Côtoyer la pauvreté dans la rue

CHRONIQUE / Chaque personne a sa propre définition ou sa propre opinion de la pauvreté, que ce soit selon ses connaissances, son jugement, ses valeurs ou ses préjugés. Dans le cadre de mon travail d’intervenant, de façon quotidienne, j’ai la chance de côtoyer des personnes dans la rue ou dans différents endroits et de partager une partie de leur vie. Dans ce contexte, vous me permettrez de vous partager la vision que j’ai de ces gens qui vivent avec des difficultés de façon journalière.

Se retrouver devant une personne

Comme travailleur de rue, peu importe le genre, la problématique, la religion, l’orientation sexuelle, le dossier criminel, le handicap ou encore la manière de manger son spaghetti, je me retrouve devant une personne. La mission de mon organisme est d’aider les personnes en les rejoignant dans leur milieu de vie. Nous assurons auprès d’elles une présence régulière et continue, en offrant un accompagnement personnalisé. Afin de réduire la marginalisation, nous leur proposons des actions à caractère informatif et préventif. Nos interventions sont basées sur des discussions d’égal à égal, reposant sur un lien de confiance qui s’affermit à force de les côtoyer. La pauvreté, l’itinérance et l’exclusion sociale sont des problématiques vécues par beaucoup de gens que je rencontre. Les causes sont multiples (santé mentale, santé physique, dépendance, etc.) et les situations vécues sont uniques et différentes.

J’ai la chance de pouvoir entendre les récits de vie de plusieurs personnes qui n’ont pas eu la vie facile dans leur existence. Chacune essaie, tant bien que mal, d’améliorer son sort. Il n’y a pas que du négatif à faire ressortir quand on parle de la pauvreté. Bien sûr, la situation n’est pas positive, mais il est intéressant d’être témoin de la force que ces personnes peuvent avoir et des nombreuses qualités qu’elles possèdent lorsqu’elles sont en « mode survie ». Elles sont résilientes, courageuses, souvent altruistes, et surtout, elles partagent un point commun avec chacun de nous, c’est-à-dire la quête du bonheur et le souhait de vivre en sécurité. Lorsqu’un individu est dans une situation de pauvreté et qu’il est en mode survie, cela implique une difficulté à se projeter dans le futur. Il recherche une solution rapide pour tenter de régler le problème. Il souffre également du manque d’estime de soi.

Il serait facile de dire que ces personnes n’ont qu’à se trouver un travail, pour s’en sortir, surtout dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre. Mais entre le vouloir et le pouvoir, la marche est parfois trop haute. Afin de pouvoir régler ses problèmes et parvenir à dénicher un travail, nous savons qu’il faut avoir des conditions gagnantes pour y arriver. En situation de pauvreté, ces conditions sont difficiles à atteindre.

En accompagnant des personnes aux prises avec des difficultés particulières, je suis témoin du potentiel qu’elles possèdent et de la débrouillardise qui les habite. J’ai beaucoup d’admiration pour chacune d’elle et je suis privilégié d’avoir établi un lien de confiance. Prendre le temps de discuter et de connaître leur vécu me permet d’en apprendre beaucoup plus sur elles et sur moi-même, et d’être ainsi une meilleure personne. Même dans la pauvreté, les gens ont une force intérieure impressionnante qui leur permet de continuer à s’accrocher à la vie.

Afin d’améliorer la situation de ces personnes dans notre société, je crois qu’il est important de faire partie de la solution en agissant différemment et être ouvert d’esprit. Il est facile de juger quelqu’un lorsqu’on ne voit que la surface, mais lorsqu’on prend le temps de le connaître, les jugements s’estompent, la situation qu’il vit devient ainsi plus compréhensible. C’est alors qu’il devient possible pour nous-mêmes, de faire notre part de manière positive. Il est important d’intervenir auprès de ces personnes afin de travailler avec la cause des problèmes et non avec les conséquences.

Aider son prochain n’est pas toujours une affaire monétaire. Lui sourire, être à l’écoute, être ouvert d’esprit et lui donner un peu de son temps, ce sont tous des petits gestes qui peuvent faire une différence dans sa journée et avoir un impact positif dans sa vie.

Dany Paré,

travailleur de rue