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Demander de l’aide, c’est fort!

CHRONIQUE / Nous sommes à une époque où les hommes se questionnent sur les rôles et comportements à adopter dans leur quotidien, ce qui leur cause bien des soucis au niveau des relations avec les autres, mais aussi avec eux-mêmes.

Nous n’osons pas nous exprimer sur nos sentiments réels de peur d’embêter les autres, par peur de déplaire ou parce que nous tentons de cacher notre monde émotif, et nous avons l’impression que les autres ne pourront pas comprendre. C’est une fausse perception. La demande d’aide exige la relation avec les autres. Cela se traduit par l’obligation d’entrer en contact de façon authentique avec ceux et celles qui nous entourent. On brise alors notre image, parfois idéalisée depuis trop longtemps. Il est impératif dans nos vies de savoir donner du sens à ce que nous faisons, mais aussi à ce que nous vivons et ressentons. La souffrance fait partie intégrante de l’aventure humaine. C’est notre compas émotif qui nous guide, s’assurant que l’on puisse trouver notre voie et grandir à travers nos épreuves. Chacune de nos émotions nous indique quelque chose. Il faut prendre le temps de les laisser s’installer en nous afin de prendre les décisions qui s’imposent. Il y a des passages obligés dans nos vies et plus on résiste, plus le message persiste.

Par contre, cette souffrance, si on la néglige et qu’elle perdure dans le temps, peut se transformer en détresse et puis, trop souvent, en crise suicidaire. Malheureusement, au Québec, la surreprésentation des hommes au niveau du suicide est réelle. Soixante-dix-huit pour cent des suicides sont faits par des hommes, une baisse de 2 % dans les dernières années, ce qui peut nous laisser croire que les hommes demandent plus d’aide et se mobilisent davantage lors de situations de crise. Cependant, le travail demeure entier et nous devons redoubler d’ardeur afin de pouvoir rendre la demande d’aide accessible chez les hommes.

Démystifier la demande d’aide de la part des hommes

Les hommes, en général, semblent moins préventifs au niveau de leur santé globale (physique et psychologique), et ont parfois plus de difficulté à s’ouvrir avec leurs proches, cherchant plutôt à régler leurs problèmes seuls. La demande d’aide se fait plus tardivement dans leur processus de réflexion, car ils perçoivent celle-ci comme un échec, ce qui occasionne trop souvent des crises situationnelles. La méconnaissance des services et du monde de la relation d’aide peut provoquer des résistances à cette demande. Il demeure toujours d’actualité de démystifier la demande d’aide auprès des hommes pour ainsi faire des pas vers une normalisation de l’expression de ses émotions, et ce, sans tabous. Ce n’est pas facile dans une société qui véhicule encore des clichés d’hommes « faits forts », de « princes charmants », de « performeurs » à tous les niveaux. Les organismes communautaires et le réseau de la santé tentent de s’adapter, tant bien que mal, à la réalité masculine et nous tous, comme grande famille humaine, on se doit de mieux connaître les hommes, mieux comprendre ce qu’ils vivent et quels sont leurs besoins. Un changement de culture s’impose. Faisons partie de ce mouvement en continuant à nous questionner et à adapter nos milieux de vie, afin de les accueillir comme ils le méritent.

Chaque personne a besoin d’être entendue

Il est grand temps, en 2019, de voir la santé mentale pour ce quelle est, c’est-à-dire une partie intégrante de qui nous sommes. Parler librement et ouvertement de nos craintes, de nos incertitudes et de nos travers. Pouvoir dire sans gêne et sans peur d’être jugé qu’on se sent triste ou dépassé par les évènements. Savoir nommer ce qui nous traverse le cœur ou la tête, et pouvoir échanger en toute confiance avec un ami ou un collègue pour ensemble voir les choses autrement. Le corps, l’esprit, l’âme et le cœur sont un tout plus grand que leurs parties. Les humains sont des êtres complexes et la vie est un voyage rempli de joie, de drames et de mille et une émotions. Les certitudes nous glissent entre les doigts. À l’instant même où l’on croit avoir compris quelque chose, le vent se lève et redessine le paysage. Une chose demeure, chaque personne, quelle qu’elle soit, a besoin d’être entendue, validée dans ce qu’elle vit et savoir qu’elle est importante pour quelqu’un.

Annie Laviolette

Centre de prévention du suicide 02

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