Une araignée géante accueille les visiteurs du complexe Roppongi Hills, au pied de la tour Mori, à Tokyo.

Changer le visage de Tokyo

CHRONIQUE / Quand j’ai demandé conseil à des amis adeptes du Japon pour connaître les meilleurs quartiers où flâner à Tokyo, je n’ai pas obtenu de réponse claire. Tokyo change trop, tout le temps. À la lumière de cette déclaration, je devais me débrouiller.

Tokyo change beaucoup, oui, si on en croit le directeur principal aux relations publiques de la Mori Building Co., Masa Yamamoto. Selon lui, c’est 3 % de la ville qui est détruite, chaque année, pour des projets de reconstruction.

La Mori Building Co., fondée par Minoru Mori, a somme toute métamorphosé le visage du district de Minato, où se trouve le complexe Roppongi Hills, dominé d’une tour de 53 étages. J’ai pu visiter ses bureaux, quelque part en altitude, en m’arrêtant dans un local où se trouvent des maquettes à l’échelle de Tokyo, New York et Shanghai.

« Nous voulons donner une cure de rajeunissement à Tokyo pour qu’elle puisse se mesurer à d’autres grandes villes comme New York, Londres, Paris et Shanghai. Pour y arriver, nous devons changer le mode de vie de la population en transformant les infrastructures. Nous visons une plus grande efficacité dans le mode de vie », explique M. Yamamoto.

Les maquettes permettent entre autres de se comparer, de voir ce qu’il manque à Tokyo pour surpasser les autres villes d’importance. « Nous avons mesuré les façons de faire de 44 villes majeures, dont Boston et Toronto, pour voir les forces et les faiblesses de chacune. Une ville attirante est une ville qui peut répondre aux différents besoins de sa population. Les villes qui maintiennent leur attractivité investissent maintenant dans les services, notamment la promotion du tourisme. »

Le tourisme, toutefois, connaît parfois des soubresauts, comme à Paris après les attentats de 2015, ou à Tokyo, après le tremblement de terre de 2011.
Roppongi Hills est en quelque sorte devenu une attraction touristique, notamment grâce à son araignée géante à l’entrée, une œuvre intitulée Maman et réalisée par Louise Bourgeois. On en trouve une également devant le Musée des beaux-arts d’Ottawa et au Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg.

On y trouve aussi un parc, un studio de télévision, des bureaux, plus de 200 magasins et restaurants et des appartements. Son cinéma compte une plantation de riz sur le toit alors que le 53e étage de la tour principale abrite le Musée des arts Mori, un musée d’art contemporain.

Au 53e étage de la tour Mori, un musée d’art contemporain permet aux visiteurs de fréquenter l’édifice qui compte notamment des bureaux et des appartements. Sur la photo, une installation de l’artiste argentin Leandro Erlich.

« Le dernier étage de Roppongi Hills est une déclaration. Au 53e étage, nous avons installé un musée parce que nous réalisons l’importance de la qualité de vie » et parce que la culture définit l’identité d’une ville, résume Masa Yamamoto, admettant que la vente de ces espaces à de riches propriétaires aurait été plus lucrative.

Roppongi Hills, c’était à l’origine un projet de revitalisation, une espèce de quartier Saint-Roch japonais. Les résidants, les hommes d’affaires, les touristes y affluent désormais.

« La Fondation avait construit de petits immeubles de bureaux dans le voisinage, mais nous avons réalisé qu’après les heures de travail, le secteur devenait très calme, ennuyant. C’est parce qu’on construisait toujours plus d’espaces à bureaux, mais que personne ne vivait dans le quartier. Personne ne l’occupait les fins de semaine. »

Et quand on considère que le Tokyoïte moyen passe entre une et deux heures en transit matin et soir, soit l’équivalent de quatre ans sur une carrière de 40 ans, rassembler des espaces à bureaux, des appartements et des restaurants au même endroit permet de libérer l’horaire. On peut vivre, travailler et se divertir au même endroit.

« Nous avons décidé de construire en hauteur et de libérer de l’espace au sol pour ramener des espaces verts. Nous combattons les îlots de chaleur. Nous avons construit environ 300 unités d’habitation de 100 mètres carrés sur une propriété de trois hectares. Il a fallu 17 ans, en incluant les négociations et la démolition, pour en arriver à l’acquisition des terrains de 400 propriétaires. »

Les espaces publics servent à organiser des festivals, des cours de taï-chi. Le complexe compte même son propre système énergétique qui devrait permettre sa pleine autonomie, pendant cinq jours, en cas de catastrophe naturelle.

Devant le succès de ce projet, un autre complexe est en construction, Toranomon Hills, un projet qui porte le nom d’un important personnage de dessin animé japonais.

Sous la première tour, terminée en 2014, se trouve une autoroute construite en même temps que l’édifice. Elle était planifiée depuis 70 ans, mais n’avait pas été réalisée par manque de fonds. Elle reliera le village olympique et le stade des Jeux olympiques de 2020. Trois autres tours seront ajoutées, en plus d’une station de métro.

Des bureaux, des appartements, des restaurants et un hôtel y ont été aménagés. Trois autres tours, reliées par des passerelles, complèteront le complexe.

Vous avez envie de loger dans l’hôtel Andaz, au 51e étage? Sachez que la suite luxueuse, immense, avec vue sur la ville, coûte environ 800 000 yens par jours, soit plus de 9000 $. Sinon, on peut se marier dans la chapelle aménagée sur le toit, près d’un bar en plein air.

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Le journaliste était l’invité du Foreign Press Center Japan.