Bénédiction du jour de l’An

CHRONIQUE / Avec la venue du jour de l’An, plusieurs personnes donnent encore de l’importance à la bénédiction traditionnelle, donnée par le père. En l’absence du père, ce rôle revient au frère aîné. D’où nous vient donc cette tradition et pourquoi la poursuivre?

Faisons d’abord un peu d’histoire. La bénédiction paternelle du Jour de l’An prend sa source dans la Bible. Étant d’abord un acte de Dieu, le rite de la bénédiction nous informe sur les intentions de ce dernier. Dieu, en effet, ne veut que le bien pour l’être humain. Dans la liturgie de la célébration du Jour de l’An, nous lisons ce qui suit dans le Livre des Nombres au chapitre 6, versets 24-26 : « Que le Seigneur te bénisse et te garde! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix! »

Pour ce qui est de cette tradition dont nous avons hérité au Québec, celle-ci trouve ses origines en France. Les Français de tradition catholique qui se sont établis ici ont perpétué cette habitude et nous l’ont transmise jusqu’à ce jour.

Sens de la bénédiction

Mais qu’est-ce que bénir ? Le mot bénir vient du mot latin « benedicere » qui signifie « dire du bien ». Bénir une personne revient littéralement à dire du bien de celle-ci, voire à lui souhaiter du bien. À l’église, nous sommes habitués à la bénédiction du prêtre. Mais qu’en est-il de la bénédiction dite « paternelle » ?

Dans la plupart des familles québécoises, elle était souvent très attendue. L’aîné, qui avait le privilège de la demander au père, le faisait avec une certaine gêne. Et le père, ému, avec une larme à l’œil, bénissait sa famille avec fierté. Car rappelons-nous qu’à l’époque, le père n’était pas du genre à signifier avec des mots l’amour qu’il portait à ses enfants. Le fait de les bénir du geste de la main, en ajoutant une parole, parfois très brève, était assez fort pour laisser paraître une émotion dans sa voix chevrotante.

Dans le geste de bénir ses enfants, le père demandait à Dieu de les protéger, de leur assurer des jours heureux, exempts de tout malheur, de toute maladie. Ce geste renfermait également le souhait que les membres de la famille vivent en harmonie les uns avec les autres.

Il y a quelques années, je présidais les funérailles d’un père de famille dans le temps des Fêtes. Dans la préparation de la célébration, les enfants de ce dernier me partageaient que la tradition de la bénédiction paternelle du Jour de l’An était une pratique courante au sein de leur famille. Elle avait beaucoup de sens pour eux. Pour donner un sens particulier à cette tradition familiale, je leur ai donc proposé de bénir leur père à l’intérieur de la célébration. Ce qu’ils ont fait avec émotion. Je trouvais normal qu’au moment de se séparer du corps de leur père, que les enfants puissent dire à leur façon, à travers une bénédiction, tout le bien qu’ils pensaient de ce père qu’ils avaient tant aimé.

Pour avoir accompagné de nombreuses personnes au moment où elles s’apprêtaient à mourir, pour avoir présidé de nombreuses funérailles, je crois fortement qu’il n’est pas nécessaire d’attendre le moment de la mort d’un proche pour lui dire tout le bien que nous pensons de lui. Alors que nous vivons nos journées dans une course parfois effrénée, alors que nous ne prenons pas toujours le temps de nous dire entre nous tout l’amour que nous avons les uns pour les autres, pourquoi ne pas profiter du jour de l’An pour demander à notre père ou à notre mère de nous bénir ? Et pourquoi les enfants ne pourraient-ils pas, à leur tour, bénir leurs parents ? Serait-il même possible qu’en l’absence de leurs parents, les frères et sœurs se bénissent mutuellement ?

Parmi mes connaissances et amis(es), certains sont plus ou moins religieux. D’autres sont athées ou agnostiques. Quelques-uns d’entre eux m’ont partagé le fait qu’au Jour de l’An, ils prennent le temps de simplement « dire du bien » de l’un et de l’autre! À titre d’exemple, certains expriment une qualité qu’ils apprécient chez l’autre, d’autres reconnaissent un succès vécu dans l’année.

Dire du bien d’une personne, lui souhaiter ce qu’il peut y avoir de meilleur, c’est, comme je l’exprime souvent, déposer la main sur l’épaule de son prochain et lui dire simplement par ce geste : « Je crois en toi, je crois en tes capacités et je te remercie pour ce que tu es !»

Que pensez-vous de bénir vos proches, au Jour de l’An?

Vous me permettrez de vous souhaiter, chers lectrices et chers lecteurs de cette chronique, tout le bien possible en cette année 2019 !

Jean Gagné, prêtre

Responsable diocésain des communications