Sa jalousie devint encore plus envahissante à l'âge adulte, parce que son processus de socialisation et d'individualisation s'est avéré chaotique tout au long de son développement.

Cette maudite jalousie

SPIRITUALITÉ / Qui ne se souvient pas de cette chanson de Kevin Parent, « Maudite jalousie » ? « Cette maudite jalousie. D'où ça vient ? D'où c'est parti ? Je me sens comme une bombe. Comme un lion qui gronde. C'est fort, ça m'envahit ».
Il en a été ainsi pour Pierre-Luc. La jalousie le rendait malade. À 28 ans vint le jour rêvé où il fit la connaissance de Marie-Ève, l'amour de sa vie, disait-il. Sous son charme, il vécut de grands moments d'extase. Quel bonheur ! Il était prêt à lui faire pleinement confiance. Mais l'aiguillon de la jalousie et le manège du contrôle firent leurs apparitions, dès le moment où elle voulut avoir un peu plus de temps et d'espace pour elle-même. Il ne voulait pas la perdre, il fit donc le choix de demander de l'aide en thérapie.
« D'où ça vient ? D'où c'est parti ? »
Puisqu'elle concerne la structure identitaire de la personne, la jalousie ne peut se résorber que par un patient travail sur soi, une fois le problème reconnu et accepté. Pierre-Luc reprit patiemment le parcours de son histoire. Il découvrit que sa jalousie s'était installée subtilement et très tôt dans son enfance. Tout jeune déjà, il n'aimait pas partager ses jouets avec ses frères et soeurs dont il était l'aîné. Il ne voulait pas qu'on envahisse son territoire et qu'on se mêle trop de ses affaires. « J'étais plutôt querelleur et je rechignais à l'idée d'être privé de quoi que ce soit. Je me souviens que j'enviais facilement les autres du trop d'attention qu'on leur portait. Sans doute avais-je tellement peur de perdre mes privilèges et ma place ». 
Il a grandi ainsi avec un vague sentiment de méfiance et dans la pensée trop obsédante du « tout m'est dû » ou encore du « moi d'abord, les autres après ».
Sa jalousie devint encore plus envahissante à l'âge adulte, parce que son processus de socialisation et d'individualisation s'est avéré chaotique tout au long de son développement. « Je me voyais comme une personne spéciale, différente des autres. Je me faisais peu d'amis, je gardais mes distances et mes premiers amours ne duraient jamais très longtemps. Elles tournaient vite au vinaigre. Je souffrais du rejet en me disant que personne ne pouvait vraiment me comprendre, encore moins les femmes. Je me consolais rapidement en me disant que plus tard je rencontrerais celle qui prendrait tout mon coeur et ne m'abandonnerait plus. C'est dans cet état d'esprit que j'ai fait la rencontre de Marie-Ève. »
Pierre-Luc reconnut que sa jalousie a été ainsi le résultat d'une image auréolée de lui-même, construite en particulier autour d'un fort sentiment d'amour propre, alimenté dans la peur de ne pas être reconnu et apprécié mieux que les autres dans beaucoup de domaines et en particulier dans celui de la sexualité. Dans sa recherche d'adulation, il ne pouvait voir dans les autres que des rivaux à éclipser à tout prix. Il lui aura été difficile d'admettre que ses désirs fantasmés et obsessifs de rapports sexuels avec des femmes séduisantes l'amenaient à contrôler Marie-Ève, afin de lui éviter de succomber aux charmes de tous les séducteurs. Le moindre regard des hommes sur elle l'anéantissait.
« Une bombe... un lion qui gronde »
Les comportements jaloux sont incisifs, empreints de violence. Pierre-Luc avoue : « Je ne peux m'empêcher de contraindre ma partenaire à rendre des comptes. Je la manipule, je la harcèle, je l'agresse comme un inquisiteur sur le dos d'une présumée coupable. Je la veux pour moi tout seul et je veux l'entendre me dire qu'elle me trompe juste pour confirmer mes soupçons. J'en aurais été soulagé. C'est plus fort que moi tous ces scénarios de jalousie qui me hantent. J'en perds la raison. Le lieutenant Columbo en moi me fournit toutes les pistes pour la prendre en défaut. Quelle paranoïa absurde ! J'en rêve la nuit... Au secours ! »
« C'est fort, ça m'envahit »
Tout au long de son parcours en thérapie, Pierre-Luc souffrait énormément, autant dans ses dénis que dans ses aveux. Ses prises de conscience alimentaient sa honte et ses doutes. L'angoisse l'envahissait de devoir se montrer dans ses vulnérabilités. Il étouffait dans la prison mur-à-mur que son ego lui avait si bien construite. Ses mécanismes de contrôle continuaient à s'imposer malgré lui et n'avaient de cesse de le tourmenter et de cultiver son ressentiment. Il lui a fallu beaucoup de courage pour laisser émerger sa souffrance sans la fuir ou la faire porter par les autres.
Pierre-Luc a fait beaucoup de progrès. Il se dit toujours jaloux, mais prêt à continuer à fournir les efforts nécessaires pour s'en sortir. Quel chemin devra-t-il emprunter pour y arriver ? C'est à suivre... 
Michel Desbiens
Centre de développement personnel et conjugal
www.cdpec02.ca