Bières

La bière et le fromage bleu

CHRONIQUE / Voilà un fromage qui ne fait pas l’unanimité. Et pourtant. Accompagné d’une bière, il se révèle très docile, mais surtout, un excellent complice d’une dégustation haute en saveurs. Je me suis donc donné comme mission de vous faire aimer le bleu.

Le fromage bleu surprend par sa couleur allant d’un beau bleu azur au vert. Il doit cette couleur au Penicillium roqueforti, du nom de la région du Roquefort, un ferment lactique qu’on incorpore dans le lait. Considérant que la couleur d’un fromage bleu n’est pas toujours bleue et que ses veines typiques offrent un magnifique persillage, on l’appelle surtout « fromage à pâte persillée ».

Pour beaucoup, la couleur est un frein à la découverte. Pour d’autres, c’est le goût prononcé et parfois piquant de ce fromage qui ne passe pas. Pour moi, c’est un gage de qualité et de savoir-faire. J’adore le fromage bleu, mais j’essaye de ne pas trop en manger, par exemple, avant une entrevue, car il a du caractère le petit !

Le bleu est le meilleur ami de la bière. Grâce à lui, j’ai fait mes meilleures expériences gastronomiques, une bière ou un cidre de glace à la main. 

Leur point commun ? Le sucre.

Avec le bleu, on se doit de sélectionner des produits alcoolisés sucrés. 

Dans les années 90, il était fort populaire de manger son fromage avec des figues et du porto. Ensuite est arrivé le cidre de glace. Maintenant, c’est la bière.

Le caractère puissant du fromage se doit d’accompagner une bière ronde ou liquoreuse. On y fait ainsi les meilleurs accords. Les Scotch Ale et Barley Wine anglais sont de très bonnes complices. Leur grande quantité de malts et leur faible amertume permettent de rivaliser avec la force de caractère du bleu et de le laisser respirer. Il s’ouvre ainsi en présentant des notes lactiques et herbacées. Même les Doppelbock et Weizenbock allemandes apprécient ce fromage. 

Derrière le sucre des bières se cachent quelques petites particularités de brassage qui vous feront vivre une expérience gustative intéressante. 

Voici deux bières à essayer avec le fromage bleu de votre choix. Mon préféré ? Le Bleu d’Elizabeth de la fromagerie du Presbytère. Un magnifique produit du terroir d’une des meilleures fromageries du Canada. Quitte à vous apprendre à aimer le bleu, autant que celui-ci soit à la hauteur !

Bières

Les nouveaux styles de bières

CHRONIQUE / La culture bière évoluant rapidement, de nouveaux styles de bières sont créés chaque année pour refléter l’imagination et la créativité des différents brasseurs à travers le monde. Voici quelques styles à découvrir.

Avant de commencer cette chronique, permettez-moi de me reprendre. Les brasseurs ne créent pas de styles; les styles sont l’évolution naturelle du dialogue entre consommateurs et brasseurs dans une région. Les styles se multiplient en partant de la source originale jusqu’à devenir un élément de référence. Par exemple, le style pilsner est originaire de la région de Pilsen, en Bohème. C’est la source d’une sympathique bière blonde de fermentation basse très agréable à boire, brassée avec du malt blond et du houblon Saaz. Aujourd’hui, le terme pilsner définit une bière blonde, de fermentation basse, brassée avec du malt pilsner et très souvent du houblon Saaz. C’est le fruit d’une évolution du langage jusqu’au développement du nom d’un style. C’est un peu comme les noms de famille au temps des colonies. On pouvait porter un nom et un surnom, mais c’est le surnom qui devenait le nom. Vous me suivez ? Moi non plus!

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Bières et saucisses

CHRONIQUE / Allez vous chercher quelques saucisses chez votre détaillant favori, débouchez-vous quelques bières et allumez le barbecue. Je vous propose une soirée accords bières et saucisses, loin d’être prétentieuse, mais plutôt très amusante et gourmande.

Boire une bière et manger des saucisses est une activité très en vogue au Québec, si on se fie aux confidences de nombreux bouchers. Il faut dire qu’avec le nombre incroyable de variétés de saucisses qui se présentent à nous, il est très facile d’en trouver cinq différentes et de s’amuser à les accorder avec quelques bières. Petit guide du maître saucissier et ses bières.

Bières

Le cidre du Québec

CHRONIQUE / Cette fin de semaine se termine la Semaine du cidre, une initiative de l’Association des producteurs de cidre du Québec.

Le cidre ? Le Québécois ne connaît pas grand-chose de cette boisson aux pommes. Et pourtant. Le cidre du Québec développe de plus en plus sa propre personnalité. 

Boisson fermentée à base de pommes, le cidre s’ouvre donc à vous cette semaine. De très nombreuses initiatives vous sont proposées partout au Québec. Je vous invite à y faire un tour. Vous découvrirez le terroir québécois autrement. 

M’intéressant depuis plusieurs années à ce fameux terroir, j’ai souvent l’occasion de rencontrer des artisans cidriculteurs. J’ai rencontré des passionnés heureux de présenter leurs terres, souvent transmises de génération en génération. 

Des amoureux de la pomme ! J’ai découvert une méthode de production bien plus complexe que le simple fait de presser du jus et d’attendre que la magie de la fermentation opère!  J’ai goûté des produits fabriqués avec différentes variétés de pommes; le but étant de faire vivre chaque arôme et chaque saveur des différentes variétés qui existent, et ce, dans une bouteille. 

Le cidre, c’est surtout DES cidres!

Découvrir les cidres, c’est également découvrir le savoir-faire d’un artisan et la personnalité qu’il a décidé de donner à son produit. Je me suis amusé à catégoriser les cidres en tenant compte de deux facteurs : le taux de sucre et l’effervescence

Le cidre sec

On y retrouve un très faible taux de sucre résiduel en bouche, ce qui laisse une perception assez sèche en finale. Les arômes perçus seront ceux du sol, de la pomme fraîche et des fleurs. Des cidres subtils et agréables.

Le cidre demi-sec

 Le taux de sucre est plus élevé qu’un cidre sec. La finale est donc légèrement plus douce. La pomme s’exprime sur des notes plus rondes.

Le cidre doux

Il présente un taux de sucre plus élevé et une rondeur très présente. Il est aussi moins amer. Beaucoup de cidriculteurs proposent des cidres doux, l’amateur en appréciera les notes sucrées. La pomme s’exprime sur des arômes confits, sucrés et légèrement épicés.

Le cidre liquoreux

Plusieurs techniques existent, telles la cryoconcentration ou l’évaporation, pour augmenter les taux de sucre et d’alcool d’un cidre doux, par exemple, en cidre liquoreux. Le Québec propose de superbes produits dans cette catégorie et plusieurs ont une  réputation internationale.

Comme mentionné plus haut, les types de cidres peuvent être effervescents ou non. L’effervescence offrira une fraîcheur naturelle au produit en accentuant les notes acidulées, alors qu’un cidre tranquille aura tendance à laisser s’exprimer le sucre. Pour produire ses cidres, l’artisan n’hésitera pas, également, à assembler différentes cuvées, tel le maître de chai d’un bon vignoble. 

Saviez-vous que la culture cidre au Québec est bien plus proche de la culture bière qu’il y a quelques années? De nombreux cidriculteurs travaillent en collaboration avec des brasseries pour partager fût de chênes, levures et houblons. Le cidre se modernise. On peut maintenant, par exemble, découvrir d’excellents cidres houblonnés.

Vous désirez en savoir plus sur la Semaine du cidre et les activités proposées ce week-end? Visitez le https://cidreduquebec.com/semaine-du-cidre/

Mes cidres coups de cœurs:

Cidrerie Milton

Sainte-Cécile-de-Milton

Une histoire de famille tenue de main de maître par la quatrième génération. Marc-Antoine Lasnier vous invite à découvrir ses installations et à participer à une soirée de dégustation de cidres en quantité limitée.

À découvrir :

Le Cid de l’Anse, un cidre affiné en fût de chêne offert par la brasserie Pit Caribou. Un fût ayant contenu de l’alcool, de la bière, et maintenant, du cidre.


Bière

La Gose

Style relativement nouveau sur le sol québécois, la Gose propose des notes citronnées, d’épices et de fermentation lactique et une acidité prononcée. Auparavant un produit atypique, il s’est forgé une petite place sur les tablettes de vos détaillants favoris. Plusieurs brasseries offrent dorénavant des interprétations très contemporaines du style.

Derrière les bières houblonnées tendance, les bières acidulées ont réussi à se tailler une place de plus en plus marquante chez le consommateur nord-américain. L’influence de la culture bière belge et ses bières acidulées y est pour quelque chose, mais ne négligeons pas la Gose, originaire d’Allemagne et brassée avec une technique particulière, l’acidification du moût.

Bière

Houblon, le « cépage » de la bière

CHRONIQUE/ Chez le consommateur averti, le houblon est à la bière ce que le cépage est au vin. Il recherche des saveurs et des profils gustatifs typiques dans des cultivars différents. La culture bière évoluant, il est de moins en moins rare de voir les cultivars de houblons utilisés dans une recette de bière. Petit guide de cinq houblons fréquents.

Cascade

Le houblon le plus commun pour brasser des Pale Ale et India Pale Ale « américaines ». Le Cascade est un acteur important de la révolution microbrassicole des années 70-80. Il est tout aussi aromatique qu’amérisant. On y retrouve des notes légèrement épicées, mais surtout d’agrumes et de fleurs. Il est utilisé dans de très nombreuses bières amères sur le continent nord-américain.

Citra

Plus souvent utilisé pour ses arômes que pour ses propriétés amérisantes, le Citra développe un magnifique bouquet aromatique aux notes tropicales et fruitées. Certains y trouveront de la pêche, de la mangue ou des agrumes. On l’utilise également très souvent pour les bières IPA contemporaines. 

Fuggles

Utilisé depuis des siècles par les brasseries anglaises, le Fuggles est peu amer et propose des notes terreuses, épicées et légèrement boisées. Ce houblon est principalement utilisé dans les stouts, porter ou autres ales anglaises. Il a comme rôle premier de « protéger » la bière. Auparavant, lorsqu’il était trop aromatique, les brasseurs anglais le laissait vieillir pour n’en conserver que les propriétés amérisantes et antiseptiques naturelles. 

Saaz

Il fait partie de la famille des houblons nobles. On l’utilise depuis des siècles dans les lagers tchèques ou allemandes. La pilsner est principalement brassée avec du houblon Saaz. Faible en amertume, il développe des notes herbacées typiques. Un consommateur averti reconnaîtra très facilement le type de bière en fonction des arômes perçus. Il fait un retour en force, considérant que de plus en plus de brasseurs prennent plaisir à brasser des bières légères de type lager.

Ekuanot

Très peu connu, ce houblon est disponible seulement depuis 2014. Ses hautes propriétés amérisantes et ses arômes très prononcés d’orange, lime, papaye et poivre frais en font un houblon très recherché par des brasseurs soucieux de vouloir offrir de nouveaux produits sur le marché. Je l’ai choisi comme clin d’œil à tous ces nouveaux houblons disponibles chaque année, toujours plus amers, toujours plus aromatiques. 

Bière

St-Patrick n’était pas teinturier

Aujourd’hui, c’est la St-Patrick, la fête du saint patron des Irlandais. C’est bien connu, les Irlandais aiment la bière, on boira donc beaucoup de bières. Et si vous aimez la bière, oubliez tout de suite la bière verte, une bière blonde quelconque avec ajout de colorant. On mérite bien mieux.

Vous pourriez également acheter des bières d’Irlande chez votre détaillant favori, mais là aussi, vous risquez de tomber sur des produits qui ne ressemblent plus guère aux styles originaux qui ont fait de l’Irlande le pays de la bière. Mais existe-t-il des styles originaux qui nous arrivent des terres d’Irlande ? Oui et non, ouvrez-vous une bière, on part voyager !

Irish Red Ale

Si on devait résumer ce qu’est une Irish Red Ale, il s’agit tout simplement de l’équivalent irlandais de la Bitter anglaise. On y retrouve cependant de l’orge grillé et non uniquement du malt caramélisé qui en fait une bière plus sèche que sa cousine anglaise. 

Mais à l’époque où l’Irlande et l’Angleterre créaient leurs cultures brassicoles, le style n’existait pas; on brassait de la bière en tenant compte des coutumes locales, sans se soucier du nom qu’on allait lui donner. C’est sur le continent nord-américain, dans les années 80, que le terme « Irish Red Ale » a été utilisé pour la première fois par une brasserie irlandaise qui voulait se distinguer. Les Irlandais préférant qualifier leurs bières de « Red Ale » ou « Ruby Ale ». 

L’Irish Red Ale est de couleur ambrée à rubis, sa mousse est fine et légèrement crémeuse. Au nez, l’orge s’exprime par des notes légères de caramel, mais également de céréales grillées. Les houblons sont très discrets, la bière est souvent faible en alcool. La finale est légèrement sèche sur un corps mince.

Irish Stout

Au temps des porter, au début du 18e siècle, le terme « stout » désignait une bière très dense, voire « épaisse » peu importe sa couleur. On y trouvait donc des stouts blonds et des stouts porters, les plus forts de tous les porters. 

Bière la plus bue à Londres à cette époque, le porter en menait large et les consommateurs commandaient très souvent un « stout porter » qui s’est transformé, au fil des commandes, en « stout ». La couleur noire était dorénavant associée au mot « stout ».

En Irlande, un brasseur du nom d’Arthur Guinness s’installe en 1759 à St Jame’s Gate et brasse différents styles de bières, mais aucun stout. Il a fallu attendre 20 ans avant de voir le premier « porter » sortir des cuves de la brasserie Guinness et 20 ans de plus pour se consacrer uniquement à la production de ce style de bières. Le porter Guinness était brassé de la même manière que ceux brassés à Londres; on utilisait différents malts bruns. Un malt fort en goût, mais contenant peu de sucre. Les coûts de production étaient donc très importants pour offrir une bière à 4% d’alc/vol.

Dry stout

Au début du 19e siècle, une nouvelle touraille permet de produire un malt noir, grillé, torréfié, au goût prononcé. Plusieurs brasseries d’Irlande et d’Angleterre décideront de brasser de la bière avec du malt blond (plus de sucre) et du malt noir (plus de goût), car il en fallait bien moins que du malt brun pour un résultat presque similaire. Le Dry Stout venait d’être inventé. Quelques auteurs influents dans le monde de la bière dans les années 80 ont associé l’Irlande à cette technique et défini le style « Irish stout », un stout plus sec et moins rond que son cousin le porter que l’on peut également retrouver sous le terme « Irish dry stout »

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Temps d’arrêt au Roquemont

CHRONIQUE / Sur le bord de la 367, un peu à la sortie du village de Saint-Raymond dans Portneuf, se tient l’hôtel Le Roquemont. Depuis plus de 30 ans, l’hôtel propose une trentaine de chambres pour le plus grand plaisir des cyclistes l’été et des motoneigistes l’hiver. Trente ans que l’hôtel est judicieusement placé entre les circuits de vélo et les pistes de motoneige. Trois ans toutefois que celui-ci propose une sélection de bières brassées sur place.

La première fois que j’ai posé mes valises à l’hôtel Roquemont, c’était pour y goûter la bière nouvellement brassée. On m’avait parlé d’un jeune brasseur qui prenait plaisir à brasser différents styles de bières pour une clientèle locale. Une clientèle habituée à boire de la bière « blonde », aimait-il me rappeler. On y brassait donc des bières qui valsaient entre arômes légers de céréales et amertume contrôlée. Une décision judicieuse, l’avenir lui donnera raison.

Le mag

Cinq bières à boire

CHRONIQUE / Parfois, j’ai envie d’écrire une chronique sur la spontanéité. Le plaisir de découvrir ou faire découvrir différentes bières, sans aucune autre prétention. Que du bonheur. Ce samedi, c’est ce genre de chronique que je vous offre. Cinq bières qui font partie de la culture bière du Québec depuis des années, que je vous invite à déguster autrement !

Saison Rustique — Brasserie Dunham

Titrant 6 % alc/vol, cette bière de type saison propose une belle mousse offrant une très agréable dentelle. Au nez, la bière repose sur des arômes fruités et épicés. J’adore ce nez, c’est une invitation à se faire étancher la soif avec classe. En bouche, la bière est sèche et agréablement amère. J’aime la finale qui se compose d’un corps désaltérant et d’une petite pointe légèrement levurée. La bière s’accompagne bien d’un fromage à pâte semi-ferme et d’un petit moment de répit. N’attendez pas une occasion spéciale pour vous servir un verre et un morceau de fromage. Faites-le maintenant ! Ce sont de petits moments si agréables. 

Il existe autant d’interprétations du style saison que de bières saisons, mais dans ce cas-ci, la bière se rapproche de ce que j’aime d’une saison : simplicité et élégance. Il n’y a rien d’autre à comprendre.

Blanche de Chambly — Sleeman Unibroue

On ne présente plus cette grande dame, brassée pour la première fois en 1992, qui est devenue non pas la meilleure copie d’une bière blanche belge, mais la référence de ce qu’une blanche belge contemporaine devrait être. Elle a tout pour plaire, un nez de coriandre et d’orange qui se laisse bercer par un corps crémeux et bien rond, sur une finale légèrement céréalière, voire même un peu acidulée. Elle est encore aujourd’hui, la bière que je considère le plus souvent quand il s’agit de parler du style. Accompagnez--la d’un fromage frais de votre choix, c’est du bonheur à étaler sur un pain artisan. 

Bière

Ale ou lager?

CHRONIQUE / Il y a quelques siècles, on brassait de la bière sans avoir les connaissances nécessaires pour en contrôler la fermentation. Mais on la brassait quand même. Chaque brassin était répété les uns après les autres en espérant que le résultat soit identique. Un savoir-faire empirique qui a créé différents­ styles de bières dans le monde.

À l’ère industrielle, la science a permis d’identifier l’action des levures, mais surtout le type de levures utilisé. Elles avaient toutes des particularités bien distinctes, mais un point commun : l’appartenance à une famille, identifiée par l’action de la levure pendant la fermentation et la température ambiante nécessaire pour lui permettre de travailler : la fermentation basse ou la fermentation haute, qu’on appelle également lager ou ale.

La plus vieille des deux familles, connue pour être utilisée en brasserie, est la levure de type ale, appelée Saccharomyces Cerevisiae. Sa particularité est de bien travailler à des températures comprises entre 16 et 24 degrés Celsius. Sa cousine, de type lager, se fait souvent appeler Saccharomyces Uvarum et travaille à des températures comprises entre 8 et 12 degrés Celsius. Oui, la seconde travaille à des températures plus basses que la première. Vous venez de comprendre une des origines des termes « fermentation basse » et « fermentation haute ».

Dans la bière

Pendant la fermentation, la levure va libérer différents arômes tels que des esters et des phénols. C’est en partie ces arômes qui vont donner le caractère à la bière. Bien entendu, il faut tenir compte des arômes provenant des autres matières premières également. Si le brasseur décide de jouer avec la température de fermentation, la levure va réagir autrement, et ce parfois au degré près. Si le brasseur décide de changer la provenance de son malt ou de son houblon, l’ensemble des arômes de la bière qui définissent son caractère sera modifié si une des matières premières a changé. Mais si on compare les deux levures et qu’on devait résumer succinctement la différence sur le plan olfactif, la levure ale va offrir un profil aromatique beaucoup plus fruité et floral que sa cousine lager, alors que cette dernière laissera bien plus de place aux arômes de houblons et de céréales que sa cousine ale. C’est quand même un petit peu plus compliqué que cela.

Vous avez déjà sûrement dû entendre que la lager est très souvent blonde et que l’ale est plus forte que la lager. C’est vrai, mais c’est aussi faux. Ce n’est pas forcément une question de choix de levures, mais plutôt de lieu de production et de culture, dans les régions brassicoles où les levures ont été le plus souvent utilisées et documentées.

La fermentation basse, par exemple, est très souvent associée aux styles de bières allemands, reconnus pour offrir des bières désaltérantes, faibles en alcool et sèches en goût. Le type de levure lager provient de cette région depuis des siècles ; on associe donc très souvent les bières de type lager au savoir-faire des brasseurs allemands. Au 19e siècle, lorsque des brasseries contemporaines ont voulu offrir des bières de même style partout sur la planète, il était devenu évident d’y indiquer le terme lager, annonciateur de bière désaltérante, fraîche et bien sèche. D’autant plus qu’on utilisait­ ladite levure.

Du côté des bières de type ale, on les associe au savoir-faire anglais avec leurs bières riches, rondes, alcoolisées et souvent de couleurs plus sombres. C’est vrai aussi qu’on y brasse de la bière avec de la levure de « fermentation haute » depuis aussi longtemps que la bière existe et qu’elle peut être d’un noir opaque à un blond bien clair. 

Il est donc important de casser les préjugés et les mauvaises interprétations. Plusieurs bières riches, rondes et bien colorées peuvent être brassées avec une levure de type lager. Alors que plusieurs bières blondes, minces et sèches peuvent être brassées­ avec une levure de type ale. 

La prochaine fois que vous serez devant votre section bière préférée, trouvez quelques lagers et quelques ales, vous remarquerez très rapidement qu’il y en a de toutes les couleurs.