J’ai baladé ma chope au FOBAB (Festival of Wood and Barrel Aged Beer) de Chicago en fin de semaine dernière. Ayant été invité comme juge, j’ai découvert un festival extravagant, original, intéressant, mais surtout un festival référence, étant le plus grand d’Amérique du Nord

FOBAB –Un festival sans limite

CHRONIQUE / J’ai baladé ma chope au FOBAB (Festival of Wood and Barrel Aged Beer) de Chicago en fin de semaine dernière. Ayant été invité comme juge, j’ai découvert un festival extravagant, original, intéressant, mais surtout un festival référence, étant le plus grand d’Amérique du Nord

Plus d’une soixantaine de juges — la très grande majorité américains — se déplacent chaque année pour élire les meilleures bières affinées en barrique. Autrefois considéré comme la méthode de prédilection pour développer les notes aromatiques de vanille et de noix de coco d’une Imperial Stout américaine bien loin d’être discrète et modérée, l’affinage en fût aux États-Unis propose désormais des bières de tous les niveaux d’alcool et de tous les goûts. Un semblant d’équilibre se pointe à l’horizon, mais en toute franchise, c’est loin d’être le souci de plusieurs brasseurs. L’extrême est assumé.

Devant plusieurs échantillons, me voilà en train de juger la catégorie des bières Stout et Porter, haut taux d’alcool, avec ajout d’ingrédients aromatiques. Nous sommes trois juges devant huit échantillons de bières. Les fèves de cacao, la noix de coco ajoutée et les guimauves sont tendance. La bière est sans complexe, on se fait bombarder d’arômes et de saveurs, à la recherche d’un semblant d’équilibre. Une expérience intéressante devant des juges habitués au style.

La session d’après-midi fut assez révélatrice sur la différence de palais entre un juge américain et un juge européen — je considère que mon palais a été formé par une culture gastronomique européenne, donc mes réflexes gustatifs sont grandement influencés par mes expériences en Europe — en évaluant la catégorie des bières sûres en barrique.

Nous voilà devant plusieurs interprétations nord-américaines de gueuzes, rouges des Flandres et autres bières à l’acidité confirmée. Tous les problèmes techniques et autres petits défauts des bières ont été trouvés par les différents juges à table. Par contre, le niveau de « buvabilité » d’une bière de type rouges des Flandres — proche du vinaigre selon moi — a été le sujet de discorde entre les juges. Je ne concevais pas laisser passer un produit affiné en barrique et complètement déséquilibré, alors que les juges américains trouvaient le produit si acide que cela en était presque un gage de qualité. Un consensus a été trouvé pour laisser passer une bière équilibrée — selon moi — et cette bière si buvable — selon eux. Un exemple parmi tant d’autres de la dérive des styles et de la compréhension erronée du contexte historique qui a apporté les caractéristiques au style.

À partir de 17 h s’ouvrait officiellement le FOBAB. Près de 650 fûts de bières affinées attendaient les visiteurs qui profitaient d’une session de qautre heures pour goûter les bières de leur choix à volonté, ou presque. Les festivals de bières aux États-Unis sont très souvent organisés autour d’une session : un prix d’entrée unique, un service de bières à volonté, de très petites quantités servies.

Les visiteurs déambulaient à travers de longues allées proposant bières aux fruits, bières affinées et assemblées, bières fortes et chaleureuses, et j’en passe. Seul bémol, pas de nourriture. Après plusieurs gorgées de bières à 10 % d’alcool en moyenne, une petite pause « bacon » aurait été appréciée.

Est-ce un rendez-vous incontournable ? Si vous appréciez les bières affinées et voulez découvrir le savoir-faire des Américains, dans un contexte extravagant, réservez vos dates : le prochain FOBAB se tiendra les 13 et 14 novembre 2020.