La Ferme Maricole Purmer fait l’élevage de la laminaire, une algue marine qui se déguste autant en salade que sous forme de croustilles.

À la ferme sur l’île Grosse Boule

Quand on me disait « Sept-Îles », je ne voyais que l’Aluminerie Alouette. Remarquez, ce n’est pas gênant considérant ses 1500 employés. Ouverte en 1989, elle constitue un véritable moteur économique pour cette ville de la Côte-Nord.

L’aluminerie, impressionnante vue de proche, consommerait à elle seule la même quantité d’électricité que toute la ville de Québec. Bref, c’est normal qu’on y pense.

Ce qui est plus gênant, c’est de ne pas penser d’emblée aux îles quand on parle de Sept-Îles. C’est gros comme le nez au milieu du visage, mais je ne voyais pas. Mea culpa.

On trouve pourtant là de quoi décrocher et se retrouver dans un autre monde. Ce serait vraiment sacrilège de passer par Sept-Îles sans s’aventurer dans la baie, et même sans passer par l’île Grosse Boule.

L’île Grosse Boule, logiquement située à côté de l’île Petite Boule, aurait été aperçue par Jacques-Cartier vers les années 1535. Aujourd’hui, on s’y rend en zodiac et la propriétaire de la Ferme Maricole Purmer, Sandra Blais, nous y accueille comme si on revenait à la maison.

Elle bénéficie d’un droit acquis pour demeurer sur l’île en raison de l’exploitation de sa ferme, où elle récolte les algues marines, les moules et les pétoncles.

« L’eau est froide et il y a toujours du soleil. C’est la température idéale pour nos activités », raconte Mme Blais pour expliquer l’élevage de la laminaire, cette algue ayant l’apparence d’une immense pâte à lasagne. On peut d’ailleurs la manger en lasagne, en salade ou en croustilles.

Si les éleveurs d’algues marines se comptent sur les doigts d’une main au Québec, on n’en trouve pas beaucoup plus pour élever la moule, qui met trois ans à être prête à la consommation. Une excursion en mer permet de connaître les techniques de l’élevage marin et même de déguster les produits cultivés par la ferme. Après, on peut dire qu’on a goûté la laminaire sous toutes ses formes.

Il est aussi possible de découvrir l’île et ses merveilles sur un sentier qui la traverse. On s’y retrouve en pleine nature avec la quasi-impression d’être seul au monde. Avec un peu de chance, on atteint le récif Saint-Olaf, de l’autre côté de l’île, qui porte le nom du bateau à vapeur s’y étant échoué en novembre 1900. L’accident avait entraîné 21 personnes dans la mort.  

Il est possible de passer la nuit dans une yourte, sur l’île Grosse Boule, et d’explorer la plage et les sentiers en forêt.

Pour se reposer, on peut choisir une des yourtes chauffées. Amenez quand même une petite laine, juste au cas. Mais froid ou pas, du balcon, on a drôlement envie de s’asseoir, de regarder la mer et de contempler les étoiles. Les couchers de soleil y sont aussi impressionnants. Ce n’est pas le soleil de Cancún, mais on se sent loin du bruit des villes. De façon plus rustique, on peut toujours se risquer au camping.

Les pagayeurs pourront par ailleurs emprunter le kayak à fond transparent de la ferme pour observer les fonds marins, voir passer les homards et les crabes ou, en s’éloignant, voir au loin un marsouin ou une baleine. Au début, il faut un œil entraîné pour apercevoir les bestioles.

Les baleines, on peut aussi les voir au large, si le cœur résiste au mal de mer. Ou à proximité des îles Manowin et Corossol, ce sont les oiseaux qui offrent leur spectacle. Le guillemot marmette et le macareux moine peuvent entre autres être observés.

Si ces îles offrent un paysage magnifique, elles sont plus difficiles, voire dangereuses d’approche. Un règlement interdit d’ailleurs d’y construire de nouveaux bâtiments.

L’île Corossol, par exemple, est nommée en mémoire d’un bateau de la flotte de Louis XIV qui y a fait naufrage. Plusieurs passagers sont décédés. Aujourd’hui, plus de 500 naufrages ont été répertoriés à cet endroit. On y voit encore un vieux phare. Il est non seulement interdit de s’y rendre, mais on ne peut pas s’en approcher à plus de 500 mètres. Voilà qui explique peut-être qu’on y trouve un des plus gros sanctuaires d’oiseaux au Canada. Pas étonnant que les rochers longeant les côtes soient teintés de blanc...

Quelle île visiter sinon? On se tourne vers la Grande Basque, l’île la plus proche du continent, la plus grosse et la plus haute également. Qu’est-ce que ça veut dire? Assurément qu’on y prendra les meilleurs égoportraits à l’un des observatoires le long des 12 km de sentiers de marche, des sentiers qui ne demandent pas un effort énorme pour les parcourir.  

En plus d’y camper, on peut s’y rendre avec les enfants et assister à la présentation de la cuvette marine, un aquarium rempli de crustacés attrapés dans la journée. Même les grands en apprendront sur les organismes marins.

Et pour ceux qui n’ont pas le pied marin, au port, on peut à tout le moins s’incliner quelques minutes devant le Hermel, le bateau dans lequel Mylène Paquette a traversé l’Atlantique. On y trouve des photos et des vidéos de son incroyable épopée.

On dirait qu’après avoir vu l’étroitesse du Hermel, les récits de commotion cérébrale et d’intoxication, j’espérais ne pas ressentir un haut-le-cœur sur le « confortable » zodiac qui me faisait faire le tour des îles.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

Le journaliste était l’invité de Tourisme Sept-Îles et du Collectif Voyage Numériqc.