Marina Labbé et Florian Chachai ont quitté leur communauté pour s’installer en milieu urbain. Ils travaillent au Centre d’amitié autochtone.

De la communauté à la ville

Marina Labbé avait 18 ans lorsqu’elle a quitté sa petite communauté innue, située à proximité de Sept-Îles. En s’installant à Chicoutimi, elle voulait se donner une seconde chance, après avoir eu des problèmes de consommation. « Je suis arrivée ici avec mes deux bébés et deux sacs de poubelles remplis de mes objets personnels. J’ai découvert le Centre d’amitié autochtone un an plus tard. Ça m’a vraiment aidé à m’accomplir et à briser l’isolement », raconte la jeune mère, qui réside à Chicoutimi depuis maintenant huit ans.

« Je ne pouvais pas rester dans ma communauté. J’étais dans la consommation et je voulais me donner la chance d’avancer dans la vie. J’avais une cousine qui était à Chicoutimi. J’ai ramassé mes affaires et je suis partie avec mes enfants. Ça n’a pas été facile au début, car je ne connaissais personne sauf ma cousine. Mais j’ai tout de suite aimé ça, car il y a vraiment beaucoup de services de proximité. Mais quand j’ai découvert le Centre d’amitié autochtone, j’ai vraiment réussi à bien m’installer ici, à rencontrer des gens, à avoir du soutien », raconte Marina Labbé, qui est aujourd’hui maman de trois enfants. Depuis quelque temps, elle travaille comme cuisinière au centre et se fait une joie de servir les membres sur l’heure du midi.

Le centre est situé sur la rue Jacques-Cartier, à Chicoutimi.

Lors de la visite du Progrès, c’était jour de soupe et de bannique (recette de pain traditionnelle chez les Autochones), le tout complété d’un dessert concocté par Marina. Il y avait une vingtaine de membres venus pour dîner. L’ambiance était à la fête et les sourires étaient nombreux.

« C’est toujours comme ça ! C’est vraiment accueillant. On est comme une grande famille. Je n’avais rien, quand je suis arrivée ici. J’ai vécu de la discrimination, j’avais de la difficulté à me trouver un emploi. Le centre m’a offert du dépannage alimentaire. J’ai pu faire des activités et maintenant, je suis vraiment bien. Les gens du centre y sont pour quelque chose », a affirmé Marina Labbé.

Pour Florian Chachai, le Centre d’amitié autochtone a aussi joué un rôle positif lors de son arrivée à Chicoutimi. Le père de 10 enfants a quitté sa communauté d’Opitciwan pour aller travailler à Roberval, puis il s’est installé à Saguenay. « Il y a encore beaucoup de préjugés face aux Autochtones. Pour se trouver un logement, on le sent. Au téléphone, ça va, mais lorsque j’arrivais en personne, je voyais bien que ça ne fonctionnait plus. Ce n’est pas tout le monde, mais il y a encore de la discrimination », explique l’Atikamekw, qui oeuvre comme homme de maintenance au centre.

Sur l’heure du midi, les invités se réunissent pour partager un repas.

« Lorsqu’on arrive en milieu urbain, il faut parfois du soutien, et c’est ce que le centre m’a offert. Je me sentais toujours le bienvenu ici. On m’a aidé à remplir des demandes gouvernementales, à me trouver un logement, un emploi. Mes enfants ont aussi participé à des camps linguistiques. Ce que les gens du centre m’ont apporté m’a toujours fait chaud au coeur. Ils ne nous laissent jamais de côté », a affirmé Florian Chachai.

Des préjugés encore tenaces

S’il y a un préjugé qui reste bien présent à l’égard des Premières Nations, c’est bien celui des taxes.

« On dirait que les gens ne savent pas que lorsqu’on décide de vivre en milieu urbain, nous aussi, on paie des taxes. Ça reste le préjugé le plus ancré, je pense. C’est parfois de l’ignorance ou une absence d’ouverture d’esprit », souligne Marina Labbé.

« Vous savez, on est des humains. On a tous un coeur qui bat ! Et on est accueillants. J’invite d’ailleurs les gens à venir nous voir au centre. On serait tous très contents », a ajouté la jeune femme, secondée par son collègue Florian Chachai, qui vit avec la mère de ses enfants, dont sept sont encore mineurs.

L’intervenant Manuel Martin-Mercier et la coordonnatrice Josie-Ann Bonneau travaillent au Centre d’amitié autochtone.

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UNE FOULE DE SERVICES

Le Centre d’amitié autochtone a été créé il y a neuf ans, devant un besoin des membres des différentes communautés installés en milieu urbain. Au Saguenay, 6700 résidants ont une identité autochtone, incluant les Métis, et 50 personnes sont d’origine inuite. « Il y a eu une concertation et une étude des services dans les autres villes, afin de créer un lieu de rassemblement. Il y a encore du racisme face aux Premiers Peuples et il y a une perte de repères lorsque les Autochtones s’installent en milieu urbain », explique Josie-Ann Bonneau, coordonnatrice au Centre d’amitié autochtone. 

L’organisme, situé sur la rue Jacques-Cartier, à Chicoutimi, propose une foule d’activité. Construit sur quatre étages, le centre dispose d’une salle à manger, d’une cuisine, d’un salon, d’une salle commune, d’une clinique médicale, d’un centre de la petite enfance et de plusieurs bureaux. « Nous avons grandi au fil des ans. Aujourd’hui, nous avons une centaine de membres actifs, qui viennent régulièrement », explique de son côté l’intervenant Manuel Martin-Mercier. 

Le centre, qui est ouvert de 9 h à 16 h les lundis et mardis, de 9 h à 20 h les mercredis et jeudis, et de 9 h à midi le vendredi, réuni les membres des Premières Nations de Saguenay, dans le but de répondre à leurs besoins spécifiques. 

Ateliers linguistiques, interventions familiales, artisanats, repas communautaires, journées thématiques, formation sur les réalités des autochtones, groupe de soutien, atelier de sensibilisation à l’histoire autochtone, suivi en dépendance ; le centre essaie de répondre aux différentes demandes. « La mission du centre est vraiment d’améliorer les conditions de vie des Autochtones qui vivent en milieu urbain, et la réalité, c’est qu’il y en a de plus en plus. Nous travaillons aussi à la promotion de la culture et le rapprochement des peuples », souligne Josie-Ann Bonneau.

Par exemple, quelques jours avant la visite du Progrès, un atelier de fabrication de mocassins avait été proposé aux membres, de même qu’une discussion sur la violence conjugale. Les membres peuvent également suivre des cours de langue (innue et atikamekw), ou tout simplement se retrouver autour d’un bon repas. 

17 employés

Sur les 17 employés oeuvrant au centre, 75 % sont autochtones. « Je suis fière de mon équipe dynamique et qui travaille très fort pour le mieux-être de nos membres des Premières Nations vivant au Saguenay. Je suis une Atikamekw d’Opitciwan, et à mon arrivée en septembre 2017, nous n’étions que cinq employés », a ajouté la directrice générale du centre, Claudette Awashish.