Des bibites, des bibites

L’été 2018 va passer à l’histoire comme l’été le plus chaud jamais enregistré au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Depuis le temps qu’on parle du réchauffement climatique, nous en avons eu un aperçu au cours des trois derniers mois. Nous avons battu des records de chaleur à plusieurs reprises et nous avons même été l’endroit le plus chaud au Canada le 31 mai et le 2 juillet. Un été exceptionnel qui a fait réfléchir plusieurs personnes, sur notre avenir climatique en région.

Notre chroniqueur, professeur titulaire de la Chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et spécialiste des changements climatiques, Claude Villeneuve, a même mis en garde les partisans d’un amphithéâtre sportif au centre-ville de Chicoutimi des risques qu’il soit inondé d’ici 40 ou 50 ans en raison de la hausse du niveau des océans, qui monte de trois millimètres par année.

Il est où, le réchauffement ? Il est oÙ ?
Lors de nos hivers rigoureux et glacials, nous entendons souvent, en boutade, la phrase : « Il est où, le changement climatique ? » Nous avons tous hâte qu’il arrive, ironiquement, évidemment. L’épaisse couche de neige nous fait souvent dire des âneries, mais ça ne nous dérangerait pas d’échanger nos épinettes pour des palmiers et nos pommiers pour des orangers.

Mais plus sérieusement, on se pose beaucoup de questions concernant les impacts du réchauffement de la planète, notamment en ce qui concerne le comportement de la faune, comme l’arrivée de nouvelles espèces, de nouveaux poissons, de nouveaux oiseaux ou de nouveaux insectes.

Depuis 20 ans
On s’inquiète souvent de l’arrivée de nouvelles bibites dans notre environnement. « Ça fait au moins 20 ans que de nouveaux insectes ont commencé à migrer vers le nord et nos contrées », indique Robert Loiselle, entomologiste, professeur retraité de l’UQAC et consultant pour Desjardins Environnement.

« Il y a une quinzaine d’années, nous avons vu arriver le pélécine, un parasite qui pond ses oeufs dans les larves de hannetons, ces gros barbots enfouis sous terre. Ces insectes sont arrivés dans la région en raison de température plus douce, fait savoir le spécialiste. Les gens croyaient que c’était de grosses guêpes avec un long abdomen. »

« Il y a aussi la célèbre tique à pattes noires qui est apparue dans la région. L’acarien n’est pas encore capable de compléter son cycle de vie dans la région, mais il est fort probable qu’il puisse s’adapter dans un contexte de réchauffement climatique », soutient l’entomologiste.

Le scarabée japonais
« Le scarabée japonais, un insecte très nuisible qui s’attaque aux plantes ornementales, je l’ai observé à Niagara Falls, il y a 30 ans, et maintenant, on en observe dans le sud du Québec. Il y a de fortes chances qu’il s’adapte à notre climat régional avec le réchauffement des températures », allègue le spécialiste.

Robert Loiselle rappelle que l’on compte plus de 25 000 insectes au Québec, et certaines espèces ont une capacité à survivre à l’hiver. « Il y a deux possibilités pour que des insectes atteignent notre région : soit le climat est plus doux, soit ils s’adaptent en raison des changements climatiques. Le problème, c’est que les prédateurs ou les parasites de ces insectes ne migrent pas en même temps qu’eux », dit-il, en rappelant le cas de la coccinelle asiatique qu’on a introduite pour lutter contre les pucerons.

« Les prédateurs des coccinelles n’ont pas été introduits, alors nous sommes pris avec cette espèce qui passe l’hiver dans nos maisons », donne-t-il en exemple.

La punaise diabolique
« Plus récemment, la punaise marbrée a fait les manchettes. Jacques Brodeur, entomologiste à l’Institut de recherche en biologie végétale de l’Université de Montréal, a publié sur cet insecte qu’on surnomme la ‘‘punaise diabolique’’. Elle cause de grands dommages aux cultures aux États-Unis et elle se pointe le nez au Québec. Elle s’attaque à plusieurs espèces végétales, donc plus difficiles à cibler avec des insecticides », met en relief le spécialiste des insectes au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Les insectes sont beaucoup plus utiles que nuisibles en général. « Il y a cependant une période critique entre l’arrivée d’une nouvelle espèce et l’arrivée des prédateurs et parasites qui permettent de contrôler les populations. Enfin, les entomologistes veillent au grain et sont très actifs sur le terrain afin de trouver des solutions aux impacts des changements climatiques », rassure-t-il.