Si on visite l’Islande pour ses glaciers, ses volcans et ses geysers, la carlingue abandonnée à Solheimasandur est une curiosité qui vaut le détour.

L'appel de l'inusité

CHRONIQUE / Il suffit de faire miroiter un endroit étrange, inaccessible, isolé, pour que je saute dans l’aventure. Montrez-moi une statue changeant de forme selon le moment de la journée, un arbre dix fois gros comme ça dans lequel on a aménagé une chambre à coucher ou l’épave centenaire d’un navire de guerre pour que ma curiosité soit piquée.

Y’en a qui voudront absolument sortir des sentiers battus. Se vanter d’avoir été le premier à avoir mangé du cochon d’Inde aux fourmis dans une tribu reculée de l’Amazonie. Se targuer d’avoir été le premier Blanc à coucher dans une yourte reculée de Mongolie. Pas moi!

Ce qui m’a poussé dans l’avion la première fois, c’étaient les images de la tour Eiffel, que j’avais vues à outrance. Les clichés de Venise qui ne me permettaient pas vraiment d’imaginer le son des vagues sous le pont Rialto ou le soleil se mêlant aux pigeons de la place Saint-Marc.

Avant, c’était au hasard des photos de Google que je tombais sur une curiosité que je cherchais aussitôt à intégrer à mon itinéraire. Aujourd’hui, Instagram édulcore jour après jour la surprise de nouveaux lieux originaux.

Quand l’Autriche s’est imposée en même temps qu’une virée en Bavière, j’ai pensé à Innsbruck, pour ses montagnes et son petit toit doré. J’ai pensé à Salzbourg, ville de naissance de Mozart et plateau de tournage pour La mélodie du bonheur. Google m’a plutôt montré un « rocher » sculpté en forme de tête humaine. Le visage crache une chute d’eau vers un petit bassin artificiel.

Voulais voir.

Là, c’est Wattens, dans le Tyrol. Pas très loin d’Innsbruck d’ailleurs. Rien qu’à voir, on comprend que ledit « rocher » n’est pas tout à fait naturel. Pas grave. J’ignorais pourquoi ou comment il s’était retrouvé là, mais j’avais cette envie de m’en approcher.

L’endroit en question, Les mondes de cristal Swarovski, est une espèce de musée-boutique conçu par l’artiste multimédia André Heller pour les cent ans de Swarovksi, qui donne justement dans l’univers du cristal.

La sculpture paraît encore moins naturelle quand on s’en approche. Comme dans bien des cas, l’insolite nous remet à notre place en nous sommant d’être un brin réaliste. L’exposition à l’intérieur, bien qu’elle ne soit pas incontournable, propose une bonne dose d’étrangeté. Des animations surréalistes rappelant un tantinet l’univers de Dali mettent le cerveau au défi de tout comprendre. J’en suis ressorti un brin déçu.

Les mondes des cristal Swarovki, à Wattens en Autriche.

Dans un registre complètement différent, j’ai tout fait pour prendre le temps qu’il fallait à Solheimasandur, en Islande. Pas très loin de Vik, au sud du pays, se trouve l’épave d’un avion s’étant écrasé en 1973. Sur une plage de sable noir, l’épave gît abandonnée, seule au milieu de nulle part.

L’avion de la marine américaine, à court d’essence, s’est écrasé sans faire de victime. La coquille de l’appareil demeure dans un très bon état et constitue aujourd’hui un paradis pour les photographes.

Le défi demeure de trouver l’endroit exact de l’écrasement. Quand on roule sur la route circulaire, la route 1, aucun panneau ne nous indiquera où arrêter. Avec quelques recherches en amont et un brin de perspicacité (un stationnement de fortune a été aménagé en bordure de route), on finit par s’immobiliser au bon endroit. Mais l’avion n’est pas visible de la route et il est interdit de s’en approcher en voiture. On enfile le coupe-vent et se lance en randonnée.

La plage de sable noir s’étend, uniforme, jusqu’à l’horizon. Et même au-delà. Du sable, du sable, et du sable à perte de vue. Et du vent. Du vent qui souffle tellement fort qu’on peut le voir. Du vent qui nous fouette à défaut de pouvoir nous écorner.

Il faut une heure environ pour atteindre le site de l’épave, à pied. Le décor lunaire, près de l’océan, semble tout droit sorti d’un film de science-fiction. La curiosité l’emporte : ce n’est pas tous les jours qu’on peut accéder au site de l’écrasement d’un avion.

Quand vient le temps de rentrer s’amorce une autre heure de combat contre le vent et l’horizon qui s’éloigne à chaque pas. En tout et partout, on y aura passé une bonne demi-journée.

Enfin, au Rwanda, c’est un spa naturel qui a attiré mon attention à Gisenyi, au bord du lac Kivu et à un jet de pierre de la frontière avec le Congo. Sur la plage, les propriétaires de bateaux proposent des promenades sur le lac Kivu en retour d’une rétribution. La plupart offrent un arrêt dans le secteur de Nyamyumba. « Nice spa », qu’ils disent.

Il s’agit en fait de flaques d’eau chaude contenues par des sacs de sable. Les villageois accourent en nous voyant arriver et suggèrent de nous ensevelir les pieds de sable chaud ou de nous faire un massage improvisé.

Pendant que les uns courent les tout inclus du Mexique pour relaxer dans des spas luxueux, d’autres se retrouvent dans un environnement bien différent, pour le folklore, où une simple tente sert de cabine pour se changer.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com.