La plus grosse horloge coucou du monde est située à Triberg en Allemagne.

Fable de la Forêt-Noire

CHRONIQUE / La Fôret-Noire. Première chose qui me vient en tête : le gâteau. La seconde : une région d’Allemagne avec ses maisons à colombages et ses horloges coucou, incontournable, semble-t-il, pour la beauté de ses paysages.

Ainsi ai-je donc établi qu’il me fallait absolument y faire une incursion, et autrement qu’en séjournant simplement dans une des grandes villes qui animent la région. Fribourg-en-Brisgau, par exemple, paraissait comme un ancrage naturel. Au sud-ouest de l’Allemagne, la ville universitaire de plus de 220 000 habitants nous rapproche de la Suisse sans nous éloigner de la France. Elle partage d’ailleurs un aéroport avec Mulhouse et Bâle.

Et de Strasbourg, où j’avais exploré pendant deux jours, j’aspirais à me rapprocher de la Suisse, si bien que j’ai dû renoncer à Baden-Baden, dont le nom, à lui seul, a de quoi fasciner.

C’est bien sûr la voiture qui permet avec la plus grande liberté de s’aventurer en forêt. À la lumière de quelques recherches en ligne, un itinéraire approximatif avait été tracé dans l’espoir d’aboutir dans des villages typiques.

Premier constat : de la route dite panoramique, ou du moins, de celle la plus empruntée, la 500, selon les sites internet consultés, on ne voit pas grand-chose. La forêt cache la forêt. Même des belvédères indiqués sur mon GPS, la vue était largement obstruée par des arbres en bordure de route. C’est bien, les arbres, mais largement moins enchanteur que les paysages de crêtes et de fermettes que j’imaginais.

Il reste qu’on peut s’éloigner des grandes routes et aboutir par exemple à Sasbachwalden, dont le nom est probablement plus facile à écrire qu’à prononcer. Ici, les occasions de randonnées sont nombreuses, en plus de la sainte paix, qui transpire de chaque coin de rue. Sur la route principale, qui traverse le village, on croise surtout des touristes, par paquets de deux, trois, ou quatre, et on traverse l’agglomération de 2500 âmes en 15 ou 20 minutes à pied.

On pourrait y louer une chambre et se perdre dans la lenteur du sablier pendant des jours qui paraîtraient des semaines. Après la panique des premières minutes de ne pas se sentir à la course, de n’avoir nulle part d’autre où être, le calme apaise. Et pour les taquins, on s’amuse de la borne-fontaine peinte à l’effigie de Freddy Mercury. 

Encore un peu loin de l’autoroute, on peut grimper les lacets de la montagne et, pour une fois, s’offrir une vue plongeante sur les toits de tuiles brunâtres ou rougeâtres. 

Pour les plus pressés, Schiltach, Triberg et Titisee sont semble-t-il d’excellentes haltes le long de la route. La première figurait à mon itinéraire. Là aussi, on se sent loin du temps qui court après sa queue pour faire entrer 24 h dans une journée. Même en ne courant pas, on arrive à l’explorer en moins d’une heure. Les maisons y sont regroupées et les deux minuscules rivières traversant le village donnent de quoi s’arrêter un brin. 

Il y a bien un musée pour les férus d’histoire, mais on peut très bien se contenter de s’émerveiller en flânant dans les rues désertes. 

Las de flâner et de me traîner les pieds en me cassant le cou pour admirer de vieilles façades, j’ai mis le cap sur Gutach pour le parc d’attractions Sommerrodelbahn, où on peut dévaler la montagne en luge d’été dans un bolide sur rail. On peut acheter les descentes à l’unité ou en paquet de six pour partager.

Pour un arrêt (mini) adrénaline, Gutach est tout indiqué. La piste est relativement courte et elle permet d’atteindre des pointes un peu sous les 40 km/h. Encore faudra-t-il que le chauffeur de luge devant vous n’ait pas une affection exagérée pour ses freins. Le temps d’attente, en bas de piste, peut aussi s’étirer selon l’achalandage. Une descente ne suffira certainement pas à faire monter significativement le niveau d’adrénaline, mais après deux ou trois remontées, il est fort probable qu’on se lassera de la redondance du parcours.

Pour les Lewis Hamilton en herbe, un écran, au bas de la piste, révèle les pointes de vitesse des bolides lors de la dernière descente. 

L’ironie, quand on parle d’arrêter le temps dans les villages de la Forêt-Noire, c’est justement d’en manquer, du temps, pour la visite de la plus grosse horloge coucou du monde, à Triberg. Je m’y suis pointé alors que le coucou ne se pointait plus, lui, puisqu’on l’avait rangé pour la nuit.

Cette énorme horloge, en vérité, fait moins écarquiller les yeux que la maison aux 1000 horloges, Haus der 100 Uhren, dont la façade agit un peu à la manière d’une horloge coucou. À l’intérieur, si vous êtes pris d’un trouble obsessif compulsif vous intimant de programmer toutes les horloges à la même heure, vous deviendrez complètement zinzin. Tout un chacun s’amuse à presser les heures de se présenter pour voir quel genre d’animation marquera le passage d’une autre tranche de 60 minutes. 

Si votre budget le permet, peut-être pourrez-vous même vous procurer la très exclusive horloge à 23 000 euros, sertie de diamants et sculptée à la main.

À bien y penser, une seule journée pour parcourir la Forêt-Noire, c’est court, surtout quand tout, sauf peut-être les luges d’été, nous incite à ralentir.