L’arrivée des colons de Charlevoix le 11 juin 1838 à La Baie des Ha! Ha! n’est pas une événement rassembleur pour les citoyens de la région, ça donne l’impression qu’on renie 150 ans d’histoire de commerce de fourrures avec les autochtones au poste de traite de Chicoutmi.

Corriger une erreur historique

CHRONIQUE / Je suis allé faire un tour à la fête du 180e de la colonisation du Saguenay au monument des 21 à la Baie le lundi 11 juin, date de l’arrivée de la compagnie des 21 dans la baie des Ha ! Ha ! . Je suis désolé, mais je ne me sens pas très interpellé par cette fête. La région a existé bien avant l’arrivée des 15 colons de Charlevoix. Je crois que Mgr Victor Tremblay a commis une erreur en favorisant 1838 comme année de fondation.

À mon avis, l’histoire moderne du Saguenay commence avec la construction de la première maison à Chicoutimi, la maison du commis sur le site du poste de traite, au confluent de la rivière Saguenay et de la rivière Chicoutimi, en 1671. Une rencontre avec des archéologues à l’été 2017 m’avait fait penser que la fondation de Chicoutimi arrivait avec le poste de traite en 1676, mais je crois que ça commence avec la construction de la première maison en 1671 à Chicoutimi.

Québec a fêté son 400e il y a dix ans, Montréal a fêté son 375e, je ne vois pas pourquoi Saguenay ne fêterait pas son 350e en 2021. Ça n’empêche pas l’arrondissement de la Baie de célébrer l’arrivée des colonisateurs de la Société des 21 en 1838, mais il faudrait corriger cette erreur historique de la fondation du Saguenay.

C’est au poste de traite de Chicoutimi qu’a commencé notre histoire régionale, ce poste de traite qui est le premier lieu de la route des fourrures, la première route commerciale entre le Saguenay et le lac Saint-Jean. C’est là que les Euro-Québécois on fait du commerce avec les autochtones, qui occupaient ce territoire depuis des milliers d’années.

Bonne idée pour Josée Néron
J’ai posé la question à la mairesse Josée Néron sur le perron de l’église Saint-Alexis, lundi dernier, et elle trouve que ce serait une bonne idée. « Ça pourrait être une occasion pour nous rapprocher des Premières Nations et célébrer la rencontre des deux peuples », a commenté la mairesse.

L’historien Carl Beaulieu, qui lancera son livre sur les 50 ans de l’Université du Québec à Chicoutimi vendredi, trouve également que c’est une bonne idée. « Avant de faire le commerce du bois, nous avons fait le commerce de la fourrure », fait-il remarquer. Laurent Thibeault, maire de Sainte-Rose-du-Nord et ancien directeur général de la Société historique du Saguenay, dit que « ça pourrait être une belle symbolique pour la région ».

L’historienne Russel-Aurore Bouchard est catégorique et soutient que « la fondation est bel et bien 1671, quand les propriétaires du monopole de la Traite de Tadoussac viennent construire une première maison à Chicoutimi. Par conséquent, je te donne totalement raison quand tu invoques 1671, comme la vraie date de la fondation historique ».

Nous avons d’ailleurs conservé de nombreux hydronymes autochtones pour désigner nos lacs et rivières avant que l’église débarque dans nos contrées pour donner des noms de saints à nos lacs, à nos rivières et à la majorité de nos villages.

La Pulperie a des projets
Le musée de la Pulperie a déjà engagé des démarches avec le ministère de la Culture pour célébrer le 350e anniversaire de fondation du poste de traite en 2021. « Ça fait des années qu’on met en valeur le site du poste de traite de Chicoutimi et des fouilles archéologiques se font régulièrement. En plus du 350e du poste de traite, nous allons célébrer le centenaire du bâtiment 1921 et de la Pulperie », a confié le directeur du musée régional et ancien président de l’arrondissement de Chicoutimi, Jacques Fortin. Ça pourrait être une belle occasion pour inaugurer la passerelle piétonnière du poste de traite que le président d’arrondissement avait proposé il y a deux ans.

Le député de Jonquière à l’Assemblée nationale, Sylvain Gaudreault, qui possède une formation en histoire, n’est pas contre cette proposition, mais dans l’esprit où l’un n’exclut pas l’autre, en parlant de l’arrivée des colons de Charlevoix qui sont venus ouvrir des scieries. Celles-ci ont été rachetées par William Price dès la deuxième année d’opération.

« Je dirais que 1671 représente la première occupation européenne et les échanges avec les autochtones, mais de façon non continue sur le territoire et dans le temps. L’arrivée des 21 en 1838 représente l’occupation du territoire et la colonisation de façon continue, une “volonté” collective d’ouvrir de nouveaux territoires d’établissement permanent, ce qui n’est pas le cas du poste de traite », nuance le féru d’histoire régionale.

L’historien Éric Tremblay dit que ça ferait un beau débat, mais qu’il a travaillé davantage sur l’époque de la colonisation et de l’arrivée de la Société des 21. « Ça dépend des points de vue, le poste de traite n’a pas connu une occupation permanente. Ça mérite d’être discuté », reconnaît-il.

L’histoire appartient à la population
À la Société historique du Saguenay, on refuse de se prononcer. « Nous avons en main toute la documentation nécessaire pour alimenter les discussions des historiens, des chercheurs et des élus politiques qui désirent en savoir plus sur notre histoire régionale. Il appartient à la population ou aux élus de choisir une date de fondation pour la région. Notre mission est de rendre disponibles et accessibles tous nos documents historiques », a commenté la directrice générale Joëlle Hardy.

Madame la mairesse, la balle est dans votre camp, c’est vous qui dirigez la ville. Vous avez l’occasion de corriger une erreur historique en revisitant la date de fondation de Saguenay, en associant les autochtones au développement de notre territoire. Ça n’empêche pas de continuer à célébrer, le 11 juin, l’arrivée des colons de Charlevoix encouragés par William Price pour construire des scieries, c’est un moment important de notre histoire, mais pas le début. J’ai l’impression qu’on a oublié 150 ans de notre histoire. Ce serait le temps d’expliquer à nos enfants qu’il se vivait des choses ici avant l’arrivée des associés de Wiliam Price.