Codes d'éthique pour parents de sportifs

Un père frustré donne un coup de pied dans une poubelle, une mère en colère engueule un arbitre, un enfant passe un mauvais quart d’heure sur la glace, injurié par l’un de ses parents. Ces scènes n’ont pas lieu dans un film, mais bien dans les estrades d’un match de hockey ou de baseball près de chez vous.

Certains parents de joueurs prennent les parties un peu trop à cœur. Si bien que les codes d’éthique leur étant destinés se sont multipliés dans les associations sportives depuis les années 90.

«Je comprends que mon enfant exerce un sport pour son plaisir et non pour le mien.» Voici la règle numéro un du code d’éthique pour les parents de l’Association de baseball Lévis-Centre (ABLC), élaboré par Patrick Tremblay.

Son titre d’emploi — vice-président discipline pour les Éclaireurs Chaudière-Etchemin (hockey) et l’ABLC — nous a d’abord intrigués. Son rôle? «Je suis le gardien des codes d’éthique», lance-t-il. Autrement dit, il voit au bon déroulement du sport en dehors du terrain.

Policier de formation, M. Tremblay a été témoin de plusieurs prises de bec entre des parents et des entraîneurs et entre des parents et leur jeune.

Le code d’éthique, que chaque parent doit signer en début de saison, lui sert de guide pour ses interventions. «C’est vraiment beaucoup plus facile d’avoir un point de départ avec les parents, explique-t-il. Un code d’éthique, c’est comme un contrat. Les parents paient l’inscription et l’organisation s’engage à fournir l’équipement, à payer les arbitres, à donner des terrains en bon état, etc. Mais, en contrepartie, les parents doivent respecter leur contrat.»

Celui des Éclaireurs stipule, entre autres, l’importance de «démontrer du respect envers les entraîneurs, les dirigeants, les officiels et officiels hors glace» et «d’avoir une bonne conduite et utiliser un langage approprié».

En poste depuis trois ans, Patrick Tremblay voit de 20 à 25 dossiers d’inconduite parentale atterrir sur son bureau chaque année, sur un total d’environ 800 parents. Du lot, deux ou trois sont assez graves. Parfois, un simple appel au fautif suffit à calmer le jeu. Mais dans des cas plus lourds, l’enfant peut être exclu de l’équipe ou le parent se faire interdire l’entrée à l’aréna. «Ultimement, faire partie d’une organisation sportive, c’est un privilège, ce n’est pas un droit», rappelle-t-il.

Un code parfois pris à la légère

Directeur technique à l’association de soccer Mistral Laurentien, Kevin Cossette s’appuie aussi sur un code d’éthique pour intervenir auprès des parents problématiques. Le soccer est moins propice aux débordements que le hockey, analyse-t-il, mais en raison du développement du sport — on compte 30 000 joueurs au Québec —, il s’avère utile. «Quand on présente le code d’éthique aux parents, ils ne nous prennent pas trop au sérieux, remarque-t-il. Mais pour nous, c’est très important. On est dans un sport où les problèmes sont souvent entre parents et officiels ou entre parents d’équipes adverses. De notre côté, on ne tolère pas les écarts et les gens sont avisés.» 

À l’instar de Patrick Tremblay, Kevin Cossette déplore que les parents croient avoir tous les droits parce qu’ils paient. «Ils ont l’impression d’avoir le pouvoir de tout décider, alors que ce n’est pas le cas.»

La notion d’éthique

Professeur d’éthique à la Faculté de philosophie de l’Université Laval, Luc Bégin sourcille devant l’interprétation des mots «codes d’éthique». Selon lui, l’éthique est une incitation à la réflexion sur les bonnes actions à adopter dans notre rapport aux autres. Elle se traduit, précise-t-il, en un énoncé des valeurs essentielles à une organisation, qui sert de guide pour trouver des solutions lorsque survient un problème. Les codes d’éthique, tels qu’on les voit souvent, sont davantage des codes de conduite, distingue-t-il. «Ils sont beaucoup moins axés sur les valeurs et la réflexion qui devraient guider nos actions, mais davantage sur les conduites à respecter.»

Pour le professeur, ils se situent à mi--chemin entre l’autonomie complète et totale des gens et la loi qui s’impose. Plus globalement, ils dénotent un problème de savoir-vivre. «Quand des gens sont obligés de se faire rappeler qu’ils doivent respecter les autres, qu’on s’attend à ce qu’ils aient une bonne collaboration avec les entraîneurs, qu’ils respectent l’arbitre parce qu’il fait son travail, que l’important c’est de participer... Être obligé de rappeler ça, c’est navrant.»

Un vieux problème

Navrant, mais nécessaire, semble-t-il, car le problème est bien réel, insiste Yvan Dallaire, directeur de la régie à Hockey Québec. «Ce n’est pas l’ensemble des parents qui se comportent mal, mais c’est toujours trop.» Les associations de patinage artistique, de natation, de ski de fond et de plusieurs autres disciplines ont tour à tour senti le besoin de se doter d’un tel code. 

Avant de conclure que les actes de débordement sont plus fréquents qu’avant, il y a un pas à ne pas franchir, croit cependant le professeur Bégin. «Ce n’est pas nouveau, mais c’est quelque chose qu’on laissait aller avant et qui était considéré comme normal. On peut se dire qu’aujourd’hui, on tolère moins ce qu’on a longtemps toléré.»

«Le problème des écarts de conduite des parents dans le sport n’est pas nouveau», renchérit la responsable des relations de presse au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MESS), Esther Chouinard, soulignant que plusieurs rapports gouvernementaux sur le hockey mineur au Canada (entre 1974 à 2001) mentionnent la pertinence d’intervenir à ce sujet. Le MESS a élaboré un code d’éthique pour les parents dans les années 1980 — il a été mis à jour en 2013 — parce que «le parent représente la figure d’autorité pour son enfant», explique Mme Chouinard. «Il assume l’éducation morale et sociale de son enfant et doit se montrer digne de cette responsabilité. Le parent doit agir à titre de modèle en adoptant une attitude positive et respectueuse en tout temps.»

L’arrivée des réseaux sociaux

Depuis 2010 environ, un nouveau joueur s’est invité dans le match : les réseaux sociaux. Facile, en effet, d’injurier quelqu’un sur Messenger lorsque celui-ci ne se trouve pas devant nous. Hockey Québec a d’ailleurs ajouté un paragraphe à son code d’éthique ciblant les réseaux sociaux : «Utiliser les réseaux sociaux, Internet et autres médias électroniques de façon éthique et respectueuse de mes collègues, entraîneurs et dirigeants, ne pas s’en servir pour provoquer l’adversaire ou un autre membre de Hockey Québec», y lit-on. 

Peut-on parler de parents sous surveillance? Sans aucun doute. Mais il ne faut pas oublier que les enfants sont grandement affectés par l’emportement de leurs parents, affirme M. Dallaire. Et qu’ils se retrouvent souvent punis par la bande. Même s’ils n’ont rien fait de mal...

Quelques exemples de codes d’éthique

Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur : goo.gl/R75gyh

Association de baseball Lévis-Centre : goo.gl/PZo3Tu

Hockey Québec : goo.gl/Xkyjrq