Danser sur un nouvel air

CHRONIQUE / Il y a déjà plus de dix ans, le groupe Mes Aïeux sortait sa chanson Le déni de l’évidence. Il chantait ceci sur un air entraînant, rythmé par un tic-tac d’horloge : « Tout le monde le sait ce qu’il nous faudrait faire, mais pour l’instant/On danse la danse du déni de l’évidence/On danse la danse du déni de l’état d’urgence. »

L’état d’urgence, maintenant, nous connaissons cela ! Avec la COVID-19, nous avons appris combien il est important de prendre au sérieux les avertissements des spécialistes de la Santé publique, de prévoir, de planifier. Nous avons (re) découvert l’importance de toutes ces personnes – surtout des femmes – qui besognent pour nous, souvent pour des salaires trop modestes : préposées aux bénéficiaires, aide-infirmières et infirmières, préposées à l’entretien, caissières, etc.

Nous les tenions pour acquis, sans mesurer leur rôle essentiel. Nous avons négligé de nous soucier de leurs conditions de vie et de travail.

Les plus vulnérables de notre société, les personnes âgées ou fragiles sont les premières à en subir les conséquences.

D’autres oublis

Une menace encore plus grave nous pend au bout du nez, celle du bouleversement climatique, de la dégradation accélérée des écosystèmes et de la perte massive de biodiversité. Nous avons oublié que nous dépendions d’autres liens essentiels, avec la terre nourricière, avec les arbres qui filtrent notre air, avec l’eau des sources qui nous abreuve, avec les abeilles qui pollinisent nos arbres fruitiers et avec tant d’autres organismes vivants.

Les écosystèmes ne sont pas une ressource inépuisable à côté de nous ; comme êtres vivants, nous leur sommes intimement liés, pour le meilleur et pour le pire.

Tout est lié

Il y a cinq ans, le pape François publiait un texte majeur sur la « sauvegarde de la maison commune », Laudato si’ (Loué sois-tu). Il y faisait un bilan lucide de la situation, mais surtout, il posait un regard plein de tendresse sur toutes les créatures vivantes, dont nous faisons partie. Il lançait un vibrant appel à la conversion à une « écologie intégrale » fondée sur la conscience que oui, vraiment, nous sommes tous liés. Un même « prendre soin » doit englober les plus vulnérables de nos sociétés et la nature fragile.

Pour le cinquième anniversaire de son texte, le pape a lancé une semaine Laudato si’, laquelle se termine le dimanche 24 mai.

C’est un appel à tous à développer « un esprit de solidarité pour un avenir plus juste et plus durable ». Sur le site dédié à cette semaine (laudatosiweek.org/fr/prayer-fr/), on trouvera diverses propositions et ressources, dont une prière qui pourrait nous unir, à midi, dimanche.

Le pari de la résilience

De leur côté, les évêques du Québec ne sont pas en reste. Leur lettre du 1er mai à l’occasion de la Journée internationale des travailleurs et travailleuses est consacrée à la transition énergétique. Ils plaident pour une transition qui ne laisse personne derrière.

Ils appellent à « créer du neuf : des municipalités plus dynamiques et plus vertes ; des campagnes aux sols revitalisés […] ; des transports publics efficaces et abordables […] ; une économie moins dépendante des énergies polluantes et non renouvelables ; […] une société plus accueillante pour les personnes déplacées et plus inclusive des diverses contributions citoyennes ».

La crise de la COVID-19 montre bien qu’il est possible de nous mobiliser collectivement, et rapidement, quand nous en comprenons l’importance et l’urgence. Nous tous et toutes avons la responsabilité de dire et redire à nos dirigeants quel monde nous souhaitons pour nous et nos enfants. Notre engagement nous fera entrer dans une nouvelle danse, pas celle du déni de l’évidence, mais celle du pari de la résilience.

Anne-Marie Chapleau,

Institut de formation théologique et pastorale