Spiritualité

Des ténèbres à la lumière

CHRONIQUE / Nous sommes le 21 décembre : jour le plus court et nuit la plus longue. L’obscurité semble pour un instant prendre le dessus sur la lumière. Point culminant d’une période où la lune l’emporte peu à peu sur le soleil, cette journée est également l’annonce du retour éventuel d’un temps plus clément. Assez étrangement, ce phénomène climatique correspond parfaitement au mouvement de notre être qui, trop souvent, nous semble submergé par les ténèbres.

À chaque étape de la vie, l’existence nous met devant l’épreuve du désespoir. Parfois les mauvaises nouvelles s’accumulent. Elles prennent de plus en plus de place et, comme la nuit s’allonge jusqu’au solstice d’hiver, elles réussissent parfois à nous persuader que la joie ne reviendra jamais. Lorsqu’on se trouve dans ces situations, deux choses peuvent nous venir en aide.

D’abord, nous devons savoir que le poids de l’existence fait partie de la condition humaine. Nous y sommes tous soumis d’une manière ou d’une autre. Comme l’hiver est un passage obligé qui doit être préparé, les épreuves de la vie sont des obstacles qui doivent être surmontés. Or, comme notre plus grand allié contre l’hiver est souvent la patience consciente de la venue du printemps, de même les plus grandes souffrances ne requièrent souvent que l’attente confiante que les plus beaux jours sont à venir. La découverte de cette correspondance entre la nature extérieure et notre nature intérieure est libératrice.

Elle nous enlève le fardeau d’une fausse culpabilité selon laquelle nos souffrances ne seraient que le fruit de nos échecs. Comprendre que la souffrance est une condition essentielle pour notre développement humain et spirituel, voilà le mystère de cette journée. Lorsque nous sommes au bout du rouleau et que les ténèbres prennent une part de plus en plus grande dans notre existence, rappelons-nous qu’il s’agit là du signe que les temps plus cléments sont à venir.

Ne pas se satisfaire du cours des événements

En cette période de froid, il n’y a pas que la nature qui a quelque chose à nous dire. Nos aïeuls peuvent également nous parler par l’entremise de nos traditions ancestrales. Bien que la patience soit d’une grande utilité pour vaincre l’hiver, cela ne nous empêche pas de lui faire face, je dirais, de faire front. Nous savons que nous ne pouvons changer fondamentalement l’ordre des saisons, mais la nature ne nous mettrait pas au défi si nous avions pour mission de nous y résigner.

Le livre de la Genèse, que nous retrouvons dans la bible, est très éclairant de ce point de vue. De la même manière que Jacob sort transformé de son combat avec Dieu (Gn 32, 25-29), nous devons également faire face à la tragédie de l’existence : « Ton nom ne sera plus Jacob, mais Israël (c’est-à-dire : Dieu lutte), parce que tu as lutté avec Dieu et avec des hommes, et tu l’as emporté. » Nous ne devons pas nous satisfaire du cours des événements. La vie humaine est une lutte.

Nous ne devons pas considérer notre vie sous forme de statu quo existentiel. Nous ne pouvons ni nous contenter de ce que nous sommes, ni nous rabattre sur le confort du « Il n’y a rien qu’on puisse faire ». C’est l’un des sens profonds de notre tradition des décorations de Noël. Nous combattons ainsi l’obscurité grandissante de l’hiver en ne lui laissant pas le dernier mot. Cette habitude à répandre la lumière partout symbolise notre résilience collective.

Par notre défiance devant ce qui apparaît comme une nécessité, nous prenons volontairement « notre croix ». Ce n’est pas un hasard si cette « lutte » génère de la beauté. De cette beauté rayonnante de nos villes et villages transfigurés par la lumière submergeant la noirceur qui nous entoure. Comme Jacob devint Israël après sa lutte avec Dieu, notre monde sort embelli de ce refus obstiné de nous résigner à l’envahissement des ténèbres dans nos vies.

Prendre le temps de réfléchir

D’un côté comme de l’autre, et la nature, et nos traditions ancestrales nous exhortent ainsi : « Soyez, vous aussi des porteurs de lumière ». Alors que nous sommes sur le point de célébrer le Mystère de la Nativité, prenons quelques instants pour méditer les moments qui précédèrent la naissance de Jésus. Pensons spécialement à sa mère qui n’a jamais cessé de dire « oui » aux invitations de Dieu. Contemplons le courage et la force de volonté de celle qui n’a pas désespéré devant le déchaînement du Mal, devant la rage d’un monde enfermé dans le ressentiment et le mépris du Bien. Ainsi, faisant de la Vierge de Nazareth notre modèle, nous serons, malgré les obstacles, toujours habités de cette joie qui ne passe pas.

Francis Denis

Journaliste Télévision Sel et Lumière