien, certaines histoires occupent plus longtemps leur esprit. Malgré les années d’expérience, certaines journées sont plus marquantes. Roxane ne s’en cache pas : les décès d’enfants et les suicides sont plus difficiles. « Je ne pense pas qu’un jour, on s’habitue à cela. Un suicide, c’est la personne qui a choisi de s’enlever la vie. Ce n’est pas une mort naturelle. Nous savons que la personne était en détresse », exprime-t-elle. 

Vivre avec les commentaires

Le métier est ainsi fait: il attire les curieux ainsi que les commentaires. 

Pour les éviter, les soeurs ne disent pas toujours dans quel domaine elles évoluent. Roxane raconte que les gens qu’elle croise ont, parfois, la fâcheuse manie de regarder ses mains. Un peu comme si elle portait encore des traces de son travail. Lasse de répondre aux questions et aux commentaires, elle se limite, parfois, à simplement mentionner qu’elle oeuvre dans le domaine de la santé. « Notre profession soulève un questionnement. Après tout, la mort reste un sujet tabou. Et nous sommes peu à pratiquer le métier », explique-t-elle. 

« Les gens pensent qu’on est toujours tristes, que j’arrive à la maison en me disant que la vie est tellement lourde », seconde Carolane, avant d’éclater de rire.

+

CÔTOYER LA MORT AU QUOTIDIEN

À travers leur métier, Carolane et Roxane Vézina côtoient la mort au quotidien. Un grand respect se dégage de ces femmes quant à leur profession, aux défunts et aux familles qu’elles rencontrent. 

Converser avec les soeurs Vézina, c’est discuter de tout, sauf de la mort. 

En choisissant cette profession, elles ont, en quelque sorte, accepté de rencontrer le deuil, la tristesse et la douleur des familles, et ce, de manière quotidienne. Heureusement, le métier se résume à beaucoup plus. 

Depuis sa formation collégiale en Techniques de thanatologie, Roxane Vézina a fait la paix avec la mort. « Notre métier nous démontre que la mort peut arriver à tout moment, à n’importe quel âge. On profite bien plus de la vie. Depuis que je travaille dans le domaine, j’ai moins peur de la mort. La peur que j’ai, c’est celle de la souffrance, de la maladie qui se passe avant », affirme-t-elle. 

Le son de cloche est fort différent chez sa soeur. La maman d’un petit garçon, qui attend un deuxième enfant, est maintenant habitée d’une crainte, celle de mourir et de laisser les autres. Elle confie que ce sentiment est né après la première grossesse. 

Prendre soin des gens 

Les soeurs Vézina résument leur travail simplement : prendre soin de la population, une dernière fois.

« Notre travail est respectueux. Il faut avoir cette conscience en choisissant le domaine, peu importe ce qu’on fait comme tâches. La personne, même si elle est décédée, c’est une personne. Tous les gestes et manoeuvres sont délicats », explique Roxane Vézina. 

Leur profession les amène à voir bien des traces de vie chez les défunts, dont certaines sont ignorées des proches. Elles se retrouvent devant les ravages de la maladie, les cicatrices et autres marques.

Pour elles, il s’agit d’un grand privilège. D’ailleurs, elles ont eu l’occasion de le faire pour leurs quatre grands-parents. Lors de ces moments uniques, elles ont eu à se soutenir l’une et l’autre. 

« On pourrait bien travailler ensemble au quotidien puisqu’on se complète bien. On s’occupe de tâches différentes. Lorsque j’étais trop émotive, Roxane a pris le relais. Et je m’occupais d’autres aspects », conclut Carolane Vézina.